Patrick Boucheron: quand la peur “fait des Sienne”

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Professeur au collège de France pour une chaire baptisée “histoire des pouvoirs en Europe occidentale du XIII ème au XVI ème”, Patrick Boucheron est, ce qu’on appelle une “pointure”. Lundi à la fac de droit d’Orléans la Source, il s’est produit dans le cadre du cycle de conférence “amphi de l’actualité” qui s’inscrivent dans le cadre du 50 ème anniversaire de la fac de droit ressuscitée. Présenté par Corinne Leveleux-Teixeira, professeure de l’histoire du droit et par le doyen de la faculté de droit et de gestion, Cem Ertur, Patrick Boucheron est, en outre, conseiller au Seuil et chroniqueur à France Culture.

Patrick Boucheron lors de sa conférence.

Patrick Boucheron lors de sa conférence.

 Auteur de “Conjurer la peur : Sienne, 1338. Essai sur la force politique des images, (Seuil, 2013), Patrick Boucheron est parti des fresques d’Ambrogio Lorenzetti, des merveilleuses peintures. “Je me suis enfermé dans une salle au milieu de ces fresques”, raconte Patrick Boucheron et c’est là qu’il a écrit son ouvrage.. Entre 1287 et 1355, Sienne fut gouverné par neuf citoyens qui formèrent un conseil chargé de défendre un régime somme toute démocratique, au moins collégial. Un pouvoir qui a duré 70 ans, ce qui n’est déjà pas si mal. 

Le coup de grisou

Corinne Leveleux-Teixeira et Patrick Boucheron.

Corinne Leveleux-Teixeira et Patrick Boucheron.

“L’historien doit accueillir les sollicitations du présent”, alors, à partir des tableaux, des personnages et des scènes qui le composent, l’historiens a décrit les allégories subtiles, sans jamais tomber dans la comparaisons stricto sensu avec notre histoire contemporaine. Ainsi a t-il parlé de “la façon dont les images nous préviennent du coup de grisou…la guerre est très loin, la rumeur est lointaine et d’un coup, elle est chez nous. Les maisons, la place, deviennent des scènes de guerre. En histoire, c’est comme en politique on peut mettre très longtemps à voir les choses…”. L’un des personnages les plus parlant, c’est l’image de la paix, cette belle jeune femme habillée de blanc et tenant l’olivier symbolique, “l’image de la pacification par la justice sociale”.  Mais à y regarder de plus près, dans le tableau de Lorenzetti, “elle a un air inquiet…La déception est toujours à l’horizon de la démocratie”. 

Quand les institutions nous font peur

A l'oreille du prince...

A l’oreille du prince…

C’est l’occasion ensuite pour Boucheron de rebondir sur l’après 11 septembre, le Patriot Act américain et l’état d’urgence version française: “les institutions qui ont à conjurer la peur nous font peur et ensuite il est presqu’impossible de revenir en arrière”, et il ajoute que les “gouvernements autoritaires disent “ayez peur nous ferons le reste”. Les oreilles de Manuels valls ont-elles sifflé? L’occasion aussi de revenir sur l’image de Bush à qui un conseiller susurre à l’oreille que les avions viennent de s’écraser sur le world Trade Center.

Une photo longtemps interdite prise à Brooklyn, le jour des attentats du 11 septembre.

Une photo longtemps interdite, prise à Brooklyn, le jour des attentats

Toujours en correspondance avec l’actualité, mais sans jamais la désigner nommément, Patrice Boucheron explique qu’il “appartient à l’état de désigner les périls essentiels mais dès lors que l’état détourne la peur vers des cibles secondaires, il appartient au citoyen de bouger pour réorienter le corps social”.  Chacun y verra midi à sa porte, parce que, dit  Boucheron, “le présent est une accumulation du passé”, et “l’histoire ne chronique pas seulement ce qui a eu lieu hier mais ce qui aurait pu avoir lieu”. Ce qui n’est pas non plus de nature à vraiment  nous rassurer sur notre présent.

Ch.B

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