Jean-Louis Debré : « Ce que je ne pouvais pas dire »

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Jeune retraité et donc libéré de son devoir de réserve, Jean-Louis Debré qui fut pendant neuf ans président du Conseil constitutionnel, la plus haute juridiction française, retrouve la saveur  de la liberté de parole. Pendant qu’il était en fonction, cet ancien Sage  qui a toujours aimé prendre sa plume a tenu scrupuleusement son journal de bord, y notant réflexions et anecdotes, affrontements et décisions. A peine rendu au libre usage de ses journées, ce fidèle parmi les fidèles de Jacques Chirac en publie l’essentiel.

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Esprit libre autant que l’on peut l’être lorsqu’on a été magistrat, député, ministre de l’Intérieur, président de l’Assemblée nationale et enfin président du Conseil Constitutionnel, très attaché au respect du droit et des valeurs républicaines, il livre des anecdotes notées au fil de son humeur et de son esprit observateur. Il évoque les dossiers qu’il a eu à traiter, explique le fonctionnement de l’institution  mal connue des citoyens qu’il a eu à diriger, dresse le portrait des dirigeants qu’il a côtoyés et auxquels il a parfois résisté. C’est un Saint-Simon aimable qui a le verbe piquant mais point hargneux. Il agissait quand le duc devait se contenter d’observer.

Jean-Louis Debré, fils de Michel appartient au sérail  sans en être prisonnier. Il  parle des rouages de l’état en connaisseur et témoigne avec humour de leur fonctionnement tributaire de ceux qui les actionnent, qui est loin d’être parfait, qui pourrait être amélioré  Jean-Louis Debré commence son récit en 2007, il dit tout ou du moins ce qu’il a envie de dire sans  rompre le secret des délibérations du Conseil constitutionnel. Il défend l’indépendance d’une institution qui, du temps du général de Gaulle et de Michel Debré était toute entière dans les mains du chef de l’Etat. Ce n’est plus le cas, en quarante-cinq ans, entre le père et le fils, les temps ont bien changé. L’Europe,la mondialisation, la décentralisation, l’économie libérale, sont passées par là.  C’est un livre savoureux sur notre histoire immédiate.

Sarkozy : « l’éternel revenant »

Nicolas Sarkozy.

Nicolas Sarkozy.

C’est de notoriété publique, depuis la guerre fratricide de 1995 entre Jacques Chirac et Edouard Balladur, Nicolas Sarkozy et Jean-Louis Debré ne s’apprécient guère. Aussi, l’ancien président du Conseil constitutionnel a-t-il la dent dure contre l’ancien président de la République. « Pour lui c’est fini. Quand on veut être président de la République, on doit avoir le sens de l’Etat. Et Sarkozy ne l’a pas. » Et un peu plus loin, « Rien ne m’étonne plus de Sarkozy. C’est un chef de clan auquel il est interdit de résister, surtout au nom du droit » … « Il m’interrompt et, de façon comminatoire, me déclare qu’il ne l’acceptera pas. Il me fait comprendre sans ambiguïté qu’il me le fera « payer » si nous nous risquons à annuler cette loi ». Evoquant la réforme constitutionnelle qui a modifié le texte fondateur de la cinquième République, le fils de Michel Debré affirme « Sarkozy était prêt à tout casser, par caprice, parce qu’il avait envie de s’exprimer devant le congrès ».

Jean-Louis Debré  n’est pas plus tendre avec les dirigeants des Républicains et leurs candidats à la primaire à l’exception de Bruno Le Maire « A droite, la crise est pathétique. Les candidats à la primaire proposent tous la même chose et ne cessent de se dénigrer » Copé en prend pour son grade, Fillon aussi, Juppé n’est pas épargné. Une brochette d’anciens ministres épinglés comme des papillons défile

La rivalité Giscard-Chirac

Le couple Chirac

Le couple Chirac

Tendre au sujet de Jacques Chirac pour qui il éprouve une réelle affection et auquel il rend régulièrement visite, Debré se montre  plus distant avec Valéry Giscard d’Estaing. Tous deux en tant qu’anciens présidents de la République siègent  au Conseil constitutionnel. Amusé l’auteur  croque une scène entre les deux  hommes dont il a été le témoin en 2009. La rumeur courrait alors d’une aventure extra-conjugale entre Giscard et lady Dy : « La séance vient à peine de  s’ouvrir quand il (Chirac) se penche vers moi pour me parler d’une voix suffisamment forte pour être entendue par mon voisin (Giscard) « Tu crois qu’il se l’ait faite ?». Personne n’est épargné chez les politiques

F.C.

« Ce que je ne pouvais pas dire », Jean-Louis Debré 
(Robert Laffont) 356 pages 21 euros

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