“Mr Holmes”, Ô vieillesse ennemie !

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Ian McKellen, Milo Parker

Le cinéma fait partie des arts “impurs”*, c’est à dire que contrairement au sculpteur grec Pygmalion qui donnait vie à  des formes imaginées, concrétisant ainsi son idéal de la beauté, le réalisateur d’un film doit toujours composer avec la réalité plastique d’un acteur ou d’une actrice bien réelle, pour construire l’imaginaire fantasmatique de son film: que serait Sternberg sans Marlène, Hitchcock sans Tippi Hedren, Godard sans Anna Karina; ou Vadim sans Bardot ?

Cette petite digression liminaire, pour dire combien ce film, “Mr Holmes”, et son personnage joué par Sir Ian McKellen sont indissociables: on ne peut imaginer (au sens de “produire des  images”) ce film sans lui, et l’on ne peut croire que cet acteur “joue” un personnage qu’il ne serait pas dans le  réel.

En plus de cette étonnante interprétation/identification, le film se construit sur un très habile scénario qui entrelace trois époques de la vie de notre héros détective, dont la dernière est une lutte tragique pour démêler des souvenirs que sa mémoire altère plus vite que la capacité d’écrire de ce Sherlock solitaire, pour qui sa perspicacité légendaire n’a plus rien d'”élémentaire”, sauf dans cette relation apaisante et tendre qu’il tisse avec Roger, le fils de sa gouvernante dans une fascination commune de ses dernières amies, les abeilles. Dans un élégant jeu de mis en abime, la légende de Sherlock Holmes se réécrit alors dans des narrations gigognes où Doyle inventait un Watson qui inventa le détective à la mémoire hors du commun, détective qui survit ici entre résignation et panache. Ce personnage, monument de la littérature policière, nous offre ainsi dans sa dernière enquête, un visage inattendu, riche d’une réflexion mélancolique et sereine, au crépuscule des multiples vies que tant de narrateurs lui ont prêtées**.

Et tant pis pour les quelques mièvreries d’une amante putative qui se parfume à l’eau de rose, l’histoire de ce vieillard possède un charme intrinsèque aussi désuet qu’attachant.

Gérard Poitou

*“La création cinéma” Alain Bergala  ed Yellow Now

**1887. Sir Arthur Conan Doyle crée le personnage de Sherlock Holmes, un détective privé doté d’une mémoire et d’un sens de la déduction remarquables, dans le roman policier Une étude en rouge.
1887-1927. Il publie quatre romans et cinquante-six nouvelles originales, baptisés ouvrages « canoniques », par opposition à l’énorme quantité de suites et d’aventures signées par d’autres auteurs.
1929. Apparaît la fameuse phrase « Élémentaire, mon cher Watson » dans le film Le Retour de Sherlock Holmes, premier film parlant sur le personnage.
1900-2013. Environ 275 films et séries ont repris le personnage de Sherlock Holmes.

“Mr Holmes”   un film de Bill Condon    1 h 44

Avec Ian McKellen, Laura Linney, Milo Parker

 

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