Trois siècles de mode

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par B. de Valicourt

La collection mode du musée des arts décoratifs qui comprend plus de 150 000 pièces a 30 ans. Une excellente occasion pour présenter une grande rétrospective sur l’évolution de la silhouette et la métamorphose des corps depuis le XVIIIe siècle.

Visite, 1870-1890, cachemire de laine et de soie. @Jean Tholance, les Arts Décoratifs

Visite, 1870-1890, cachemire de laine et de soie. @Jean Tholance, les Arts Décoratifs

Ce qui frappe d’abord dans « Fashion Forward, Trois siècles de mode », aux Arts décoratifs, c’est la mise en scène très étudiée. Les vêtements tous très beaux et parfaitement restaurés, sont présentés sur des mannequins, et dialoguent avec des objets de leur époque, tapisseries, boiseries du XVIIIe siècle, miroirs… C’est l’occasion d’admirer au passage toute une série de pièces exceptionnelles, comme ces papiers peints panoramiques de Zuber, ces dessins de Paul Iribe pour les robes de Paul Poiret ou ces portes de marqueterie de paille imaginés par Jean-Michel Frank pour l’écrivain François Mauriac.

Un voyage dans le temps, du début du  XVIIIe siècle à nos jours, en près de 300 pièces, qui rappellent les moments clés de la mode et l’histoire de la métamorphose des corps et de l’allure.  L’exposition se vit au fil des époques, d’un justaucorps masculin de l’époque Régence très travaillé, à une robe en sweat-shirt de la marque branchée Vetements, en passant par le mythique tailleur Bar de Dior. On serpente dans des couloirs aux lumières tamisées jusqu’à la Nef où se dressent de gigantesques escaliers hélicoïdaux blancs sans logique apparente, reposant sur un vaste sol miroir. Imaginés par le scénographe Jérôme Kaplan, ils créent de curieuses rencontres entre les créateurs représentatifs des XXe et XXIe siècles. Au passage, on revisite les attitudes et les corps, chaque étape parfaitement chorégraphiées par le danseur et chorégraphe britannique Christopher Wheeldoon, représentant un monde en soi.

Celle des hommes qui au 17e siècle portent de riches vêtements chatoyants, des vestes de chasse et même des robes de chambre qui n’ont rien à envier, par leur opulence et leurs broderies dorées tape à l’œil  et leurs détails très travaillés, à celles de leurs compagnes. A cette époque, l’habit fait si bien « le moine » que des lois tentent de dissuader les roturiers enrichis  de s’habiller comme les nobles. Du coup, la surenchère dans les tissus et les détails ostentatoires sont sur tous les vêtements, dont la forme varie peu au cours du XVIIIe siècle. La couturière est d’ailleurs considérée alors comme une simple exécutante et ce jusqu’en 1857, date à laquelle le couturier anglais Charles Frederick Worth, fournisseur de l’impératrice Eugénie, commence à signer ses créations.

Un geste révolutionnaire et le début de la griffe vestimentaire, dont on connaît le succès, à travers les différentes collections mais aussi par exemple l’opulence des défilés spectacles des années 80. C’est aussi à ce moment-là  que le culte du corps est remis en cause par l’arrivée sur scène des créateurs japonais qui imposent le noir et les vêtements déstructurés. Il n’existe plus alors une mode, mais des looks. Jusqu’aux années 2000-2016 où le directeur artistique supplante le rôle de créateur, dans les grands groupes de luxe qui se consolident en soulignant leurs codes identitaires et leurs marques.  Un renouveau constant de la mode, un art à part entière, qui a toute sa place dans les musées, comme en témoigne le fonds très riche des arts déco, depuis sa création en 1864.

Fashion Forward, Trois siècles de mode (1715-2016). Jusqu’au 14 aout aux Arts décoratifs. www.lesartsdecoratifs.fr

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