Après plusieurs mois d’attente, le procès de Thibau C., 19 ans, accusé d’avoir collé des stickers antimusulmans dans les rues d’Orléans, s’est tenu au Tribunal judiciaire. Poursuivi notamment pour incitation à la haine envers la communauté musulmane, cette audience a enfin permis d’entendre les motivations qui ont conduit à cet acte islamophobe dans les rues d’Orléans et sur le campus universitaire.
Le procès des autocollants islamophobes avait lieu ce jeudi 28 août au tribunal d’Orléans. ©Magcentre
Par Steven Miredin.
Après un premier renvoi au mois de juillet, le procès de Thibau C., jeune homme à l’origine des stickers islamophobes portant la mention « zone interdite aux musulmans » a enfin eu lieu ce jeudi 28 août. Dans cette affaire judiciaire, six associations se sont constituées partie civile : la LICRA, la Ligue des Droits de l’Homme, la Maison des potes, les Étudiants musulmans de France, le MRAP et SOS Racisme. Parmi les parties au procès se trouvaient également la mairie d’Orléans ainsi qu’Orléans Métropole au titre du préjudice matériel.
Le jeune Thibau était accusé des délits de provocation à la haine, discrimination en raison de leur appartenance ou non appartenance à une religion, apologie de crime de guerre et crime contre l’humanité, exhibition de signes d’acteurs de crimes contre l’humanité. Ce procès s’inscrit dans un contexte marqué depuis plusieurs mois par une multiplication d’actes d’intolérance à Orléans. Outre ces autocollants islamophobes, il a été retrouvé des stickers à l’effigie de la brigade Puaud, le symbole de la division française des SS. L’enquête de police a d’ailleurs révélé que Thibau C. entretenait des liens avec les mouvances d’extrême-droite locales.
« Ces autocollants sont un délit, pas une opinion »
Juste avant le début de l’audience, la LICRA a convié la presse pour une prise de parole et dénoncer une « banalisation de l’inacceptable », rappelant que les « musulmans souffrent » de la haine ambiante. Une haine qui « n’aura pas le dernier mot » martèle Joëlle Gellert, présidente de la LICRA du Loiret. L’association appelle la Justice à se prononcer sur ce qu’elle qualifie comme « une atteinte grave à la dignité humaine ». « Ces autocollants sont un délit et non une opinion », rappelle Joëlle Gellert au moment d’entrer dans la salle d’audience.
La Licra Loiret, à travers sa présidente Joëlle Gellert, s’est exprimée juste avant le début de l’audience. Photo Steven Miredin
« Un regret tactique » d’après les parties civiles
Dès sa première prise de parole, Thibau C. reconnaît les faits qui lui sont reprochés. « Je regrette et je sais que ça blesse une communauté », dit-il froidement avant de minimiser : « Ce n’est pas un truc sérieux ». Dans la salle, ni le parquet, ni les avocats ne sont dupes. Ils soutiennent que les regrets exprimés par ce fan de chasse et d’histoire, ne sont que façade. « Il n’exprime des regrets que pour lui-même », avancent les avocats des parties civiles, ajoutant que l’intéressé « est satisfait de la réaction que suscite [son action] auprès des groupuscules d’extrême droite ». Le parquet souligne l’absence de remords sincères. « S’il s’intéresse tant à l’histoire, il aurait dû lire les récits de ceux qui l’ont subie plus qu’ils ne l’ont vécue. »
« Une guéguerre de stickers ne peut se réduire à une bataille de provocations »
Au-delà de son positionnement sur les faits, il est aussi question de ses motivations. L’accusé explique avoir voulu « provoquer les antifas ». Il ne s’agirait que d’une « bête provocation », allant jusqu’à déambuler, le lendemain, avec un t-shirt aux symboles nazis : « Je l’ai porté pour la provocation et non pour faire l’apologie du nazisme », se justifie le jeune homme. Il explique aux juges que son objectif était de porter des symboles « chocs » dans une « guéguerre » avec les antifas. Mais les magistrats rappellent que ses collages ciblaient la communauté musulmane : 80 % se trouvaient dans le quartier de la Source. Confronté à ses contradictions, Thibau s’enferme alors dans un discours peu cohérent. « J’ai collé sur le campus pour couvrir les affiches de LFI et donc des antifas … Je ne pensais pas que les musulmans regardaient les poteaux », finit-il par lâcher.
Lorsque le jeune homme est questionné sur cette fameuse « guerre » sur le territoire orléanais, ce dernier assure avoir agi seul, au nom de son « attachement à la patrie française ». Mais interrogé sur la définition des antifas, du patriotisme ou du nationalisme, Thibau est alors incapable d’en donner une définition claire et précise.
Un discernement altéré
Un autre aspect déterminant dans ce procès a été de savoir si le jeune “provocateur” avait une pleine capacité de discernement lorsqu’il a commis les faits reprochés. Une expertise psychiatrique a conclu à une altération du discernement, suite à un stress post-traumatique lié à des violences parentales et au harcèlement scolaire. L’examen a aussi écarté une fascination pour le nazisme, mais note qu’en cas d’ennui, un passage à l’acte violent n’est pas exclu. Le prévenu explique avoir agi pour attirer l’attention et fuir une « sensation de solitude quotidienne ». Raison pour laquelle il confirme avoir « traîné avec une personne fichée S ».
De son côté, le parquet s’est attaché au fait qu’il reconnaît avoir conscience de ce que représentent les symboles utilisés. Cette même conscience l’a conduit à rejoindre Reconquête, le parti d’Éric Zemmour, puis la Cocarde orléanaise et l’Action française.
« Un verdict sensé et adapté » selon la LICRA
Après quasiment 5 heures d’audience, il n’aura fallu que peu de temps aux magistrats pour se prononcer sur le sort de Thibau. Le tribunal retient l’altération du discernement. Thibau C. est condamné à six mois de prison avec sursis probatoire de deux ans, avec obligation de soins, de trouver un travail ou une formation, d’effectuer des travaux d’intérêt général et de verser des dommages-intérêts aux six associations ainsi qu’à la ville et à la métropole. « Un verdict sensé et adapté » pour la LICRA à la sortie du procès, qui appelle à la responsabilité de toutes et tous pour éviter que de tels actes ne puissent se reproduire.
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