Le Relais orléanais veut remettre le couvert

C’est une association qui répond à la misère du quotidien, à l’urgence. Son nom le Relais orléanais. Chaque année il sert à ceux qui ont faim et soif 40 000 repas et 24 000 petits déjeuners. Ceux qui viennent s’assoir à sa table ne sont pas tous des SDF. Plus de 1 300 personnes en difficulté inscrites en 2015.

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Etienne Delecrin, le président du Relais orléanais.

Etienne Delecrin, président du Relais 

“Nous accueillons aussi des retraités qui touchent une pension de 500€ par mois et ont un loyer de 300”, dit Etienne Delecrin, président du Relais depuis trois ans. “De plus en plus de mamans seules avec des enfants…”. Créé en 1984 par les grandes associations caritatives (Secours catholique, Entraide protestante, Emmaüs et la Société Saint-Vincent de Paul), la Relais orléanais avait été  souhaité par la ville d’Orléans du temps de Jacques Douffiagues, rarement considéré comme un maire trotskyste. En mai 2015, la ville décide de baisser sa subvention (16% du budget, de 108 000 à 88 000€), de 18,5%  soit 20 000€ et Serge Grouard, l’ancien maire avait alors créé la polémique en dénonçant la prise en charge de plus en plus fréquente “d’étrangers en situation irrégulière” par le Relais. Et des hébergements dans certains cas ce qui n’est pas le rôle du Relais. Sans compter la baisse des subventions de l’Etat, le grand classique qui a le dos large.

20 salariés et 80 bénévoles

Une baisse de subvention maintenue en 2016 et qui fait tanguer l’équilibre financier du Relais. Avec ses 20 salariés et ses 80 bénévoles, le Relais orléanais fait office de service public de la solidarité au quotidien. Les permanents sont 17 en CDI, directeur, cuisiniers, agents d’entretiens…et cinq autres en insertion. Quant aux bénévoles, ils donnent de leur temps selon leurs compétences et leurs disponibilité, c’est l’accueil des enfants, l’enseignement des arts plastiques et une infirmière qui donne des soins gracieusement. Le tri de la nourriture provenant des colis de la Banque alimentaire (1,5 tonnes par semaine).Un médecin tient aussi une permanence une fois par semaine financée par l’ARS (Agence régionale de santé).

Vendredi devant la mairie d'Orléans.

Manifestation-pique-nique devant la mairie en mai 2015.

“20 000€ ce n’est pas grand-chose pour la ville mais cela nous met en difficulté. Pour le Relais c’est un demi-poste en moins” dit Etienne Delecrin. Lorsque des militants politiques de gauche avaient manifesté tant lors du conseil municipal d’Orléans de mai 2015 que lors d’un pique-nique devant la mairie, dirigeants et bénévoles du Relais s’étaient délibérément tenu à l’écart. “Nous restons apolitique” dit Etienne Delecrin qui a demandé à rencontrer le nouveau maire Olivier Carré. Pas de réponse positive pour l’instant, sinon un hypothétique rendez-vous avec Alexandrine Leclerc, l’adjointe aux affaires sociales. “Nous rendons service à la ville d’Orléans, sans nous beaucoup de gens feraient la manche ce que la mairie ne souhaite pas”. Quant aux populations de sans papier, la direction du Relais affirme qu’elle ne représente que 25 à 30% de ses habitués. Il s’agit de demandeurs d’asile en attente de papiers, beaucoup originaire d’Afrique sub-saharienne, Zambie, Congo Brazzaville, qui vont ensuite vers les Cada (Centre d’accueil des demandeurs d’asile).

Trois sanitaires pour deux cents personnes

relais orléanaisPour des raisons d’hygiène (pour l’instant trois sanitaires pour 200 personnes) le Relais qui est propriétaire de ses locaux Faubourg Madeleine, a besoin de s’agrandir afin d’installer des douches supplémentaires et des postes de lavage pour la lessive. Il y en a pour 700 000€ d’investissement, et le Relais compte solliciter aussi la région, le département, “nous avons fait la proposition au CCAS mais pas de réponse pour l’heure”.

Du temps de Serge Grouard, la mairie avait proposé au Relais de déménager faubourg Saint-Vincent. Mais le Relais avait refusé le bail proposé. La ville veut-elle a tout prix récupérer cet immeuble de près de 500 m2 très bien situé à deux pas du centre ville? Peut-elle envisager dans ce secteur un éco quartier qui continuerait d’accueillir toute la misère d’Orléans et d’y dispenser une solidarité indispensable? “Je connais beaucoup d’habitants qui ne verraient aucun problème à cohabiter avec nous”, estime Etienne Delecrin.

Pour sa part l’opposition a trouvé là une pomme de discorde déjà cultivée sous l’ancien maire. Et elle ne se prive pas d’expliquer le coup de sang de Serge Grouard par la présence de l’ancien président du Relais sur la liste d’opposition de Corinne Leveleux-Teixeira aux dernières municipales.

Comment Olivier Carré, le nouveau maire d’Orléans, va-t-il gérer une autre “patate chaude” de son prédécesseur Serge Grouard, après l’épineux dossier de la ZAC Carmes-Madeleine où il a déverrouillé le dossier à force de concertation? De l’urbanisme au social, un nouveau test pour le maire nouveau qui est attendu aussi sur ce thème de la solidarité.

Ch.B

Pour l’opposition c’est la “chronique d’un abandon annoncé”

Pour l’opposition à la mairie d’Orléans, sous la plume de Marie-Emmanuelle Matet de Ruffray, le dossier Relais Orléanais est la “chronique d’un abandon annoncé”.

“En mai 2015, nous dénoncions la décision de la Ville d’Orléans de baisser de près de 20% la subvention de fonctionnement versée au Relais Orléanais. Depuis, que s’est-il passé ?Aucune réévaluation de la subvention pour 2016 ! Aucune rencontre avec le Maire d’Orléans pour établir un dialogue, malgré les nombreuses demandes ! Aucune suite donnée aux projets d’aménagement présentés par les Responsables du Relais orléanais pour améliorer les conditions d’accueil des personnes en difficulté ! Des déficits qui vont se cumuler pour l’association !

Cette situation incompréhensible s’inscrit en outre dans le contexte général d’une baisse d’un million d’euros du budget social de la Ville d’Orléans, alors que celle-ci compte 20% de familles en-dessous du seuil de pauvreté !

Nourrir, accompagner, soigner, soutenir ceux qui n’ont rien, ne fait décidément pas partie des priorités de la Ville qui préfère des projets clinquants et très onéreux…Il est clair que Le Relais Orléanais, qui fait un travail exemplaire au service des plus démunis d’entre nous, est abandonné par la Ville. Pourquoi le Maire d’Orléans ne veut-il pas rencontrer les responsables du Relais Orléanais ? Les Conseillers Municipaux du Groupe PS-EELV et apparentés demandent à ce que la situation du Relais Orléanais soit traitée à la hauteur de la mission d’intérêt général qu’il assume au quotidien.”

 

 

 

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