Soul et Itamar, Israéliens, objecteurs de conscience et pacifistes

Les deux jeunes « refuzniks » ont purgé plusieurs peines de prison pour avoir refusé de s’enrôler dans Tsahal et dans la campagne militaire de Gaza. Ils sont venus témoigner à Orléans.

Soul et Itamar, objecteurs de conscience. Photo Magcentre



Par Jean-Jacques Talpin.


En Israël, il ne fait pas toujours bon de refuser de revêtir l’habit militaire. Le service militaire d’au moins deux ans est en effet obligatoire pour les jeunes garçons et filles à partir de 18 ans. Le refuser, revendiquer un statut d’objecteur de conscience qui légalement n’existe pas, c’est prendre le risque de découvrir les geôles israéliennes. C’est ce qui est arrivé à deux jeunes qui sont venus apporter leurs témoignages à Orléans à l’invitation du « collectif orléanais pour une paix juste et durable entre Palestiniens et Israéliens ». Soul Behar Tsalik a ainsi été incarcéré tout comme Itamar Greenberg, condamné à cinq reprises avec 197 jours de prison militaire, avec même récemment trois jours supplémentaires pour s’être rendu devant Gaza pour soutenir la flottille internationale humanitaire.

« Un choix moral »

Qualifiés de « refuzniks », ils se sont ainsi mis au ban de la société israélienne pour s’engager contre les « massacres » à Gaza qui auraient fait 68 000 morts (chiffres du Hamas). Itamar s’est ainsi rendu compte « que si je m’enrôlais, je ferais moi aussi partie du problème. J’ai compris que je me trouvais face à un choix : appartenir à la société israélienne ou préserver mon sens moral. J’ai choisi le sens moral ». Ils se revendiquent aujourd’hui antisionistes et anticolonialistes en refusant notamment les colonies sauvages ou légales en Cisjordanie. Certes un accord de cessez-le-feu a été signé le 10 octobre. Mais depuis, Tsahal, l’armée israélienne, a repris ses frappes avec 250 morts depuis l’accord. « L’armée doit se retirer de Gaza et des colonies, insistent-ils, mais cela dépend aussi de la pression internationale ». 

Hamas et Israël terroristes ?

S’ils dénoncent des « massacres » à Gaza ou un régime « d’apartheid » en Cisjordanie, ils hésitent pourtant à parler, comme certains, de « génocide ». « C’est un terme atroce, expliquent-ils, qui renvoie à l’histoire, ce qui se passe à Gaza est suffisamment dramatique sans que l’on exacerbe la situation avec le terme de génocide ». Ils n’hésitent pas à qualifier le Hamas « d’organisation terroriste » en écho à « un État israélien qui lui aussi est terroriste ». Ils se battent bien sûr pour « la démocratie, la liberté et l’égalité de tous, Palestiniens et Israéliens ». Ils luttent assurément contre le gouvernement d’extrême droite de Netanyahou avec cependant une mise en garde : « Changer de gouvernement, renverser Netanyahou ne suffira pas, ce qui est en cause, c’est le système qu’il faut changer. Pas question de se battre pour une démocratie qui ne profiterait qu’aux Israéliens ».

« Une voix différente et optimiste »

Itamar et Soul vont donc distiller leur message dans le cadre d’une tournée internationale. Minoritaires et parfois peu écoutés en Israël, ils veulent faire entendre une « voix différente » qui reste malgré tout optimiste. « On travaille pour la paix, se rassurent Itamar et Soul, on y travaille et on y croit » car « mettre fin à la présence israélienne à Gaza n’est pas seulement la bonne chose à faire pour les Palestiniens. C’est aussi ce qu’il faut faire pour la sécurité et l’avenir des Israéliens. »


Plus d’infos autrement :

Le film « Oui » : la fiction réaliste d’un génocide silencié

Commentaires

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  1. Etre deux Israéliens en tournée internationale pour faire entendre la voix de la paix au Proche Orient c’est bien. Etre quatre, deux Israéliens et deux Palestiniens en tournée internationale pour faire entendre la voix de la paix au Proche Orient c’est encore mieux. La paix entre deux camps réclame l’engagement des deux camps. Un tel engagement suppose, côté palestinien, de se débarrasser d’abord du Hamas et consorts. Après, il n’y aura plus de raison à pointer les fusils, annexer les terres, l’emporter sur l’autre, bref souffler sur les braises.

  2. On salue le courage de ces deux israéliens, mais aussi tout à fait d’accord avec Mary

  3. M Talpin semble oublier que massacres, apartheid, chiffre des victimes, génocide sont des termes ou estimation admis par les institutions internationales que sont la CPI , le TPI et diverses ONG dont on ne conteste pas les informations à propos d’autres conflits.

    Peut être écouter le podcast de France Culture où Francesca Albanèse répond à G Erner. Ses fonctions à l’ONU viennent d’être reconduites.

  4. il me semble qu’on ne peut pas faire l’impasse sur l’histoire de la création d’Israël, qui a fait venir des habitants depuis le monde entier pour peupler un territoire octroyé par l’ONU… sur le dos des Palestiniens. Dès le lendemain de sa création, Israël sortait de ses frontières pour commencer les déplacements de population.
    D’autre part, qui sommes nous pour avoir refusé les résultats des élections il y a bien longtemps à Gaza ? Devons-nous nous attendre à subir un blocus et des bombardements réguliers au cas où les prochains résultats électoraux en France ne conviendraient pas à nos voisins, aux USA, à la Chine ou à la Russie ? Il ne s’agit plus de savoir si on doit s’aimer les uns les autres, mais de faire pression sur Israël qui n’a jamais respecté aucune des résolutions de l’ONU relative aux Palestiniens. C’est très facile: l’accord commercial UE-ISraël comporte une clause sur le respect des droits humains. On peut penser qu’un État dont le principal dirigeant est recherché par la Cour pénale internationale a du mal avec ce droit, comme avec tout le droit international. Ne pas défendre les droits des Palestiniens, comme les droits des populations soudanaises, congolaises, yéménite… revient à rejeter le principe même du droit, qui nous protège tous. Ce ne sont pas seulement des milliers de Palestiniens qu’on enterre à Gaza, mis l’idée même du droit. On ne peut pas faire la paix sans justice ça ne marche jamais. La justice demande la reconnaissance par les deux parties des torts qu’elles ont pu causer à l’autre. Bien évidemment, le poids n’est ps le même si l’on a été chassé de ses terres ou si l’on a voulu évincer, y compris par le meurtre, une population déjà existante sur un territoire.

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