Léon Blum, un portrait très personnel

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Au panthéon des justes du socialisme français entre Jean Jaurès et Pierre Mendes-France on trouve Léon Blum. Dans le livre qu’il vient de consacrer à ce dernier, Pierre Birbaum, historien, longtemps professeur de sciences politiques à l’université de Paris1-Panthéon – Sorbonne se plait à le rappeler.

Léon Blum

Léon Blum

Ayant mené de nombreuses recherches sur les «juifs d’Etat», quitte, à la lecture de son ouvrage, à se voir reprocher un excès de « judéocentricité », Pierre Birnbaum dépeint Léon Blum comme l’un de ces Français attachés à leur religion qui furent au siècle dernier parmi les meilleurs soutiens de la République. Militant sioniste de la première heure, soutien de l’Etat d’Israël naissant, attaché, quoique peu croyant, aux traditions de sa communauté, Blum assuma toujours ses origines  et sa  foi républicaine.Elles constituent sa riche identité et sont à la source de ses prises de position et de ses engagements.

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Birnbaum

Pierre Birnbaum

Avec sa plume alerte et précise Pierre Birnbaum nous invite, nous tous qui formons la société française à nous replonger  dans le siècle qui s’est achevé il y a seize ans, non avec nostalgie mais pour méditer sur ce qui y est advenu, ce qui y fut vécu, ce qui y fut fait, dit et annoncé, pour y recevoir aussi quelques leçons. Ceux qui croient, à gauche comme à droite et au centre, qu’on construit le présent et  l’avenir sans tenir compte du passé, liront avec profit ce portrait de Léon Blum. Prenant appui sur un remarquable travail d’archive dont il donne les références en bas de pages,  Pierre Birnbaum fin analyste du socialisme, de la République et du judaïsme retrace le parcours du leader du Front populaire. Il en résulte une biographie vivante qui s’immisce par ricochet et  de façon très profitable dans nos  aux débats contemporains.

Normalien, critique littéraire, ami de Proust, de Barrès, de Jaurès, Léon Blum fut d’abord « un jeune dandy aux goûts littéraires d’avant-garde ». Mais ce « doux poète, l’écrivain précieux, le Juif assimilé tout à ses incontestables succès mondains », s’engage tôt aux côté des Dreyfusards, grâce à Lucien Herr « le sage de l’Ecole normale supérieure, devenu son ami intime ». Il met sa compétence juridique et sa finesse dialectique au service de  la  défense du capitaine injustement accusé. Son compagnonnage avec Jaurès, assassiné en 1914,  « ce maître a fait mieux que lui donner la foi, il lui a fait voir qu’il l’avait », le porta après la Première Guerre mondiale  à la tête de la SFIO. 

Léon Blum

Tout naturellement il prit la direction, en 1936,  du premier gouvernement socialiste de l’histoire française, ce qui entraîna une recrudescence des diatribes antisémites et de l’antisémitisme. Face à  ces violences, bien qu’ayant été l’objet d’une agression, Blum fut avec son gouvernement le promoteur de réformes qui demeurent  le patrimoine commun du mouvement ouvrier. Arrêté par Vichy,  incarcéré il affronte, sans baisser sa garde, en 1942, le honteux procès de Riom auquel Vichy finit par renoncer sans pour autant le libérer. En mars 1943 il  est  déporté à Buchenwald par les nazis qui  souhaitent se servir de lui comme d’une monnaie d’échange. Soutien du général de Gaulle dès son retour en France, il gouverna brièvement après la Libération, avant de s’éteindre au milieu du respect de la nation en 1950 à Jouy-en Josas (78) où il s’était retiré.

Pierre Birnbaum  n’a pas rédigé une biographie classique, il a choisi de mettre l’accent  sur les paradoxes et les aspérités du personnage qui  le placent en situation de référence pour les générations actuelles.  Léon Blum  «  à la féminité trouble » relèverait  aujourd’hui des «bobos» et de la « gauche caviar ».  Or, et il l’a prouvé  à maintes reprises,  l’appartenance à  un milieu aisé et acculturé n’empêche pas un engagement sans faille dans un combat pour plus d’égalité et un mieux vivre pour tous. Il fut également un réformiste, dénonçant le dogmatisme marxiste et faisant l’éloge de l’individu dans la République. Les tenants actuels de la gauche de la gauche, certains frondeurs et même  en tenant compte de tout le spectre politique, l’extrême droite et ses soutiens feraient bien d’en prendre de la graine : partisan du réformisme qu’il n’abandonna jamais, il  opéra par des procédés légaux auxquels il tenait par-dessus tout des réformes qui durent encore à commencer par les congés payés.

F.C.

Léon Blum, Pierre Birnbaum, (Le Seuil) 164 pages 20 euros

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