Les travaux et les jours de François Hollande ou Sisyphe heureux

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Par Pierre Allorantpierre allorant

« Il faut imaginer Sisyphe heureux ». Dans son essai de 1942, Albert Camus continuait son cycle de l’absurde en s’inspirant du mythe grec de la condamnation à pousser au sommet d’une montagne un rocher qui roule inéluctablement vers la vallée.

Le mythe de Sisyphe par Titien

Le mythe de Sisyphe par Titien


Révision

hollandeSi le quinquennat de François Hollande ressemble souvent aux douze travaux d’Hercule, qui plus est effectués sous le déluge et les lazzis, ses jours au pouvoir sont désormais comptés. L’éternisation du débat sur le mariage pour tous en début de mandat, et surtout le temps gâché par l’inutile fourvoiement dans l’improbable déchéance de nationalité pèseront lourd, tant le raccourcissement du mandat présidentiel a bouleversé le rythme de la vie politique.
Si le président sortant a martelé que, à l’inverse de son mentor Lionel Jospin, il entendait réformer jusqu’au bout et faire de 2016 une année utile, force est de constater que dès cet été, la primaire de la droite occupera les esprits et les plateaux, puis que la campagne présidentielle sera lancée dans la foulée avec l’annonce de sa propre décision en décembre. Adepte de l’impassibilité mitterrandienne, François Hollande a certes su démontrer une ténacité dans l’adversité d’une conjonction inédite de tragédies et de menaces pour la nation, mais sans avoir su donner un sens à la traversée de ces épreuves, et a fortiori, une vision d’une sortie de ces années noires pour la société française.
En revanche, tel Jacques Chirac, il s’est pris les pieds dans le tapis institutionnel en déstabilisant systématiquement sa majorité parlementaire, après avoir perdu le Sénat et la majorité des collectivités territoriales. À la fin du XIXe siècle le général Boulanger avait fait de la dissolution et de la révision des lois de 1875 un slogan contre la République parlementaire. Par une tentative hasardeuse de révision constitutionnelle, Hollande a dissout sa majorité. De Machiavel à Gribouille, il n’y a parfois qu’un pas – en l’occurrence, un faux-pas.

Loi travail

Myriam El Khomri

Myriam El Khomri

La révision, c’est aussi ce qui attend les lycéens et étudiants studieux à la veille des examens de fin d’année. Or c’est un projet de loi dit « travail » qui les a mis dans la rue en ce printemps si perturbé, et tout pouvoir sait, depuis Dany le rouge pour le meilleur et Malik Oussekine pour la pire issue, qu’un mouvement de jeunes est incontrôlable et potentiellement mortel pour un gouvernement. Se faire élire sur la priorité accordée, légitimement, à la jeunesse pour finir brocardé dans les monômes est au minimum gênant. Non que l’ambition de s’attaquer au chômage des jeunes, ce scandaleux choix implicite de la société française depuis 40 ans, ne soit pas légitime. Mais l’aborder sous le seul angle perceptible de la précarisation accrue aboutit à la même impasse que la revalorisation de la « valeur travail » par Nicolas Sarkozy sous les auspices de la défiscalisation des heures supplémentaires.
Si le travail a pu sortir de l’esclavage puis du servage jusqu’à être proclamé comme un droit de la République démocratique et sociale en 1848, c’est en s’accompagnant d’une aspiration à l’émancipation, à la formation et aux loisirs, triptyque illustré par les fameux « Trois 8 ». Pas de valorisation du travail sans amélioration sociale, difficile d’imposer plus de fluidité sans garantir davantage de sécurité : quel paradoxe pour un gouvernement issu de la famille social-démocrate européenne d’avoir oublié en route la moitié du message, rendant ainsi la copie illisible ou indigeste. Et peu d’espoir pour les ministres sortants d’échapper à une rude évaluation en réclamant la fin des notes traumatisantes.

Euro 2016 ou Europe année zéro ?

Alors que reste-t-il d’espoir à un président dont la seule courbe à drastiquement baisser est celle de sa popularité ? L’ancien supporter du FC Rouen, optimiste indéfectible, a malgré tout encore quelques cordes à son arc. Si l’Europe a vécu une « annus horribilis » – crise grecque, drame des réfugiés, attentats – le pire n’est pas toujours sûr. Et même le possible « Brexit » pourrait enfin clarifier les choses et nous sortir de cet entre-deux stérile, ce grand marché où l’on ne circule même plus librement, ce vaste ensemble sans direction, dépourvu de toute ambition politique. Le choc d’une sortie des Britanniques, certes dangereux, pourrait avoir le mérite de réveiller les Européens soucieux de mettre enfin en place les harmonisations fiscale et sociale sans lesquelles l’Europe éclatera. Le couple franco-allemand a, une nouvelle fois, rendez-vous avec l’histoire, si toutefois peser sur les affaires du monde lui importe toujours.
euro 2016Quant à l’Euro de football qu’accueillera la France, s’il conjure le péril sécuritaire, il peut redonner le goût de la fête, du jeu et de l’ouverture internationale, peu importe le vainqueur : nous le serons tous. Et pour François Hollande, sans en attendre un miracle électoral, il s’agirait de la première éclaircie, en attendant l’inaccessible arc-en-ciel : la très hypothétique victoire du « Benzema » de la droite, le « mauvais garçon » de la primaire qui a accumulé les cartons jaunes des mises en examen et n’attend depuis quatre ans que l’opportunité d’un match retour.
Mais les deux protagonistes de 2012 capteront-ils encore l’attention des électeurs en 2017 ? La valeur de leur travail n’a pas convaincu, une révision de dernière minute risque de ne pas suffire, ils sont menacés d’un zéro de conduite qui ouvrirait la boîte de Pandore du populisme, voire d’une victoire par défaut, sans projet ni adhésion. Mieux vaudrait sans doute, dans l’intérêt du pays, tourner enfin la page, apporter le renouvellement des personnes, des idées et des pratiques en l’absence duquel la vie politique française se fossilise, paradoxe dans le pays d’Europe qui compte durablement le plus de naissances, et donc le plus de jeunes.

Messieurs les « perpétuels » de la politique, retirez-vous les premiers !

Commentaires

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  1. Malheureusement, les jeunes deviendront vieux et pour beaucoup chômeurs ne pouvant pas plus subvenir à leurs besoins que supporter le poids de la protection sociale que l’on croît garantie par une natalité forte alors que celle-ci nous conduit droit dans le mur, un choc qui fera très mal à l’issue d’une fuite en avant.

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