Euro qui comme Ulysse …. L’Europe quadriennale des nations

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euro regard> Pierre Allorant

Tous les quatre ans, selon le même cycle que les présidentielles américaines et les jeux olympiques, chaudement intercalé entre la terre rouge de la Porte d’Auteuil et l’asphalte mouillée des grands cols pyrénéens, s’inscrit l’Euro de football, ou comme on disait au siècle dernier, au temps de Giscard, Pierre Cangioni et Jules Rimet, le « championnat d’Europe des nations ».

Curieuse coïncidence des termes (et concordance des temps) entre une monnaie unique ballottée par l’absence d’harmonisation fiscale et de politique économique commune, et une compétition sportive entre nations du Vieux continent, au sens élargi du Conseil de l’Europe, jusqu’aux terres (brûlées) de Poutine et d’Erdogan. Comme le « mondial » a remplacé la coupe du monde, l’euro est désormais notre terrain de jeu unique, en espérant que, dans ce domaine, la mauvaise monnaie ne chasse pas la bonne.

J-4 ©UEFA

J-4 à Paris ©UEFA

Entre menace du Brexit, élections législatives à hauts risques en Espagne, et velléités séparatistes en Catalogne et en Écosse, l’Union européenne semble hésiter à concurrencer l’UEFA en nombre de membres, si ce n’est en paralysie d’une gouvernance discréditée. Qui oserait avancer que les performances des sélections nationales seront dépourvues d’effet sur des scrutins si incertains, placés en pleine compétition, et portant sur l’identité et le lien avec les autres membres du club continental ? Comment ne pas penser à la géopolitique du ballon rond, un demi-siècle après la diplomatie du ping-pong, quand se présenteront -peut-être en guise de demi-finales – des affiches telles que Espagne-Angleterre et, en sauveurs de l’Europe cent ans après Verdun, France-Allemagne, « petite madeleine de Proust » façon Séville 1982 ?

Par Deschamps et par des grèves

manifestation lycéen orléansDrôle d’endroit pour une rencontre, cette France de 2016, plus que jamais en proie à ses travers favoris : la dépression, l’autodénigrement, la théâtralisation outrée de ses tensions sociales et de ses déceptions politiques. A peine remise du double traumatisme des attentats de 2015, pas encore plongée dans les délices de la nouvelle série à succès programmée cet automne (Petits Meurtres chez les Atrides ou Les treize Samouraï au sabre droit), la France montre à nouveau son sens de la dérision en tournant la trop fameuse « loi travail » en incitation à la grève générale, improbable hommage à l’octogénaire « belle illusion » de 1936.

Si le début de l’été nous convie à partir Par les champs et par les grèves, sur les traces de Gustave Flaubert et de son ami Maxime du Camp, il ne suffit pas cette année de passer les ponts de mai, mais aussi de retrouver l’essence de l’invitation au voyage. Or le guide, le « coach » contraint au système D. D., semble curieusement, à l’instar de Francois Hollande, avoir perdu sa chance légendaire, les coups du sort s’abattent sur lui comme les giboulées sur le visage impassible du « président normal », ce curieux fruit du drôle de « ni, ni » de 2012 : ni agitation maladive, ni sexualité pathologique.

Le bienheureux de la désolation, le relégable des sondages, attire tout autant la scoumoune, il a perdu les piliers de sa défense centrale de 2012 (Cahuzac, Moscovici et Peillon) et a renoncé à sélectionner au gouvernement les attaquants et ailiers gauches aux egos insolubles dans le jeu collectif (Montebourg, Filippetti, Hamon).

Hollande et Sarkozy sauvés des (basses) eaux ?
Les désespérés de la
“remontada”

À rebours d’une légende tenace, l’impact d’une victoire sportive sur la popularité de l’exécutif en place est faible électoralement, mais non négligeable sur le moral des ménages et la croissance économique.

ns fhSi la courbe des ballons de Griezman et de Payet s’inverse, elle, en plein vol, la face du paysage électoral pourrait-elle en être changée, du moins pour deux fans en zone dangereuse, Hollande et Sarkozy, têtes de série devenus têtes de turc ? Grande différence entre les deux compétitions : les coups francs n se pratiquent qu’au football. Et les « remontada » fantastiques, façon Real, Mitterrand ou Chirac semblent, aujourd’hui, hors de portée des deux présidents sortants, ces candidats « du passé et du passif », incapables d’imposer leur autorité au sein de leur propre camp.

Entre la posture du vieux sage, façon Juppé, sorte d’Evra revenu de tout, du Canada comme du bus de la compagnie de Domenech, et le créneau de la rénovation, du jeune premier qui déboule pour griller tous ses concurrents sur le fil, façon Le Maire, Macron ou Coman, il faudra choisir.

Rien ne va plus ? Faites vos jeux !

Espérons du moins que les acteurs nous fournirons, de part et d’autre du solstice d’été, de bonnes raisons de passer nos nuits debout.

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