Des femmes crient leur désespoir à Gaza, quand d’autres les relaient sur Internet… mais personne n’écoute. Leurs voix s’étouffent sous le vacarme des bombes, et se noient tout autant dans le bruit des polémiques stériles qui inondent les réseaux sociaux.
Capture d’une publication sur le compte Facebook de l’ex-députée Nadia Essayan.
Par Fabrice Simoes.
C’est la fin de l’été. Sur les pages du réseau social pour les « vieux », Facebook, on ne trouve pas que des photos de plage, pas que des souvenirs de vacances, pas que des plats en gros plans sur la table d’une gargote de bord de mer. Sur celle de l’ancienne députée Modem du Cher Nadia Essayan rien de cela. Là, beaucoup de photos se succèdent pourtant. Beaucoup de commentaires aussi. Les images sont celles d’un appareil photo crotté, de femmes en pleurs, d’enfants squelettiques, de tas de gravats et de misère sans filtre et sans retouche IA.
Aucun écho
Sur cette page de l’ancienne députée Modem du Cher Nadia Essayan, se succèdent des phrases simples et compréhensibles. Au moins pour ceux qui veulent bien les lire. Un « Halte au feu » plutôt qu’un « Free Palestine », désormais connoté « raciste » ou « antisémite ». Sur la page de l’ancienne députée Modem du Cher Nadia Essayan, personne pour cibler un éventuel islamo-gauchisme ou un transfuge LFIste. Personne… même pas un troll de passage ! Peut-être à cause du vacarme des chars de Tsahal qui écrasent tout sur leur passage ou de celui des bulldozers des colons qui arrachent les oliviers en Cisjordanie, on n’écoute pas Nadia. Alors pour ce qui est de l’entendre…
De la même manière que l’on n’écoute pas et n’entend pas Djamila ou Doria ou encore Afia quand elles pleurent un grain de riz, un gramme de farine ou un bidon d’eau potable. Le cri des femmes du Moyen-Orient, ce n’est pas seulement des youyous folkloriques. Celui d’une chrétienne assumée ne vaut donc pas plus que celui d’une Gazaouie affamée. Pendant que sur les écrans et dans des salons feutrés certains affirment que le marchand de glaces de Gaza, forcément supporter du Hamas, n’a jamais fait autant de bonnes affaires que depuis l’attaque d’octobre 2023, ou que les journalistes visés par les drones sont des leaders terroristes, on bade sur le mot « génocide ». Imprononçable pour les uns. Irresponsable pour les autres. Les morts, les sacrifiés et les martyrs de l’histoire en guise de caution morale excusent tout, valident tout, même le pire.
Le grand remplacement
En février dernier, Donald Trump, le président auto-proclamé du monde, futur prix Nobel de la Paix, au vocabulaire et au verbe qui peine à atteindre le niveau d’un CM2 – on dit pourtant que ce n’est plus ce que c’était – à l’esprit aussi perturbé qu’un ado prépubère, avait un plan pour cette bande de terre. Une fois débarrassé de ses occupants actuels, il voulait créer la « Riviera du Moyen-Orient ». Il fallait tout bonnement déplacer de force, ou pas, des centaines de milliers de Palestiniens hors de Gaza. Tout le monde s’est esclaffé. Quelques mois plus tard, la rigolade est terminée ! Le grand remplacement – pas la vaste fumisterie intellectuelle chère à Enoch Powell et Renaud Camus – est bien en route.
Tandis que meurent Gaza, ses habitants et les otages Israéliens qui y sont encore, de l’autre côté de la Palestine, l’urbanisation israélienne avance à coups de pelleteuses pour une extension massive de colonies, certes illégales depuis des décennies selon l’ONU mais réelles et mortifères. On remet au goût du jour l’aphorisme « un bon Indien est un Indien mort » prêté au général Sheridan à travers un « Homme, femme, enfant, un Gazaoui mort est un membre du Hamas en moins ». Et, désormais on l’applique à tout Palestinien. Rappelons qu’une traduction en cyrillique et un aménagement géographique sont disponibles de Loutsk à Marioupol. La nouvelle guerre dégueulasse frappe sciemment, précisément. Même et surtout un hôpital, même et surtout les journalistes, même et surtout les gens de bonne volonté.
Pendant ce temps-là, c’est la fin de l’été. On ouvre un sauna pour chien et un restaurant pour chat. Pendant ce temps-là, une influenceuse se balade en jupette sur une table à la féria de Dax et fait un bad buzz. Pendant ce temps-là, comme dans Hot Fuzz, on ne voit pas le sang qui gicle parce que « Tout va bien Andy. J’adore la bolognaise »…
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