Les belles africaines de Seydou Keita au Grand Palais

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Les superbes portraits du malien Seydou Keïta sont au Grand Palais, à Paris,

Sans titre 1958

Sans titre 1958

Pour atteindre les portraits XXL de Seydou Keita 1921-2001), exposés au Grand Palais, il vous faudra d’abord passer sous une arche recouverte de wax, ce fameux tissu qui met en valeur la beauté des Bamakoises qu’il a portraiturées depuis 1948 dans son studio d’un quartier bruyant de Bamako. On est tout de suite dans l’ambiance, celle de ces arrières cours africaines où de 1948 à 1962, date à laquelle il est recruté comme photographe officiel du Mali devenu indépendant, Seydou Keïta réalise jusqu’à quarante portraits par jour. « Le Tout-Bamako venait se faire photographier chez moi, confiait-il. Se faire photographier était un grand événement, il fallait arriver à donner la meilleure image possible de la personne. Souvent ils prenaient l’air sérieux, mais je crois aussi qu’ils étaient intimidés par l’appareil, c’était nouveau. »

72 DPI-22Heureusement, cela reste invisible sur les visages des portraits accrochés en majesté aux cimaises du Grand Palais.  Au contraire, chacun homme, femme ou enfant, seul ou à deux, entre amis ou en famille, debout, assis ou allongé y pose de trois quarts, magnifique et serein dans ses plus beaux atours. Là réside tout l’art de Seydou Keita  qui a su d’un simple geste doux faire poser en toute confiance ses modèles, comme en témoigne, dans l’exposition, l’émouvant documentaire de 1998 pour les besoins duquel, âgé alors de 77 ans, il a accepté de reconstituer une séance photo dans la cour de son studio. Il est là, en compagnie de beautés Bamakoises qu’il installe debout ou allongées sur un tapis devant un fond de tissu fleuri. Il tourne  légèrement leur visage, attentif à leur regard « vraiment important », change la position des mains, arrange les plis du boubou, pendant que les femmes à l’arrière, palabrent en riant bruyamment et les gosses traversent devant la caméra. Puis,  il leur demande de ne plus bouger, avant d’appuyer sur la gâchette. Clic clac, une seule pose suffit au maître, qui a débuté comme apprenti menuisier auprès de son père à l’âge de 7 ans, avant de se découvrir une passion pour la photographie à 14 ans, lorsque son oncle lui rapporte un appareil Kodak Brownie du Sénégal et d’être  initié au tirage et à la prise de vue par le photographe instituteur de son village. A Bamako, il se disait d’ailleurs à l’époque que « quelqu’un qui n’a pas fait sa photo avec Seydou Keita n’a pas fait de photo. » 

Il faut dire que le charmant monsieur  sait à l’époque parfaitement s’adapter  aux désirs de ses clients maliens, à qui il fournit des accessoires et des décors,  un scooter pour deux jeunes Bamakoises qui sourient à l’objectif, la Peugeot 203 du photographe devant laquelle pose tout un groupe de femmes somptueuses dans leur boubou. Pour eux, il invente de nouvelles poses et surtout  introduit des vêtements et des fonds ornés de riches motifs.  La touche du photographe pour rehausser l’image que chacun voulait montrer de lui-même.

Et cela fonctionne parfaitement : les impressionnants tirages modernes comme les petits contacts 13 x 18 d’époque, sont très touchants.  Ils permettront sans doute à tous ceux qui ne connaissent pas l’Afrique noire de la découvrir dans toute sa splendeur. Une impression forte, peut-être proche de celle de Keita lui-même découvrant ses clichés en tirages grand format, réalisés pour les besoins du marché de la photo. « Vous ne pouvez pas imaginer ce que j’ai ressenti la première fois que j’ai vu des tirages de mas négatifs en grand format, disait-il… J’ai compris alors que mon travail était vraiment bon. Les personnes sur les photos paraissaient tellement vivantes. C’était presque comme si elles se tenaient debout devant moi, en chair et en os. »  Bien loin des clichés ethnographiques de l’époque coloniale dont Seydou Keïta marque la fin, «  en ouvrant l’ère d’une photographie africaine,  qui, tout en puisant dans ses racines et dans son histoire; affirme sa modernité », analyse Yves Aupetitallot, commissaire de l’exposition.

B. de Valicourt

Grand Palais, galeries sud-est, avenue Winston-Churchill, Paris.

www.grandpalais.fr ; 01.44.13.17.17. Catalogue RMN, 224 p., 35 €.

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