Nuit debout : La France est-elle prête pour faire aboutir un mouvement citoyen ?

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Ils sont lycéens, étudiants, jeunes parents ou retraités, chômeurs ou cadres …, des citoyens, ni plus ni moins, les  « Nuits deboutistes » ne faiblissent pas. Ce soir, ils entameront leur septième nuit, place de la République, à Paris, plus nombreux que la veille. L’ambiance est bon enfant, quasi familiale.  Toute la société est-elle vraiment représentée ? Difficile de le dire, tous l’espèrent, « il y a même des handicapés parmi nous » fait remarquer une jeune femme.

nuit debout

Ce soir ils sont plus nombreux encore que la veille, plusieurs centaines à coup sûr,  membres d’un mouvement « informel et citoyen né de l’occupation de la place après la manifestation du 31 mars contre le projet de loi  Travail .  « Le mouvement est né d’une organisation en réseaux distribués en autogestion. Tout est décidé lors des assemblées générales retransmises en direct sur Périscope », nous explique l’un d’eux qui jusque-là ne s’était jamais engagé  en politique, ni même dans une association. Ils sont  beaucoup comme lui qui ont répondu à l’appel du  collectif  « Convergence des luttes ». Le 31 mars il invitait à  « occuper une place, un lieu, on verra bien où » et la place de la République était toute désignée  pour protester contre le projet de loi du Travail mais pas seulement.

nuit debout

Place de La République à Paris

Ce soir 6 avril, 37 mars selon leur calendrier auto-proclamé, comme les soirs précédents un grand débat à ciel ouvert durera plusieurs heures. A partir de 18 heures, les témoignages se succèderont devant une assistance assise parfois à même le sol qui, selon un code hérité des « indignés » espagnols, agite les mains  pour dire « d’accord » et croise les poignets pour dire « non ». Les intervenants sont inscrits sur un carnet et attendent leur tour. Un volontaire chronomètre : pas plus de trois minutes chacun et l’on vote pour tout à main levée. Aucun sujet n’est tabou, les migrants, les salariés, le chômage, le code du travail, l’exercice du droit de vote, les lois sur la prostitution, le logement, les crèches et le sort des lycéens interpellés dans les manifs…

Tandis que la soirée avance, la place de la République se remplit, prend des allures de village solidaire. A côté de la crèche des poussettes sont rangées, la cantine  « à prix libres » n’arrête pas de fournir et l’infirmerie tient porte ouverte.  On rit, on parle, parfois on danse, on explique le pourquoi et le comment de l’aventure aux curieux qui, passé l’étonnement, viennent au contact de cet événement dont tous les médias  se font l’écho. Un media center  répond aux sollicitations. Les affaires courantes qui relèvent de l’organisation et de la propreté sont rondement menées, l’autogestion remplit parfaitement son office et une urne en carton recueille les dons destinés à financer la logistique.

Aboutir à quelque chose de concret

Rassemblement "Nuit Debout" ce lundi place du Martroi

Rassemblement “Nuit Debout” ce lundi place du Martroi

Quelles sont  les objectifs de ces citoyens que l’on aurait tort d’appeler les « indignés français », certains ne sont « pas convaincus par Podemos » le parti espagnol né du mouvement des « indignés » de la Puerta del Sol en 2011.  En 2012 certains avaient tenté d’organiser un mouvement des indignés en France vite abandonné. Un membre de la commission communication  rappelle que Podemos a échoué « à transformer les institutions ». Est-ce l’ambition  de la Nuit debout ? « Il y a une prise de conscience. Qu’importe le déclencheur. En tout cas, nous sommes tous d’accord sur un point : la démocratie ne fonctionne plus, il n’y a aucun espoir de changement par la politique », dit une cinquantenaire qui a derrière elle un long passé de manifestante.

Comment passer du constat à l’acte ? Sur le sujet  les « Nuideboutistes » sont prudents et bottent facilement en touche. Il est sans doute trop tôt pour envisager l’avenir de cet espoir de changement. Le mouvement n’en est encore qu’à sa phase de construction. Cependant il s’installe dans la durée. « On espère que  ça va déboucher sur quelque chose, que les lignes vont bouger », disent trois jeunes Grenobloises de passage dans la capitale. « Comme tout mouvement de gauche qui a du sens, la Nuit debout est sympathique », affirme Rémi qui a manifesté pour la première fois en 1968 et en garde un bon souvenir à 72 ans.

En attendant le mouvement prend de l’ampleur et essaime dans plusieurs villes de France.

F.C.

Commentaires

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  1. Quel que soit l’avenir de ce mouvement, il aura tenté de faire bouger les choses, ce qui vaut mieux que la simple contestation verbale, même si la dialectique peut contribuer, elle aussi, à la prise de conscience, étape préliminaire avant le passage à l’acte.
    En tout cas, je trouve ce mouvement éminemment sympathique et, si je le pouvais, je le rejoindrais volontiers.

  2. A Orléans c’est le soir à partir de 18 h Place du Martroi, ça commence à se mettre en place et c’est de toute façon intéressant parce que c’est (enfin) d’autres idées et paroles que les vieilles et obsolètes ruminations des idéologies officiels de toutes soupes confondues des plusdroitiersauxplusgauchiers.

  3. Voilà de vrais “États Généraux” comme devrait en “rêver” Serge Grouard, qui fait “flop” avec les “siens” !

  4. Mouai….spontané vous avez dit spontané, voici un extrait du figaro du jour qui démonte complètement cette idée:
    “À l’origine de ce mouvement disparate, dynamique mais sans leaders, on trouve le journal Fakir et son directeur François Ruffin. Loin d’être spontané, le mouvement a été organisé, depuis le 23 février.
    Le collectif Nuit debout qui organise depuis sept nuits des réunions place de la République à Paris et dans d’autres villes de province, se veut autogéré, sans leaders définis ni appareil organisationnel. Dans leurs AG qui durent tard dans la nuit, on trouve pêle-mêle des militants d’EELV et du Front de gauche, des syndicalistes, des militants associatifs, des étudiants.
    L’idée est de profiter du prochain mouvement social et syndical pour embrayer sur une manifestation pacifique, une occupation des lieux et une mise en place d’une démocratie directe. «Il s’agissait de détourner un bras du mouvement social au prochain mouvement syndical», explique François Ruffin. La loi travail leur a offert un prétexte idéal. Dans les manifs contre la loi el-Kohmri, Ruffin et sa bande tractent, diffusent des appels à mobilisation. «Il ne faudrait surtout pas croire que Nuit Debout est un mouvement spontané, né comme par miracle de la somme de désirs communs», explique le directeur de Fakirdans Télérama.”
    Encore un mouvement ultra politisé, par l’ultra gauche qui manifestement surfe sur l’actualité sociale pour récupéré les “paumés du socialisme”……..

  5. Un peu d’air frais !
    Bravo à celles et ceux qui placent le citoyen au centre des débats. Et heureusement que des militants de la vraie gauche, celles et ceux qui veulent faire changer les choses soient présents. Le contraire aurait été très grave. Comme quoi, et comme je le répète depuis longtemps, il est très urgent de faire de la politique autrement, de donner la parole au peuple et de construire des propositions alternatives aux politiques libérales, qu’elles soient engagées par la droite ou par les socios llibéraux comme Valls, Hollande ……ou Macron.

    Michel RICOUD

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