Périgord: la nouvelle grotte de Lascaux

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par Bénédicte de Valicourt

La nouvelle réplique de la grotte de Lascaux ouvrira le 15 décembre à Montignac en Dordogne, au pied de la colline originelle. Ce fac-similé représentera « au millimètre près » le bestiaire fantastique de la grotte découverte en 1940. Et en attendant la visite du premier fac-similé reste un must.

L'atelier @B.de Valicourt

L’atelier @B.de Valicourt

Pinceau à la main, Marie scrute avec attention la paroi sur laquelle elle est en train de peindre un bison. Elle se recule légèrement, regarde son ordinateur. Tout va bien, le dessin est totalement identique à la reconstitution en 3D de la grotte originelle, projeté à l’aide d’un projecteur sur la paroi sur laquelle elle travaille, aux côtés d’une trentaine d’autres artistes, sculpteurs, peintres, aquarellistes et décorateurs de théâtre. Dans une vaste salle à côté, quatre panneaux avec 500 figures en sculpture réalisées avec du sable, de la pâte à papier et de l’enduit, sont traitées à la lumière noire.

Nous sommes dans l’Atelier des Fac-similés du Périgord (AFSP) de Montignac, une série d’immenses entrepôts où tout le monde travaille d’arrache-pied à terminer la reconstitution grandeur nature et « au millimètre près » des 3000 m2 de la grotte originelle.

Seule Valérie Mathias, un membre de la fine équipe, a eu le droit d’y pénétrer pendant quinze minutes à peine, pour avoir une idée et pouvoir la retransmettre à tout le monde. Reliefs, aspects de surface et ornements, coloration naturelle de la paroi, avec toutes les variantes de calcite et affleurement : grâce au relevé et des photographies, les murs de la vraie grotte, et donc les aspérités sur lesquelles nos ancêtres ont œuvré, sont totalement identiques. Pendant ce temps, les premières coques résinées installés sur un squelette métallique ont été scellées au plafond de Lascaux IV, le nouveau fac-similé de la grotte, qui ouvrira en décembre 2016, et non en juillet, comme prévu à l’origine.  

La grotte originelle reproduite

Le vrai plus ? Contrairement à la première reconstitution de la grotte sur la colline au-dessus de Montignac ici, l’intégralité de la grotte originelle est reproduite. Outre « La salle des Taureaux et le « Diverticule axial » que l’on pouvait déjà voir, « Le Passage »,  « L’abside », « La Nef » et « Le Puits » seront également accessibles.  Soit mille gravures supplémentaires.  Dont la seule représentation humaine de la grotte : un homme à tête d’oiseau en érection qui fait face à un bison. Mais, comment faire une reproduction à l’identique alors que dans la grotte originelle il y a une pente à 18%, bien trop raide, pour y faire passer du public ? En faisant un compromis acceptable mais sans passer par une pente à 14% qui n’aurait pas permis de respecter l’agencement des peintures, a répondu le scénographe, qui a aussi travaillé sur le son, la lumière et la température.

Nous n’en saurons pas plus et en attendant de juger sur pièce, les ouvriers s’activent  au pied de la colline originelle, à deux pas des maisons, sur l’énorme chantier de 8500 m2 (57 millions d’euros). Difficile en l’état actuel des travaux de se rendre compte de ce que cela donnera, mais cela risque d’avoir un peu moins de charme, que le premier fac-similé, ne serait-ce qu’en raison de la situation géographique. La colline a été décaissée et  le bâtiment sera entièrement recouvert de terre et végétalisé.

Chantier ©CG 24 - D. Nidos

Le hantier ©CG 24 – D. Nidos

Ainsi, à terme, on ne verra que la façade, comme une faille.  L’idée ? Réduire le flux de visiteurs estivaux sur la colline, que les autorités ont voulu « sanctuariser », selon l’expression du paléontologue Yves Coppens. De fait  sa situation devenait périlleuse en raison du trop grand nombre de personnes visitant le site.  Car comme l’a déjà montré l’énorme battage médiatique fait autour de l’ouverture du fac-similé de la grotte de Chauvet  à Vallon-Pont- d’Arc en Ardèche, la Préhistoire est devenue un business comme les autres. Une impression sur laquelle il ne faut pas s’arrêter, tant regarder les œuvres de nos ancêtres Cro-Magnons, provoque une émotion forte. Et apporte beaucoup, ne serait-ce que la conviction que l’homme préhistorique était comme nous et n’a pas attendu pour exprimer sa spiritualité qui le distingue du monde animal. Surtout  quand on a la grotte originale devant les yeux.

La vallée

La vallée

C’est devenu impossible, sauf à se rendre à Font-de-Gaume, dans la vallée de la Vézère, surnommée la vallée de l’homme,  en raison de la concentration exceptionnelle de sites préhistoriques, dont Lascaux, fermée au public en 1963, est le plus beau joyau. Une œuvre d’art à part entière, que le préhistorien Henri Breuil qualifia de Chapelle Sixtine et devant laquelle Picasso se serait écrié : « J’ai enfin trouvé mes maîtres ». Dans la cavité originelle, de taille modeste, à peine 250 mètres, 90% des peintures, soit plus de 1 500 représentations sont parfaitement conservées, grâce à l’absence de concrétions, de la fermeture naturellement hermétique pendant des siècles et de l’imperméabilité du plafond.  Mais en attendant de pouvoir un jour peut-être, y pénétrer (on peut toujours rêver), on se contentera encore cet été du premier fac-similé, de grande qualité, qui reproduit 90% de la cavité originelle, à deux cent mètres à peine de là. Il a été ouvert en 1983 sur la colline,  dans une zone très champêtre. Et à l’intérieur, normalement ce n’est pas la bousculade, car les groupes de 40 personnes partent toutes les 10 minutes, contrairement à la grotte de Chauvet où c’est toutes les 4 minutes. Mais mieux vaut quand même, si l’on peut, s’y rendre en dehors des périodes estivales.

Lascaux - Grand Taureau © Semitour

Lascaux – Grand Taureau © Semitour

« On sent une volonté de composition, nous explique Denis, le guide, si passionné par son sujet que l’on en oublie tout.  Les hommes préhistoriques communiquent par abréviations. Il y a un art visible et un art caché. Regardez- là, on voit des lignes de rectangles, une particularité de Lascaux. On pense à des marqueurs de groupes». Nous nous tordons le cou, fascinés par le taureau de 5,60 mètres qui apparaît tout à coup. « C’est la plus grande figure sous terre, » explique Denis.  Il y a aussi des chevaux à gros ventre et à tête effilée, des aurochs et des bouquetins aux cornes et aux sabots vus de trois quarts, attribués, nous dit Denis, au Magdalénien ancien (vers -20 000 en date « calibrée »), époque où le climat était relativement clément, comme en témoigne la présence de cerfs à la ramure fantastique. Certains animaux ne sont représentés qu’une fois : l’oiseau, le rhinocéros et surtout l’homme, affublé ici d’une tête d’oiseau, qui occupe une paroi du recoin le plus profond de la cavité. Un bison fonce sur lui. « Il y a une unité thématique et stylistique, » fait remarquer Denis. « C’est calculé, réfléchi. On est dans un art codé, dans la métaphysique… » Les animaux s’enchevêtrent, se superposent. Ils sont peints et déformés, de profil, avec de petites têtes, des gros abdomens, des membres courts et animés, avec un art consommé, et une savante utilisation des reliefs et des volumes de la paroi, parfaitement reproduits. En attendant le nouveau fac-similé, à Lascaux II, sur la colline, l’ambiance est au recueillement… Les peintures semblent sortir de la paroi… La sensation de fraicheur d’une grotte… Le cérémoniel du lieu. Tout est fait  pour nous donner l’impression que l’on est dans la vraie grotte. Et ça marche.

Lascaux IV, une visite repensée

A Lascaux IV, la visite sera repensée et se fera par groupe de  30 personnes, avec des compagnons de visite qui ne seront pas chargés de délivrer de l’information,  contrairement aux médiateurs qui dans chaque salle seront là pour accompagner les visiteurs. Cinq autres espaces complèteront la visite : une étude approfondie des seize panneaux  principaux ; un voyage en 3D à Lascaux et dans les principales grottes ornées du monde ; une exploration des rapports entre art pariétal et art moderne ; une salle d’exposition d’art contemporain et une zone qui expliquera les travaux des historiens.

Lascaux : la découverte

Le 8 septembre 1940, à la suite d’un violent orage, le trou béant d’un chêne déraciné attire Robot, le chien de Marcel Ravidat, 18 ans. Parti le rechercher, il s’aperçoit que le trou ouvre sur un autre orifice beaucoup plus profond. Il décide de revenir sur place avec quelques camarades, et le 12 septembre ils pénètrent dans le sanctuaire inviolé. Marcel élargit suffisamment le trou pour pouvoir s’y glisser, tête en avant. Après cinq ou six mètres de progression, il s’arrête, n’y voyant plus rien. “À cet endroit-ci, j’allumai ma lampe et j’inspectai un peu les lieux, mais à peine avais-je fait un pas, je perdis l’équilibre sur un cône d’éboulis argileux et glissant et dégringolai jusqu’au fond.”Ses trois camarades le rejoignent. “C’est ainsi que nous traversâmes une grande salle qui a 30 mètres de long, 12 de large, 10 de haut. Ne trouvant aucun obstacle sur notre route, nous arrivâmes dans un couloir resserré, mais assez haut. C’est là qu’élevant la lampe à la hauteur des parois, nous aperçûmes plusieurs traits de couleurs différentes et, à notre grande surprise, à y découvrir plusieurs figures animales de grandeur respectable. C’est alors que nous vint l’idée que nous venions de découvrir une grotte à peintures… Notre joie était indescriptible. “LASCAUX 2Les quatre jeunes gens sont les premiers depuis 19 000 ans à visiter la salle des Taureaux. Ils préviennent l’ancien instituteur Léon Laval qui sera le premier conservateur de la grotte, classée monument historique dès le 27 décembre de la même année. Le grand préhistorien Henri Breuil, réfugié à Brive, accourt le 21 septembre et certifie l’authenticité des peintures. Trois jours après la découverte, le syndicat d’initiative a déjà fait poser un panneau à la sortie du bourg, “Grotte de Lascaux, 2 kilomètres”. Mais en pleine guerre, les touristes ne se bousculent pas. Et en 1949, la grotte est aménagée avec un grand escalier et un système de ventilation artificiel. Pour le meilleur et surtout pour le pire, qui se concrétise par une prolifération d’algues sur les parois, puis de calcite opaque, la “maladie blanche”, due en grande partie au gaz carbonique, à la chaleur et à la vapeur d’eau amenés par les visiteurs, jusqu’à sa fermeture en 1963 par André Malraux . Ce qui n’empêcha pas une nouvelle attaque de champignon au début des années 2000. Qui a été depuis stoppée d’après Yves Coppens, président du conseil scientifique de la sauvegarde de la Grotte de Lascaux. 

Font-de-Gaume, la dernière grotte ornée majeure encore ouverte au public.

Avec ses 200 gravures et peintures de -15 000 ans environ (pas d’élément de datation absolue), la grotte ornée de Font de Gaume découverte en 1901 aux Eyzies-de-Tayac est la dernière grotte ornée majeure de France, encore ouverte au public. Pendant un siècle, avant la découverte de Lascaux et d’autres cavités, elle a été la porte d’entrée de la préhistoire », nous explique notre guide.  « C’est toute la magie d’un monde révolu. » La richesse de ses peintures est comparable à celle d’Altamira en Espagne et de Lascaux, même si leur état de conservation est nettement moindre. Mais pour les admirer, il faut montrer patte blanche. Et surtout se lever de bonne heure pour faire la queue. Car seuls 78 heureux élus par jour par groupe de 13 personnes pourront y entrer. Avec toutes les précautions d’usage. Les 5O premiers mètres on ne voit pas grand-chose, mais on sait tout de suite grâce au son et à l’odeur que l’on est dans une vraie grotte. Puis il faut un peu chercher sur les parois et c’est le choc. Bisons (80), chevaux, mammouths, cervidés et bœufs sont là, légèrement effacés mais bien présents. On a envie de les toucher, mais c’est formellement interdit. Alors on regarde fascinés. 

A voir aussi

– Le centre d’interprétation de la préhistoire du Thot.

Au Thot, les animaux que l’on a admirés sur les parois des grottes de Lascaux paissent tranquillement en chair et en os dans de grand enclos. Sauf bien sûr ceux qui ont disparu, que l’on peut cependant contempler en 3D à l’intérieur du bâtiment. A moins que l’on ne préfère s’essayer à la peinture pariétale ou à la confection d’une lampe préhistorique avec une animatrice. Le tout, avec les reproductions de quelques dessins clefs des grottes devrait plaire aux enfants et à leurs parents.

Le Thot, 24290 Thonac. 

Des visites thématiques sur les taureaux par exemple sont possibles sur demande à Lascaux II.

Les abris sous roche, notamment celui de Laugerie Basse aux Eyzies-de-Tayac

L’Europe compte des lieux préhistoriques majeurs : dont la grotte de Lascaux et les Eyzies. La préhistoire scientifique est née dans ce village, où l’on a retrouvé le plus ancien Cro-Magnon de France et où des abris creusés à la base des masses calcaires ont tenu lieu d’habitation, tandis que les grottes s’ouvrant à mi-hauteur des falaises leur servaient de sanctuaires. On a retrouvé plus de 200 gisements, dont plus de la moitié sont dans la basse vallée de la Vézère. A l’abri Laugerie Basse aux Eyzies-de-Tayac-Sireuil, occupé entre -15 000 et -10 000 ans, il y un petit musée, niché sous la roche, qui présente les moulages et des photos des objets retrouvés sur le site, ainsi qu’un film explicatif. Des animations sont également prévues pour les familles qui pourront y apprendre comment construire une protection sous abri avec des matériaux proches de l’époque ou suivre les traces des animaux dont une initiation au tir au propulseur, l’ancêtre de l’arc.  Tél. : 05 53 06 92 70

La vallée de la Dordogne, c’est aussi entre Causse et falaises, une région magnifique, où se nichent les plus beaux villages de France, de Carennac, à Gluges niché sous la roche, au petit port de Creysse et à l’odorante Bretenoux et ses confitures de fraises.  Il y aussi Martel, la ville aux sept tours et la cité médiévale de Rocamadour, bâtie à flanc de falaises au-dessus du canyon de l’Alzou, idéal pour se mettre au frais l’été. Sans oublier le fameux gouffre de Padirac.

Carnet d’adresse

Aller en Dordogne

En train depuis Paris 4H, depuis Bordeaux 1H15.

En avion : vols à partir de 125 euros pour Périgueux.

Pour plus de renseignements :

  • www.semitour.com
  • Atelier des facs-similés du Périgord. Tél. : 05 53 50 47 11

Y Dormir :

Vue du parc de l'hôtel des Glycines

Vue du parc de l’hôtel des Glycines

-Hôtel spa les Glycines. Un hôtel 4 étoiles luxueux, avec son SPA, son beau jardin et son restaurant tenu par un jeune chef de talent. A midi menu bistrot à 17 euros. Chambres à partir de 128 euros en basse saison. Tél. : 05 53 06 97 07.

 

Gîtes de Maillol-Gîtes de Maillol à Thonac. http://www.semitour.com/Gites-et-villages-de-vacances. 3 gîtes d’une capacité de 4 à 8 personnes. A proximité : Centre équestre, baignade, canoë, piscine en plein air, tennis, location de vélos, cinéma, plan d’eau à 15 km,

 

-Domaine du Château de Monrecour : http://www.logishotels.com/fr/hotel/domaine-du-chateau-de-monrecour-93820 . Chambres de 118 à 182 euros.

Y manger : 

-«  Aux berges de la Vézère » à Montignac. Déjeuner ou diner très agréable au bord de la Vézère. Tél. : 05 53 50 56 31.

-Vers la Dordogne : le château de la Treyne surplombe de sa terrasse la Dordogne. Idéal en été avec sa cuisine étoilée.  Tel. : .05 65 27 60 60. www.chateaudelatreyne.com

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