Têtes de turcs

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« Gi-roud ! Gi-roud ! Gi-roud ! ». C’est sous une véritable ovation qu’Olivier Giroud est sorti du terrain à Saint-Symphorien samedi soir après 60 minutes de jeu face à l’Ecosse. Lui qui en début de semaine était le paria des Bleus, le pestiféré, celui dont la sélection dans le groupe des 23 relevait de la faute professionnelle. Deschamps était non seulement le raciste qui n’avait pas sélectionné Benzema, ce parangon de vertu, mais également l’incompétent qui lui avait préféré Giroud, sorte de Tony Cascarino du pauvre, capable de tout, surtout du pire, et qui raterait un éléphant dans un couloir…

Mais face à des Ecossais bien limités, Giroud marqua. A deux reprises. Et le tricard devint sauveur… Quoi de plus classique en somme ?

Souvenons-nous de David Beckham après la coupe du monde 1998 : expulsé sévèrement pour avoir répondu à une provocation du roublard Diego Simeone, il fut regardé comme le principal responsable de l’élimination de l’Angleterre face au rival argentin. Et ce n’est pas à l’arbitre danois Nielsen ou à Simeone que les Anglais en voulaient pendant des années, mais à lui. Lui, le blondinet à la voix nasillarde et à l’accent caractéristique, époux de la charmante « Posh Spice », Victoria Adams.

Lui dont certains hooligans iront jusqu’à insulter son fils Brooklyn alors âgé de quelques mois… La haine s’arrêtera net à la 93ème minute d’un match de qualification pour la coupe du monde 2002, face à la Grèce. Les Hellènes mènent deux buts à un en Angleterre, et le cochon est dans le maïs : les Anglais ne disputeront pas le mondial… Et puis, dans la dernière minute des arrêts de jeu, l’arbitre leur accorde un généreux coup franc. Beckham n’est pas dans un grand soir, il a déjà vendangé plusieurs coups de pied arrêtés mieux placés. Mais le gardien grec place son mur avec autant de savoir-faire qu’un premier ministre du PASOK construit un budget ; et, à plus de 30 mètres, Beckham réussit le tir parfait, sans doute l’un des plus beaux coups francs de sa carrière. « I don’t believe it ! Give that man a knighthood ! » s’exclame le commentateur anglais, dans un élan très shakespearien !

 11-David GINOLADavid Ginola n’a pas eu cette chance. Il est l’étoile montante du football français au début des années 1990. La France a certes un bon duo d’attaque (Papin-Cantona), mais jusqu’à l’émergence de Ginola, ne dispose pas des joueurs créatifs qui marquèrent de leur empreinte le style de jeu des Bleus jusqu’à la fin des années Platini. Ginola est de cette trempe : ailier gauche virevoltant, le varois est adepte des crochets intérieurs, des grigris, et …des plongeons et autres simulations. C’est le joueur que les supporters adverses adorent détester. Depuis son transfert au PSG en 1992, c’est aussi la tête de turc des Bleus jouant à l’OM (Casoni, Papin, Deschamps, Sauzée…) qui sont alors les patrons du vestiaire. Trop jeune, trop talentueux, trop « parisien », trop beau gosse ? Il est l’un des seuls à émerger au cours de la calamiteuse défaite 2-3 face à Israël en inscrivant un superbe but. Mais le sélectionneur Gérard Houllier le laisse sur le banc pour le match décisif face à la Bulgarie. La suite, on la connait : le centre raté de Ginola à la dernière minute, le but de Kostadinov dans la foulée ; l’exocet de Ginola a dynamité sa propre équipe. Et celui-ci ne disputera jamais de compétition officielle sous le maillot bleu.

Que dire enfin de Jacques Glassmann ? Honnête défenseur à tous les sens du terme. Il a appris à ses dépens qu’en football comme en politique l’honnêteté était le plus puissant des freins à la carrière : pour avoir seul dénoncé ce qui allait devenir l’affaire VA-OM, il vit l’ensemble du monde du football se détourner de lui. Et alors que Tapie obtenait 13% aux élections européennes de 1994 (moins d’un an après l’affaire), devenait acteur, « écrivain », patron de presse, que Jean-Pierre Bernès, ancien factotum du Président de l’OM, devenait un agent de joueurs des plus « respectables », Glassmann voyait son contrat non reconduit par Valenciennes en 1994 et fut obligé de terminer sa carrière dans un club amateur. « Le bon, la brute et le truand » dans sa version provençale, celle où le bon perd à la fin. Celle où même le supporter niçois, ennemi juré de l’OM, vitupère et insulte celui qui a précipité la chute (temporaire) du roi de la magouille.

« Pourvu que ça dure ! » (ou pas…) et bon euro à tous !

Joao Dorandao

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