Tom Cooper avec un sacré bon roman !

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Tom Cooper vit et enseigne à la Nouvelle-Orléans. Ce n’est donc pas un hasard si à peine arrivé sur le sol de notre pays, il a effectué sa première signature à Orléans invité de la Librairie nouvelle ce mercredi. La Nouvelle-Orléans doit son nom au duc d’Orléans, régent de France entre les règnes de Louis XIV et Louis XV. L’écrivain revient  aux sources au bout de trois cents ans. Nous ne pouvons que nous en  réjouir car il arrive avec un livre passionnant, un polar, à une époque qui adore les polars.

Tom Cooper © Sara Essex Bradley

Tom Cooper © Sara Essex Bradley

Sans prendre de gros risques on peut aller jusqu’à dire que cette floraison de polars qui touche tous les pays occupe la place tenue au XIXe par les romans sociaux d’un Zola ou d’un Hugo qui témoignent de la société  de leur temps avec ses compromis  et ses compromissions, ses petits arrangements et ses grandes tendances.

Dans ce premier livre qui vient après des nouvelles publiées dans de nombreux magazines Tom Cooper  met en scène des personnages dotés d’une personnalité palpable, avec leurs contradictions, leurs petites lâchetés, leurs remords et, parfois, leurs victoires, aussi minimes soit elles, sur la vie de chiens qu’est la leur. Rien ne leur est épargné, un environnement hostile écrasé de chaleur, peuplé d’alligators et de serpents, sur lequel flotte une odeur du pétrole piégé dans la vase. L’auteur les dépeint tels qu’ils sont avec leur langage cru et souvent fleuri, leurs habitudes et leurs croyances.  A partir de ce coin perdu d’Amérique, il nous donne à réfléchir à cette  part d’humanité si banale qui est autour de nous et en nous, qui s’agite, qui a du mal à exister et qui se cherche  sans jamais  parvenir à se trouver ou du moins à se rencontrer tout à fait.

Tom Cooper  promène sur le monde un regard sans illusion, noir forcément mais teinté  d’espoir. « Les maraudeurs » est un très bon premier roman porté par une écriture efficace qui puise sa vigueur dans sa souplesse et sa capacité à s’adapter, aux êtres, aux situations et aux descriptions.  Tom Cooper canarde  à tout va et à bon escient. Il n’oublie ni les suites de la marée noire de Deepwater Horizon,  ni la petite société de la Barataria qui relève le  souvent du panier de crabes où macèrent de vieilles rancœurs.

Un scénario bien ficelé

A l’été 2010, dans la baie de Barataria, aux confins du delta du Mississipi et du pays cajun, en Louisiane, on commence à pêcher plus de galettes de pétroles que de crustacés, occupation et source de revenus depuis des générations. Le brut déversé pendant plusieurs mois au large du Golfe du Mexique après l’explosion de la plateforme Deepwater Horizon arrive sur la côte de Louisiane. Jeanette, petite ville de pêcheurs de crevettes déjà ravagée en 2005 par l’ouragan Katrina se meurt.

1507-1Dans cette lente apocalypse, vivent ceux que la catastrophe écologique touche de plein fouet : Wes Trench et son père, tous les deux pêcheurs, Lindquist,  manchot qui ne retrouve plus sa prothèse, patron d’un crevettier qui, entre deux prises de puissants analgésiques, passe à son détecteur de métaux les ilots de la  Baratia dans l’espoir de tomber un jour sur  l’hypothétique trésor peut-être  enterré par le pirate Jean Lafitte  au début du XIXè siècle, quand la baie  était son domaine.

Il y a ceux que ce désastre touche indirectement, comme Hanson et Cosgrove, deux compères qui se sont rencontrés en accomplissant des travaux d’intérêt général et  profitent des embauches créées pour démazouter des oiseaux empêtrés dans la marée noire.

Il y a ceux que jamais rien n’affecte, qui suivent leur voie sans regarder à côté comme les jumeaux Toup, des  bouseux de Louisiane,  psychopathes  borderline, qui  ont   délaissé la pêche à la crevette pour la culture du cannabis sur une île isolée de la baie, « dans les entrailles  ténébreuses du bayou » qu’ils ne souhaitent pas partager. Gare à celui qui s’en approche de trop près !

Enfin il y a bon gré mal gré les profiteurs, comme Brady Grimes, contraint par la British Petroleum  de convaincre les pêcheurs et l’ensemble des habitants de la Barataria d’accepter une compensation financière sous-évaluée plutôt que de se lancer dans des poursuites judiciaires contre la coupable compagnie pétrolière.

Mais quand Lindquist, à la recherche de son trésor  traîne un peu trop  du côté des plantations des Toup, quand Hanson et Cosgrove, après avoir goûté la meilleure herbe de leur vie, décident de partir à la recherche d’une île qui, d’après les rumeurs, abriterait un champ du meilleur cannabis de la côte est, les choses se gâtent.

Françoise Cariès.

« Les maraudeurs »
Tom Cooper,  (Albin Michel) 400 pages  22 euros

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