Harcèlement sexuel à France 3: l’omerta continue

Le 21 décembre 2012, le rédacteur en chef adjoint de France 3 Centre à Orléans, Jean-Pierre Vincendet, a été licencié pour harcèlement sexuel et propos obscènes. Magcentre avait révélé cette vilaine affaire dont deux salariées de la station ont été les victimes. Alors que la presse aurait fait ses choux gras de faits similaires dans n’importe quelle autre entreprise, en ce qui concerne ces évènements très graves survenus  à France 3, pas un mot chez ses confrères. Depuis, direction et syndicats s’échangent des communiqués qui disent bien le climat de conflit larvé règnant à la station d’ Orléans-la-Source.

La presse, en l’occurrence une chaîne de télévision, déteste que l’on mette le nez dans  ses arrières cuisines. L’omerta règne sur l’affaire qui a secoué et continue de semer le trouble à la station régionale de France 3 à Orléans. Imaginez cinq minutes : deux femmes, des femmes de ménage sont harcelées sexuellement sur leur lieu de travail. De suite, les défenseurs des droits de la femme, des syndicalistes, des femmes et hommes politiques scandalisés, à juste titre, montent au créneau. Alertent la presse qui relaie l’affaire, presse écrite, radio, télévision. Cela s’est passé à Orléans sur le chantier du nouvel hôpital. Et ça a fait les gros titres.

Viré par sa direction nationale

Imaginez maintenant, et là c’est une fiction, que dans une entreprise publique, une mairie celle d’Orléans au hasard, à la poste ou dans un Conseil régional, dans une grande entreprise, deux jeunes femmes alertent la direction, le CHSCT (Comité d’hygiène et de sécurité) , les syndicats, parce qu’elles sont victimes de harcèlement sexuel de la part d’un cadre supérieur, donc avec abus d’autorité, du numéro deux de l’entreprise. Et que celui-ci soit viré pour cette raison par sa direction nationale. Vous voyez d’ici le scandale les gros titres dans la presse régionale, à la TV, dans les radios, l’interpellation des politiques des syndicats…

Figurez-vous que c’est ce qui s’est passé à France 3 centre. Le numéro deux a été viré après que deux salariées aient alerté  la direction nationale de la chaîne, que l’affaire ait été  traitée dans des instances comme le Comité d’entreprise, à la direction nationale, que cette affaire soit survenue dans un climat délétère et même pourri au sein d’une rédaction en conflit permanent. Que croyez-vous qu’il s’est passé ? Rien. Seul magcentre a levé le voile sur cette grave crise à France 3. Rien, pas un mot dans la presse écrite, payante ou gratuite.

Corporatisme, solidarité professionnelle?

Pourquoi ce silence ? II ne peut s’agir de corporatisme, de solidarité professionnelle quand même… Pression de la direction de France 3 centre auprès de la presse régionale ? Comment douter une seconde de la probité, de l’éthique de directeurs de la rédaction qui vont de plateaux en débats drapés dans leur déontologie, répétant qu’ils résistent aux pressions d’où qu’elles viennent? Comment imaginer une seconde un épisode de censure en France et en région, où rayonne la liberté totale de la presse.  Comment imaginer que des considérations familiales aient pu influencer des décisions rédactionnelles?

Autre question, pourquoi les politiques, les syndicalistes n’ont-ils pas levé le petit doigt pour voler au secours de ces salariées et dénoncer cette grave atteinte à leur sécurité sur leur lieu de travail?  Le poids des images n’est quand même pas  devenu tel qu’il est hors de question pour un élu, un politique, un syndicaliste, de prendre le risque de se mettre à dos la sacro-sainte chaîne locale et régionale. “Si je prends position contre la direction de France 3 je ne passerai plus dans le poste, je serai interdit de plateau télé, d’émission politique…”. Non c’est inimaginable, ces gens engagés ont quand même plus de courage. Il s’agit d’un regrettable oubli, voilà tout.

Défendre les femmes la moindre des choses

Par contre,  sus aux salopards d’ouvriers du chantier de l’hôpital qui ont harcelé, les lâches, de pauvres femmes de ménage. Vraiment des sales types leurs chefs d’équipe, peut-être même des étrangers, qui n’ont rien fait pour les protéger. Moi le politique, le syndicaliste, je défends les femmes, c’est la moindre des choses.

Mais un cadre supérieur, un rédacteur en chef adjoint, un journaliste qui harcelait des femmes salariées, c’est une affaire …disons interne à France 3, on ne va quand même pas mettre ça sur la place publique. Et puis le type est viré, alors pourquoi s’acharner sur cette belle entreprise… ? Circulez, il n’y a plus rien à voir. Pas de son, pas d’image.

Ch.B

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La guerre des communiqués à la station

A la suite de nos révélations un tract anonyme, en guise de défense de la direction, a été déposé dans les boites aux lettres des salariés. Il était titré “internet aboie la caravane passe“. Magcentre se l’est procurée en voici des extraits:

“…Les attaques contre les jeunes journalistes de la rédaction « incapables de monter une enquête ou un vrai sujet » sont intolérables…Depuis quand l’âge avancé des journalistes est-il gage de qualité irréprochable de leur travail ? L’argument avancé est particulièrement choquant, non recevable et discriminatoire.

 Selon une des sources de ce « papier », les anciens auraient « été placardisés ».

C’est étrange : les « anciens » continuent de faire de l’antenne, des plateaux et tournent également des dossiers et magazines de manière récurrente. Il y aurait également une « différence de traitement selon qu’on appartient ou pas au clan dominant, clivage entretenu entre ancien et nouveaux »….Cette attaque est totalement fausse, la rédaction est hétérogène et il n’y pas de clivage entre anciens et nouveaux. Nombreux sont les jeunes qui s’entendent avec des journalistes plus expérimentés.

 Passons sur les considérations et imbrications politiques supposées et citées dans l’article et même sur une « filière grenobloise » (s’est-on étonné d’une éventuelle filière rémoise à F3 Centre de 2002 à 2010 ?) pour passer à un autre extrait, choisi bien à propos, issu du communiqué présenté à l’encadrement lors d’une réunion du personnel en octobre dernier et signé soit disant par une majorité de la rédaction, ce qui est erroné.

 Ce passage concerne la « hiérarchie parallèle sans légitimité et la confiscation de l’antenne au seul profit des présentateurs ». Ce sentiment relève d’une méconnaissance des arcanes de fabrication d’un journal télévisé de France 3 sous l’ère moderne. Comme les autres journalistes, les présentateurs assument une responsabilité éditoriale dans le cadre de la fonction qui est la leur. Comme les autres journalistes, les présentateurs se situent sous l’autorité de la rédaction en chef. Cette part éditoriale à son modeste niveau existe déjà dans la grande majorité des autres BRI. Pourquoi F3 Centre n’y adhérerait-elle pas ?”

Ce texte était signé “un collectif de journaliste et de techniciens de France 3 Centre”, un  collectif anonyme qui ne semble pas représenter grand monde et qui s’est attiré cette réponse du SNJ-CGT et de la CFDT le 20 décembre intitulée: “Manipulations, rumeurs et maintenant… lettre anonyme !

 “En octobre dernier, 58 journalistes et techniciens de France 3 Centre ont remis à la direction une lettre ouverte dans laquelle ils dénonçaient un certains nombre de dysfonctionnements liés aux pratiques de management.

 A ce jour, alors que la plupart des problèmes relevés dans ce texte n’ont pas été réglés, et alors que le climat global au sein de la station est plus tendu que jamais, un texte présenté par « un collectif de journalistes et de techniciens de France 3 Centre » a été distribué dans les boîtes à lettres du personnel.

Ne comportant aucune signature, ce texte émet de fortes critiques – ce qui est parfaitement le droit de ses auteurs – au sujet de l’article paru récemment sur le site d’information MagCentre et intitulé « Une affaire de harcèlement sexuel à France 3 Centre vise un rédacteur en chef adjoint. »

Il reprend par ailleurs certains problèmes soulevés dans la lettre remise en octobre dernier pour en contester l’importance. Selon ce « collectif », les signataires du texte remis à la direction en octobre ne représenteraient pas une majorité de la rédaction.

 Cette dernière affirmation aurait pu au minimum être vérifiée par les journalistes appartenant à ce « collectif .» Lequel ne doit pas posséder en son sein de mathématiciens qui auraient pu les aider à faire des additions ou des pourcentages.

 Sur les 58 signataires du texte remis en octobre dernier, on comptait 21 journalistes sur 32 titulaires rattachés à la rédaction d’Orléans (hors encadrement). 23 sur un total de 46 titulaires hors encadrement pour l’ensemble de la région Centre, ce qui ressemble bien à une majorité.

 Il est donc fort regrettable que les membres de ce « collectif » n’aient pas eu le courage de signer leur texte ce qui aurait permis de vérifier leur existence réelle. En l’état actuel des choses, un seul collectif existe vraiment. Il s’est constitué spontanément en octobre dernier et ses membres se sont identifiés.

 Sous le prétexte d’apaiser les tensions, cette lettre anonyme, par la méthode utilisée plus que par les idées qu’elle exprime, ne fait que les raviver.

 Dans ce contexte, on peut se demander si la direction a l’intention de laisser pourrir la situation ou si elle compte intervenir avant que la situation ne devienne vraiment invivable pour tous”.

Publié le 30 janvier 2013

 

 

 

 

 

 

 

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