Xavier Beulin : « Pas de concours de beauté politique au Salon »

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A la veille du Salon International de l’Agriculture, Xavier Beulin, céréalier en Beauce et  président du plus important et très puissant syndicat agricole, la FNSEA, s’est livré devant des journalistes qu’il a invités à déjeuner au siège du syndicat à un tour d’horizon sur la situation  de l’agriculture et des agriculteurs en France. Il prédit une ambiance  particulière à cette 53ème édition de l’événement (27 février-6 mars).

xavier beulin

Jusqu’à une quinzaine de jours vous n’aviez pas la certitude que les animaux seraient présents au salon. Fut-il difficile de convaincre les éleveurs ?

guillemets-anglais-ouvrantXavier Beulin : Certains appelaient au boycott. Des éleveurs faisaient pression sur les exposants pour qu’il n’y ait pas d’animaux à la porte de Versailles cette année. Mais tout le monde sera là, depuis une semaine nous en avions l’assurance. Ce qui n’empêche pas que ce salon s’annonce difficile. J’ai dit au chef de l’Etat, la dernière fois que je l’ai  vu que les allées allaient  être fraîches et même  difficiles pour le ministre de l’agriculture.

Ce salon est avant tout un salon grand public.  Il est donc important de faire adhérer les visiteurs aux valeurs de l’agriculture. Aussi  allons-nous distribuer 400 000 autocollants portant  les slogans, « J’aime l’agriculture », et « Je défends mon alimentation ».

Les allées difficiles pour Stéphane Le Foll ? Que lui reprochez-vous ?

Il a sous-estimé la profondeur de la crise. On a besoin d’un ministre beaucoup plus et mieux présent à Bruxelles. La France demeure le premier pays agricole et agroalimentaire d’Europe. En termes d’exportations les Allemands et les Hollandais nous sont passés devant, mais sur la valeur produite, la France reste le premier  pays agricole d’Europe et cela nous confère de vraies responsabilités à Bruxelles et vis-à-vis des autres états membres.
Chez nous, on a à régler  les causes de la crise qui n’ont toujours pas trouvé  de solution :  le niveau des charges, les normes, la reconnaissance de la diversité de l’agriculture et sortir de cette dualité qui consiste à opposer en permanence céréaliers-éleveurs, circuits courts-filières longues, marché intérieur et exportation, agriculture-bio et agriculture conventionnelle. J’attends du ministre qu’il reconnaisse ces différents segments du marché, pour que chacune de ces agricultures aille mieux.

Déficit de compétitivité

Mais vous avez été entendu par le gouvernement ?

xavier beulinDepuis le printemps dernier, la mobilisation de la FNSEA a été permanente. Il n’  y a pratiquement pas eu de pose syndicale. Certains agriculteurs sont dans un tel état de désespoir qu’on ne peut les empêcher de le manifester parfois violemment. Dans notre bilan nous avons un plan d’urgence exceptionnel. L’année blanche (report de certains paiements), personne n’y croyait. Nous l’avons décrochée et elle donne des résultats. La diminution des charges  qui pèsent sur les exploitations agricoles  annoncée la semaine dernière nous fait  enfin  rentrer dans une moyenne européenne . L’année dernière on avait déjà obtenu trois points, on vient de nous en  ajouter sept En deux ans, on aura diminué de dix points les prélèvements sociaux sur les agriculteurs. C’est énorme ! Et ce n’est pas un « one shot ».  Cette mesure qui allège les charges sur l’agriculture d’environ 800 millions d’euros est durable. C’est enfin la reconnaissance par un gouvernement, pour la première fois depuis quinze ans que l’agriculture française souffre d’un déficit de compétitivité.

Phil Hogan le commissaire européen était hier (jeudi) à Paris. Je lui ai dit que son orientation très libérale n’est pas forcément la meilleure option pour une Europe  agricole. On le mesure avec le lait dont le marché était tenu avec les quotas. Depuis avril 2015 où ils ont disparu  c’est le bazar.

L’Europe est donc au cœur de vos préoccupations et du malaise ?

Absolument. L’Europe est pour nous un objet de grande vigilance.  Depuis deux ans pour le porc et un peu plus d’un an et demi pour les autres productions  nous sommes sous embargo russe. Les conséquences n’en sont absolument pas prises en compte par l’Union européenne. Sous la pression l’UE a  fait un chèque de 500 millions d’euros, en septembre dernier. Une aumône à se partager entre 12 millions d’exploitations  agricoles européennes  Comment l’UE va-t-elle s’y prendre pour faire lever cet embargo, c’est la seule vraie question

La Russie est un gros client de. produits  agricoles. Cela fait deux ans que  nous n’y avons pas vendu un kilo de porc ou de d’autres viandes,. le moindre produit laitier et  fruit d’été. J’ai demandé à Phil Hogan de chiffrer les conséquences de cet embargo. J’attends toujours la réponse La commission européenne peut aussi alléger le marché du lait , du porc, des viandes bovines en utilisant certains dispositifs. à sa disposition.

Donc, les politiques n’ont qu’à bien se tenir s’ils viennent au Salon ?

Cette année, la FNSEA refuse un concours de beauté politique. Venir pour  caresser le cul des vaches, trinquer un coup et faire des photos,  ce n’est pas la peine, toutes tendances politiques confondues. On n’en veut pas !. Nous  souhaitons  que la question agricole devienne un des axes stratégiques de notre pays et ce sans attendre, sur le plan économique, social  et de l’aménagement du territoire. Ce sont les trois thèmes que nous développons au Salon.

Propos recueillis par F.C.

Commentaires

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  1. Chemise déchirée = prison.
    Saccages de préfectures, destructions de routes , de stands, agression d’un président de la république = pauvres victimes incomprises. Morale agricole = “j’estime avoir raison : j’ai droit à tout et en toute impunité.”

  2. POUR MR BEULIN POSEZ EN COMPAGNIE DE VACHES EN LIBRE PATURAGE DANS LES CHAMPS C EST CARREMENT DE LA DESINFORMATION.IL EST LE 1 ER AVEC SA FNSEA A ENCOURAGER LES ELEVAGES INTENSIFS OU LES BETES SONT PARQUEES ET EXPLOITEES DANS DES CONDITIONS QUI FRISENT LA MALTRAITANCE ET DE TOUTE FACON SANS RAPPORT AVEC LES BESOINS PHYSIOLOGIQUES D ESPACE ET DE LIBRE MOUVEMENT DES ANIMAUX.CETTE AGRICULTURE LA LE CITOYEN CONSOMMATEUR N EN VEUT PLUS.

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