Faut- il brûler Tariq Ramadan?

Par Patrick Communal

Patrick Communal

L’union des associations musulmanes de l’Orléanais organise le 12 mars prochain une rencontre culturelle des musulmans d’Orléans et de la région Centre. Ce groupement d’associations n’a pas la réputation d’être particulièrement intégriste ou communautariste, ce sont plutôt des gens ouverts aux autres et à la citoyenneté.

Au programme de cette rencontre, une table ronde est prévue avec la participation de Julien Salingue, politologue très impliqué sur les questions touchant à la Palestine, Michèle Sibony de l’union juive pour la paix et… Tariq Ramadan. Ce dernier, outre une participation à la table ronde, fera ensuite, en fin de journée, un exposé d’une heure sur le thème foi et responsabilité.

Cette venue de Tariq Ramadan a suscité une vive réaction des trois sections socialistes d’Orléans, de Saint Marceau et de La Source qui demandent à la municipalité, dans un communiqué qui rappelle la prose de « Riposte laïque » d’interdire la venue de l’islamologue dans la ville de Jean Zay.

Alimentées par Caroline Fourest

Pour justifier cette protestation socialiste, le communiqué jette l’oukase sur « le prêcheur d’un islam fondamentaliste, réactionnaire et intégriste ». Il évoque des positions extrêmes sur le voile, la lapidation des femmes, la charia, l’homosexualité, le terrorisme et une conception particulière de la laïcité. On le présente également comme un personnage adepte du double langage sur la place de l’Islam en France et qui a notamment refusé de condamner les attentats de Charlie Hebdo.

Ces accusations portées contre Tariq Ramadan sont récurrentes, elles ont beaucoup été alimentées par Caroline Fourest mais le principal intéressé les dément. Il manque juste dans ce réquisitoire le fait que Tariq Ramadan soit le petit-fils d’Hassan Al Banna qui fut le fondateur des frères musulmans en 1920 peu de temps après le traité de Versailles et le traumatisme que provoqua, en terre musulmane la chute de l’empire ottoman et la mise sous tutelle franco-britannique d’une bonne partie du Moyen Orient.

Je ne suis pas un spécialiste de la pensée et des écrits de Tariq Ramadan en revanche, j’ai appris, comme avocat, que lorsque des accusations de ce calibre sont émises à l’encontre d’une personne, il faut vérifier sur pièces.

Je m’y suis un peu employé ces derniers temps en consultant sur internet et les réseaux sociaux les principales déclarations de Tariq Ramadan, le contenu de ses interventions en conférence et des vidéos qu’il diffuse. Je n’ai rien trouvé qui relève d’un islam intégriste, ou fondamentaliste. J’ai même noté qu’il a plutôt tendance à contester le littéralisme. Sur les attentats il déclare qu’il ne faut pas dire que ce n’est pas l’islam parce que ceux qui les commettent prétendre le faire au nom de l’Islam et que cela doit interpeller la communauté ; Il s’exprime sans ambiguïté contre le terrorisme de Daesh.

Sur les attentats de Charlie Hebdo, contrairement à ce qu’évoque le communiqué socialiste, il ne les soutient pas, il dit simplement qu’il n’est pas Charlie et condamne une partie de la production du journal satirique qui affectait sa religion, ce qui relève de sa liberté de conscience et d’expression.

Autrement dit, j’attends toujours qu’on me produise, au-delà des seules déclarations de tiers qui se déclarent spécialistes de l’islamisme, des déclarations de l’accusé Ramadan qui puissent étayer les réquisitoires qu’on porte à son endroit.

Le port du voile

Reste l’argument majeur : Quand on évoque les déclarations « raisonnables » de Tariq Ramadan, on réplique qu’il pratique un double discours, on le met en cause sur le non-dit sans prendre la peine de vérifier si le non-dit ne serait pas un impensé.

Parce que condamner une personne non pas sur ce qu’elle dit mais sur ce qu’on pense qu’elle pense, ça rappelle tout de même des régimes politiques que n’ont jamais soutenus les socialistes avant leur lune de miel avec l’Arabie Saoudite.

Sur le voile je n’ai pas entendu Tariq Ramadan vouloir imposer le hijab à toutes les femmes mais simplement prendre la défense de celles qui faisaient le choix de le porter, il est vraisemblable qu’il a une position conservatrice sur l’homosexualité, mais il ne se distingue pas sur ce point d’une majorité de catholiques et de la quasi-totalité du clergé français qu’on ne prétend pas pour autant interdire de parole.

Edgar Morin a publié une série d’échanges avec Tariq Ramadan et un second tome est en préparation. Edwy Plenel dialogue régulièrement avec lui. Ce ne sont pas là, des gens qu’on puisse accuser de fondamentalisme islamiste même si depuis peu, notre premier ministre parait avoir inventé une nouvelle atteinte aux valeurs républicaines pouvant consister à se retrouver dans une manifestation ou un meeting auquel participerait Tariq Ramadan.

La légion d’honneur à l’Arabie Saoudite

Pour interdire à quiconque de prendre la parole dans ce pays, il faut que les propos tenus portent atteinte à la dignité humaine, à l’ordre public, aux bonnes mœurs, en dehors de ces hypothèses restrictives, la liberté doit demeurer la règle, même quand l’état d’urgence et la législation d’exception mise en place par les socialistes nous valent la réprobation des associations de défense des droits de l’homme dans le monde entier.

Le Président Hollande a remis cette semaine la légion d’honneur au ministre de l’intérieur de l’Arabie Saoudite, un pays qui flagelle, qui décapite et dont tous les spécialistes admettent qu’il alimente les groupes terroristes qui ont frappé en France. Les sections socialistes d’Orléans n’y ont rien trouvé à redire.

Je conclurai sur cet extrait poétique du « journal de personne » :

Tariq Ramadan est un rebelle arabo-musulman

Mais tout rebelle arabo-musulman n’est pas Tariq Ramadan

Ce qui nous dérange en lui

C’est qu’il nous dérange

Pourquoi ?

Parce qu’il est lui et nous à la fois

Et ça ne nous arrange pas

Parce que nous avons du mal à être lui et nous

Pour ne pas supporter quelqu’un

Qui nous comprend plus que nous même

 

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