Dans une France déboussolée et inquiète

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Pas de manifestation sans casseurs, pas de manifestation sans blessés. Pas de journée sans  révolte, pas de journée sans contestation. Pas de nouvelle infrastructure sans occupation du terrain, pas de nouveauté sans refus agressif. Partout la violence monte comme l’eau des inondations ; aucun barrage n’y résiste. Tous les garde-fous sont dépassés.

manifestation casseurs violence

Les journaux télévisés en boucle démultiplient l’ampleur de ces excès qui  partent dans tous les sens. L’angoisse gagne du terrain. Les policiers ne sont plus assurés de  rentrer chez eux en toute sécurité. Ils sont autorisés à conserver leur arme en dehors du service et à l’utiliser en cas de légitime défense C’est nouveau, très nouveau pour les Français.

En réaction aux déchainements des casseurs lors de la manifestation du 14 juin contre la loi Travail  brisant notamment des baies vitrées de l’hôpital Necker pour enfants, où a été hospitalisé le garçonnet d’un couple de policiers assassinés la veille par un djihadiste présumé le gouvernement envisage d’interdire les manifestations et a mis en cause la CGT.

L'Hôpital Necker au lendemain

L’Hôpital Necker au lendemain des manifestations

Dans la matinale de France Inter, Manuel Valls a accusé le service d’ordre de la CGT d’avoir eu une  « attitude ambiguë à l’égard des 700 à 800 casseurs. Quand on n’est pas capable d’organiser une manifestation alors on n’organise pas ce type de manifestation qui peut dégénérer. Je demande à la CGT de ne plus organiser ce type de manifestation sur Paris. Au cas par cas  nous prendrons, nous, nos responsabilités. » a-t-il martelé Ce message a été repris  en conseil des ministres par le chef de l’Etat. « Il ne pourra plus y avoir d’autorisation de manifestation si les conditions de la préservation des biens, des personnes et des biens publics ne sont pas garanties », a rapporté sur le perron de l’Elysée Stéphane Le Foll, porte-parole du gouvernement.

« Alors qu’on interdise l’Euro »

Jean-Claude Mailly

Jean-Claude Mailly

Ces déclarations ont soulevé un tollé d’indignation  dans les centrales syndicales. La CGT, qui nie être responsable des violences de mardi, les a dénoncés dans un communiqué. « Menacer d’interdire les manifestations est le signe d’un gouvernement aux abois. Il incombe aux pouvoirs publics dont Manuel Valls a la première responsabilité, d’assurer la sécurité et le maintien de l’ordre ». Le secrétaire général de FO, Jean-Claude Mailly, a accusé Manuel Valls  « d’avoir joué les pyromanes avec ses déclarations irresponsables. Comme il n’est pas de la responsabilité des supporters d’assurer la sécurité dans et autour des stades de l’Euro de football, de la même façon il n’est pas de la responsabilité des manifestants d’assurer la sécurité dans et autour d’une manifestation autorisée par la préfecture de police. Alors qu’on interdise l’Euro. Je ne comprends pas qu’un gouvernement de gauche puisse interdire des manifestations organisées par les syndicats. Les organisations syndicales font leur travail dans les cortèges. Ce qui se passe en dehors des manifestations est de la responsabilité des pouvoirs publics » a-t-il dit, très remonté mais condamnant les violences intervenues en marge de la manifestation  Eric Beynel, porte-parole des Solidaires y « voit une tentative de diviser et d’instrumentaliser au lieu de débattre des vraies questions »

Les politiques pour l’arrêt des manifs

Alain Juppé

Alain Juppé

Dans un climat alourdi par la menace terroriste et les tensions entre supporters de football en marge de l’Euro, le président du parti Les Républicains, Nicolas Sarkozy, a demandé « que soit engagée la responsabilité civile et financière de la CGT » et réclamé « l’incarcération immédiate et le rétablissement des peines planchers contre les casseurs et les voyous auteurs de dégradations ». Alain Juppé, candidat à la primaire de la droite préconise lui, « l’interdiction des manifestations qui constituent une menace évidente à l’ordre public. Quand on appelle à manifester des milliers de gens et quand on sait que systématiquement n’est pas une fois que ça se produit c’est à chaque manifestation, il y a des casseurs qui en profitent, on est irresponsable de continuer à manifester », a-t-il estimé, opinion partagée par les anciens premiers ministres Jean-Pierre Raffarin et François Fillon.

De l’Elysée à la droite, les responsables politiques réclament la fin des manifestations ce qui ne passe pas  du côté des syndicats. Dans notre pays en difficulté économique, en perte de repères, dirigé par un pouvoir à la faible autorité contestée, où le cadre républicain est sans cesse mis à mal, où les corps intermédiaires déclinent, où l’on assiste à une crise de la représentativité, où les élites sont systématiquement critiquées, des groupuscules de la terreur imposent leur tempo et prospèrent profitant d’une certaine complaisance envers ces radicalités Pour l’heure la  France est déboussolée et inquiète. Elle  redoute de nouvelles violences et ne sait où elles s’arrêteront.

Françoise Cariès.

Commentaires

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  1. Les “casseurs” parisiens ont tous le même profil : homme 16 à 35 ans, tenue uniforme (jean, chaussure de sport, sweet à capuche, sac à dos, gants, cagoule, lunettes enveloppantes). A quoi servent donc les très nombreuses caméras de surveillance, dont les écrans se trouvent dans un PC souterrain de la préfecture de police ?
    Il faudrait peut-être en détourner certaines de la surveillance de la circulation. Tout individu repéré avec la tenue de circonstance pourrait être interpellé et contrôlé avant un éventuel passage à l’acte, tout comme les terroristes. Puis après passage devant un juge, assigné à résidence les jours de manifestation ou à se présenter à un commissariat. L’arsenal juridique existe, au ministère de l’Intérieur et à celui de la Justice de l’appliquer.
    Quand on s’attaque à un hôpital pour enfants malades, toutes les limites sont dépassées.

  2. La violence suscite la violence.
    Que celui/celle qui exerce des fonctions de gouvernement de la vie citoyenne réfléchisse aux conséquences possibles de ses actes avant d'”acter” (comme ils disent) et engage d’abord une discussion, explique ce que sont ses projets avec honneteté, sans dissimulation, écoutant les remarques et propositions de TOUS-TOUTES pour ensuite commencer à élaborer un projet réfléchi pour le bien de la communauté.
    Sinon…face à la violence d’un gouvernement employé par les ploutocrates (dictature par les plus riches-le tristement célèbre 1% )s’exprime la violence d’êtres humains qui n’arrivent plus eux non plus à gérer leurs excès.
    Si en plus, les forces de maintien de la paix et de l’ordre font que des manifestants se retrouvent bloqués contre l’hopital Necker et brisent des vitres … les gros titres de la presse (propriété en grande partie de ploutocrates) sont assurés et rassurants pour ceux qui gouvernent en sous main .

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