Tout du bien*

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J’attendais mon tram du soir place de Gaulle lorsque s’assirent sur le banc deux péquins, l’un en gilet croisé et pardessus en poil de chameau et l’autre attifé d’une casquette écossaise à oreillettes fourrées. Et voila qu’ils entament une conversation comme s’ils parlaient à leur portable, je n’eus qu’à noter leurs propos.

– « Ah mon cher Beaubar, ce que nous venons d’observer Place du Martroi est de la plus haute importance et mérite d’être inscrit dans notre journal.

nuit debout–  Mais non mon cher Percuté, ce ne sont là qu’enfantillages, sornettes et autres bavardages qui ne méritent même pas une ligne. Ces gens qui se réunissent en plein centre ville pour parler, échanger leurs envies de vivre autrement ce n’est pas sérieux.

Quand on leur demande leur nom ils répondent Camille, Claude, Dominique… parce qu’ils estiment qu’il n’y a pas de différence entre les hommes et les femmes et qu’ils ne sont pas là individuellement mais tous semblables : des humains en quête d’une vie meilleure pour tous. Ils se disent déçus, mécontents et indignés. Le pire c’est qu’il n’y a même pas de chef, ni à Orléans ni ailleurs, parce qu’ils se disent responsables d’eux-mêmes et des autres. C’est la chienlit, vous allez voir qu’aux beaux jours ils voudront dormir au pied de Jeanne. Et la maréchaussée qui reste à distance, sans même essayer d’entendre (où sont les micros ?) ce qu’ils disent, ferait bien d’être plus vigilante. Par leur remise en cause du désordre, pardon, de l’ordre établi, ils sont dangereux.

Ah non ! C’est trop ! Comment peut-on tolérer des gens qui refusent de dormir sur leurs deux oreilles et laisser les politiques faire leur cuisine ? D’ailleurs n’avez-vous point remarqué qu’ils préparaient une soupe aux légumes (offerts par des commerçants complices). Si on les laisse faire ils se tailleront bientôt des biftecks dans la croupe du cheval de Jeanne.

Pour tout dire, du bout de ma lorgnette tout ceci n’est qu’un feu de paille car rien ne peut remplacer nos solides et intègres institutions économico-politiques et il est inutile de vouloir mettre l’imagination au pouvoir !

nuit debout– Ah mon cher Beaubar, j’entends grincer vos dents agacées par des raisins vert car il m’apparaît qu’ici comme ailleurs, en échangeant leurs récits de vie, ces gens réalisent combien ils sont solidaires et comment leur réflexion personnelle trouve un écho chez bien d’autres ce qui, il est vrai, représente un danger pour ceux qui veulent faire croire que chacun est coupable de son malheur.

Ils se font tous appeler par un prénom androgyne par souci d’anonymat ? Ne serait-ce pas une façon de dire aussi qu’ils portent en eux le désir d’unir la cohérence et la créativité, la réflexion et l’imagination, la force et la douceur, bref le masculin et le féminin. A les écouter j’ai perçu, au-delà des déceptions ressenties vis-à-vis des politiques qui ne sont plus- pour eux- que des employés de commerce, l’envie d’inventer un monde d’égalité entre tous, sans hiérarchie, avec une liberté assumée et responsable, respectueux de soi, des autres et de la planète.

Tout ça bien sûr n’en est qu’aux prémisses toutefois c’est à eux-mêmes et aux autres qu’ils proposent du bonheur. C’est une idée originale par les temps qui courent. Ils ne veulent en aucun cas frayer avec les gros poissons ( nos homm’femmes politiques) ? Et si les petits cessaient d’alimenter les gros je crois pouvoir avancer que ce seraient les gros qui mourraient de faim.

En tout cas votre ire (colère) laisse entendre qu’ils ne sont pas inoffensifs. »

Mon tram du soir arrivait, je me suis levé et sans m’en rendre compte mes jambes m’ont porté Place du Martroi. :

Oignons, poireaux, choux-fleurs, pommes de terre et compagnie glougloutaient dans une grosse marmite bleue, le fumet de la soupe attirait les passants. J’avais envie d’apprécier par moi-même si ces êtres humains étaient là parce qu’objets de la commune déraison : ‘’Fais tout pour gagner un max et planquer ton Fric’’ (ailleurs qu’au Panama) où si c’étaient là les premiers instants d’une société humaine plus joyeuse et plus raisonnable, un monde de sujets de leur verbe.

Un prochain billet vous en dira plus mais pourquoi ne pas y faire un tour vous-même ?

FT

*Anagramme de Nuit Debout

nuit debout martroi

Commentaires

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  1. On pourrait ajouter que “Percuté” a du mal à percuter et que “Beaubar” ne raconte pas que des bobards !

    Le “monde de sujets de leur verbe” est une très belle idée : renvoyant les slogans de mai 68 à leur ringardise !

    Nul doute que FT a toute sa place (du Martroi) à la “Nuit debout” orléanaise et que ses “billets” devraient réveiller tous les “dormeurs” !

  2. Pourquoi les slogans de mai 68 seraient-ils “ringards” ?
    Ils étaient le fruit d’une autre situation, d’une autre société et, à moins de traiter de “ringard” tout ce qui relève du passé, moi qui les ai vécus à l’époque à Paris je les trouve encore fascinants pour un bon nombre d’entre eux.
    Ce qui ne m’empêche pas d’apprécier ceux des ‘Nuit debout”, à commencer par “Nos rêves n’entrent pas dans vos urnes”.
    Salut, bonne journée et… bonne nuit ?

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