Quand on va à confesse il ne faut pas se tromper de confessionnal. Les curés sont tenus au secret de la confession pas les journalistes qui ont le devoir d’informer. Gérard Davet et Fabrice Lhomme, les deux journalistes du Monde qui publient chez Stock « Un président ne devrait pas dire ça… » s’empressent d’ajouter « En tout cas, nous, nous devions l’écrire ». Et de l’information, ils en ont collectée auprès de François Hollande qu’ils ont rencontré 61 fois sans conseiller, en privé.
Le gout du récit déballage
Introduits dans les coulisses du pouvoir, en prise directe avec le président, les deux auteurs livrent en 660 pages le quotidien et l’intimité de celui qui fut ces cinq dernières années l’hôte de l’Elysée. L’époque a du goût pour ce type de récit déballage, preuve en est cet autre livre qui sort en même temps avec les lettres de François Mitterrand à Anne Pingeot dissimulées pendant trente ans dans une boite à chaussures. Rien ne plait autant à notre société que les trous de serrures.
Ils font un tabac sur les réseaux sociaux. Cela n’a pas manqué avec dans le livre de Davet et Lhomme, les pages consacrées à Valérie Trierweiler, l’intéressée en rajoutant même immédiatement une couche via son compte twitter suivi par au moins 325 000 personnes.
Stratégie électorale
De la part de François Hollande ces confidences relèvent de la stratégie électorale pour 2017. Il tient à démontrer qu’il fut courageux et présent à son poste. Sur le perron de l’Elysée qu’il quittait, Nicolas Sarkozy lui avait glissé, « tu verras, c’est dur ». Et dur ce le fut au de-là de ce qu’il avait imaginé. Un authentique chemin de croix jalonné d’ouragans sentimentaux personnels, de courbe du chômage, d’attentats, de tueries à répétition et de trahisons (Jérôme Cahuzac, Emmanuel Macron), de chicaneurs, « Les Verts, des cyniques et des emmerdeurs »… « Les députés frondeurs, une agrégation de gens intelligents peut faire une foule idiote ».
L’homme possède le sens de la formule et peut avoir la dent dure : Sarkozy ? « C’est le petit de Gaulle. On a eu Napoléon le petit, et bien là, c’est le petit de Gaulle… Un lapin Duracell, toujours en train de s’agiter », même la salle de bain refaite par le couple Sarkozy l’indispose « Quel mauvais goût ! ». Il n’est guère plus tendre avec les juges. « Une institution de lâcheté. C’est quand même ça, tous ces procureurs, tous ces hauts magistrats, on se planque, on joue les vertueux, on n’aime pas les politiques ». Il ne fait pas l’impasse sur l’islam au contraire il concède qu’il y a un problème et que l’immigration est trop abondante. Les fouteux de l’équipe de France en prennent aussi pour leur grade dans des propos qui datent de 2012 alors que les Bleus venaient de décevoir au Championnat d’Europe « Il n’y a pas d’attachement à cette équipe de France. Il y a des gars des cités, sans références, sans valeurs, partis trop tôt de France Ils sont passés de gosses mal éduqués à vedettes richissimes, sans préparation. Ils ne sont pas préparés psychologiquement à savoir ce qu’est le bien, le mal… La Fédération, ce n’est pas tellement des entrainements qu’elle devrait organiser, ce sont des formations, c’est de la musculation de cerveau ».
Un homme seul qui n’a pas peur de perdre
Un chef d’Etat étrangement seul dans son palais avec ses pensées qui le conduisent à être favorable à la PMA et à être hostile à la déchéance de nationalité et ses remords, d’avoir eu la main trop lourde sur les impôts. Un solitaire qui prédit la non réalisation de l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes. Un chef d’Etat qui sera candidat sans le dire clairement mais le laisse si bien entendre. Pour rempiler il ne considèrera qu’une chose : « Est-ce qu’il y a à gauche quelqu’un qui peut mieux faire ? ». Il ne semble pas à la lecture des sondages. D’après les auteurs, chiffres à l’appui, la courbe du chômage est en train de s’inverser et en conséquence le candidat Hollande a rempli son contrat. Pour vaincre en 2017, François Hollande a déjà son thème de campagne qui claque comme un slogan « La France Unie ». C’est du Mitterrand de 1988, le maître encore et toujours. Peut-il perdre ? C’est possible mais foi d’animal politique il s’en remettra. Sans dépression.
Les réactions
La droite dans son ensemble, telle la candidate à la primaire Nathalie Kossciusko-Morizet épingle le temps accordé par François Hollande à ces entretiens. D’autres comme Laurent Wauquiez , président de la Région Rhône-Alpes- Auvergne ,dénoncent les propos sur l’islam et la « femme voilée d’aujourd’hui, qui sera la Marianne de demain ». Formule choc mais hautement polémique.
Françoise Cariès.
« Un président ne devrait pas dire çà.. » Les secrets d’un quinquennat
Gérard Davet, Fabrice Lhomme
Editions Stock, 663 pages, 24,50 euros
Publié le 13 octobre 2016