A Paris, énorme manifestation émaillée d’incidents

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Le patron de la CGT l’avait annoncé : cette neuvième journée de mobilisation interprofessionnelle contre la loi Travail dont l’examen se poursuit au Sénat devait être énorme. Et énorme elle fut, accompagnée de klaxons et de fumigènes D’après les syndicats,  ils étaient un million venus de toute la France à marcher entre la place d’Italie et les  Invalides, en tout cas plusieurs centaines de milliers. 130 personnes avaient été interdites de manifestation  pour cause de mauvais comportement antérieur.

©Prefecture de police de Paris

A Paris ce mardi ©Préfecture de police de Paris

Le défilé très compact s’est mis en route en tout début d’après-midi. Quand la tête du cortège est arrivée près de la station de Métro Port-Royal de graves incidents ont  éclaté, provoqués par des individus cagoulés. « Des individus sont entrés sur un chantier pour prendre des palettes avant de les jeter sur les forces de l’ordre », a aussitôt indiqué la préfecture de police qui a appelé sur Twitter les manifestants à « se désolidariser des casseurs pour faciliter l’intervention des forces de l’ordre ». Les CRS sont intervenus répandant des gaz lacrymogènes. Place Léon-Paul Fargue (Duroc) ils ont utilisé des canons à eau « pour permettre aux forces de l’ordre qui étaient prises à partie depuis plusieurs minutes de se dégager”. Une voiture a été renversée boulevard de Port-Royal. Aux environs de 17 heures on dénombrait  26 blessés, 6 manifestants et 20 policiers. Les forces de l’ordre qui dénoncent «  plusieurs centaines de personnes cagoulées » ont procédé à 21 interpellations.

Détermination intacte

La CGT a atteint son but : elle espérait que la mobilisation dépasse, avec la cinquantaine d’autres manifestations prévues en région, le pic de la contestation atteint le 31 mars (390 000 personnes, selon les autorités, 1,2 million selon les organisateurs). « Notre détermination  reste intacte. Il faut que le gouvernement arête son obstination et écoute les revendications et ceux qui contestent le projet de loi» a déclaré en tête  de cortège Philippe Martinez. « Ce n’est pas un baroud d’honneur », a ajouté Jean-Claude Mailly patron de Force Ouvrière, qui a du mal à exister derrière son homologue de la CGT « Tant que le gouvernement ne bouge pas nous maintenons la pression. Nous ne sommes pas fatigués, nous sommes déterminés, la mobilisation peut durer jusqu’en juillet et même au-delà, malgré les vacances,  le Tour de France…. » a souligné Eric Beynel, porte-parole des Solidaires.

manifestation lycéen orléansL’afflux de plus de 600 cars vers Paris, selon la CGT, n’a pas empêché la tenue de manifestations partout en France.  Ils étaient 1 900 à Rennes selon la préfecture, 5 000 selon les syndicats, entre 6 000 et 30 000 à Toulouse, 5 000 à Marseille selon la police,  140 000 selon les manifestants.

Cette mobilisation à l’appel de l’intersyndicale (CGT, FSU, FO, Solidaires, Unef, UNL, Fidl) pour le retrait d’un texte jugé trop favorable aux entreprises et facteur de « régression sociale » pour les salariés, arrive  comme le  point d’orgue d’une série de grèves dans des secteurs clés , les raffineries ou à la SNCF, qui s’étiolent depuis quelques jours. Cela n’a pas empêché, en ce jour de manifestation des initiatives  un peu partout, barrages filtrants,  poursuite du blocage d’incinérateurs de déchets,  baisse de production dans le secteur de l’énergie, blocages des périphériques par des taxis, dockers et raffineurs en grève, employés de la Tour Eiffel en grève.

Vers une sortie de crise ?

Manuel Valls

Manuel Valls

“Ni retrait ni détricotage”, continue d’affirmer le gouvernement qui a eu recours à l’article 49-3 pour faire adopter le texte sans vote à l’Assemblée.  « Je ne crains rien, j’écoute bien sûr. Le dialogue avec les partenaires sociaux est permanent » a assuré Manuel Valls lors des questions d’actualité au Sénat  où la droite entend imprimer sa marque libérale au texte reçu de l’Assemblée. Cela n’a pas empêché le premier ministre  d’assurer que l’article 2, le plus contesté, qui fait primer l’accord d’entreprise sur la branche, « ne sera pas changé ». Alors cette manifestation a-t-elle été un baroud d’honneur ou l’amorce d’un rebond de la contestation ?

La crise a accentué le clivage qui existe entre la CGT et la CFDT. Laurent Berger, numéro un de la CFDT, a de nouveau défendu un projet « équilibré » .En plein Euro de football, l’exécutif table  sur le coup de barre à droite que le Sénat  est en train de faire subir au texte  pour rassembler son camp avant qu’il ne revienne au début de juillet  à l’Assemblée où le frondeurs pourraient encore donner de la voix. Il semble bien aussi que des tractations soient engagées pour trouver une porte de sortie  à la contestation Les lignes semblent bouger : le numéro un de la CGT et la ministre du Travail se reverront vendredi pour la première fois depuis début mars, afin de « clarifier les choses et mettre sur la table les propositions de la CGT », dit-on au ministère du Travail. 

Françoise Cariès

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