“Un si joli mois d’Aout”, l’électrochoc de la guerre

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un si joli mois d'aout pierre etienne mussonLe livre commence comme un roman provincial qui nous raconterait la “guerre vue de” Nouan le Fuzelier en Sologne, et pourtant le chapitre liminaire qui ouvre le récit par une scène mystérieuse, comme une sorte de cauchemar, introduit une autre dimension au roman… Car dans une narration très habile, le romancier s’affranchit de la contrainte temporelle pour nous décrire le destin d’Inés, jeune et jolie épouse d’Antoine, un bel instituteur, récemment nommé à l’école communale du village et promis à un avenir radieux quand la guerre de quatorze éclate.

De la mobilisation et de la vie d’Antoine dans les tranchées, on apprend que ce que l’on sait déjà, si l’on a lu les classiques que sont “Les Croix de bois” de Dorgeles ou “Le Feu” de Barbusse, mais Antoine ne reste pas au front, il est blessé, défiguré par un éclat d’obus qui fait de lui un Janus, un visage dont il manque la moitié et que la chirurgie d’époque va tenter de réparer au mieux. Mais surtout, il est victime de ce syndrome que les anglais viennent de dénommer shell-shock, traduit élégamment par les médecins militaires français par “obusite”, autrement dit ce que l’on appelle aujourd’hui du nom savant de “troubles de stress posttraumatique”.

Dans l’incapacité d’adapter une thérapie efficace de ces traumatismes psychiques graves, l’état major français considéra ces pathologies lourdes, comme des tentatives de désertion du front qu’il fallait autant punir que soigner, et quelques psychiatres apprentis sorciers bien intentionnés offrir les services d’une thérapie nouvelle, le choc électrique, pour remettre dans le droit chemin les brebis récalcitrantes…

Inès va assumer cette descente aux enfers de son mari qui la conduira au choix tragique entre le lâche abandon et sa propre survie égoïste…et si la fin, un peu à l’eau de rose, reste dans la veine d’un roman populaire, le drame, la souffrance de ces femmes désespérées par l’inhumaine tragédie des hommes du front, sont décrits ici avec une acuité qui allie la précision de l’historien à l’émotion du romancier.

Et en ces années du centenaire, ce regard douloureux porté sur le calvaire  des “gueules cassées” et les traumatismes psychiques de la guerre nous rappelle l’étendue des dégâts et des séquelles béantes que fit cette boucherie guerrière, bien au delà des 108 noms* des “morts pour la France” du monument aux morts de Nouan le Fuzelier.

Gérard Poitou

*pour 2146 habitants en 1911

Un si joli mois d’Aout”, un roman de Pierre-Etienne Musson

Editions Denoël Paris 356 pages 20 €

http://www.denoel.fr/Catalogue/DENOEL/Romans-francais/Un-si-joli-mois-d-aout

 

JANE POUPELET, LA SCULPTRICE QUI RÉPARAIT “LES GUEULES CASSÉES”

gueul cassée jane poupelet

Jane Poupelet exposa à La Piscine (Roubaix) en 2005. Parmi les œuvres exposées alors, il y avait de curieux masques, comme des morceaux de figure humaine. Et pour cause…
En 1918, à la fin de la grande boucherie mondiale, une sculptrice américaine Anna Coleman Ladd créa le “Studio Portait Mask” au service de la chirurgie réparatrice des “gueules cassées”. Deux sculpteurs de renom la rejoignirent: Jane Poupelet et Robert Wlérick. A partir de photos, ils moulaient des masques. La maison Cristofle réalisait ensuite les prothèses en cuivre recouvertes de peinture émail imitant la couleur de la peau.
Après avoir vu toutes ces horreurs Jane Poupelet déclara qu’elle ne sculpterait plus jamais comme avant. De fait elle se tourna vers la sculpture animalière.

http://www.roubaix-lapiscine.com/

 

 

 

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