Olivet, la ville jardin en crise de croissance ?

De moins de 20 000 habitants en 2010, Olivet est passée à 24 000 habitants. Elle est aujourd’hui incontestablement la deuxième ville du Loiret. Cet essor n’est toutefois pas sans poser de nombreux problèmes, pas toujours bien anticipés ni bien gérés. Magcentre a ainsi interrogé Yves Martinez, résident à Olivet depuis plus de 45 ans, ancien ingénieur au BRGM, professeur à l’Université d’Orléans et conseiller municipal de 1989 à 1995, très impliqué dans les dossiers d’urbanisme et de finances.
 

Yves Martinez – cl EB



Propos recueillis par Eric Botton.
 

Qu’est-ce qui a le plus changé depuis votre arrivée au début des années 80 ?
 
Ce qui a changé, c’est surtout l’extension de la commune. Nous étions à peine 15 000 habitants, et nous sommes maintenant 24 000. Mais ce qui me navre le plus, c’est le manque de dialogue avec les Olivétains alors que les problèmes sont traités par-dessus la jambe. À l’époque, Olivet gardait son image de « ville et village », chère à Mme Faller (NDLR : maire d’Olivet de 1983 à 2001). Aujourd’hui, le village disparaît au profit de la ville.
 

Que voulez-vous dire par « traités par-dessus la jambe » ?
 
Prenons l’exemple de la densification. Le maire affirme qu’il faut densifier les centres-villes pour limiter l’étalement. Certes, l’espace n’est pas illimité, mais encore faut-il rendre ces centres accueillants. Si l’on prend la ZAC du Clos du Bourg, celle-ci prévoyait 345 logements. Nous disions alors qu’il ne fallait pas aller au-delà de 250, pour qu’il reste de l’espace commun partagé, et aussi pour des raisons évidentes de circulation. Or la circulation à Olivet est devenue ingérable. Il y a trois ans déjà, des experts métropolitains de la voirie nous disaient que nous n’utilisions pas assez le boulevard Victor Hugo pour structurer le développement de la commune. Aujourd’hui, toute la doctrine consiste à tout concentrer à l’intérieur de ce boulevard. On va tout simplement en crever si on en reste là.
 

Les inconvénients ont-ils pris le pas sur les avantages du développement ?
 
Concernant la ZAC du Clos du Bourg, c’est une demande que j’ai toujours avancée, en disant que toutes les autres communes de la métropole s’occupaient de leur centre-ville. Je pense à Saint-Jean-de-la-Ruelle, Saint-Jean-de-Braye, Saint-Denis-en-Val… Et nous, à Olivet, rien du tout. Quand le projet est sorti, j’ai observé avec inquiétude le plan de masse. Centre-ville non redessiné, trop de logements, circulation mal anticipée. Il aurait fallu un vrai cheminement paysager entre la place Louis Sallé et le parc du Poutyl, et pas une simple allée. On pourrait améliorer la place Louis Sallé sans dépenser des millions en pensant davantage aux personnes à mobilité réduite. Mais pour y arriver, il faut observer la vie réelle des habitants et adapter les choix.
 

En vous écoutant, on a l’impression que le curseur n’est pas toujours mis au bon endroit à Olivet…
 
Oui, pour la salle de spectacle l’Alliage par exemple, il n’y a que 300 places mais on aurait souhaité évidemment plus, à la hauteur de la taille d’Olivet, pour le moins. À Chécy, deux fois plus petite, la salle compte 680 places. On a mis notre mouchoir dessus et on fait avec. Mais tellement de choses ont déraillé dans l’anticipation sur l’évolution d’Olivet. J’ai assisté depuis plusieurs années à toutes les réunions de quartier, ainsi qu’aux conseils de quartiers, aujourd’hui supprimés alors que pas mal d’Olivétains s’y étaient pourtant investis. Il aurait fallu davantage préparer toutes les prises de décision par un véritable débat avec les citoyens.

 

L’Alliage – cl GP

 

Vous avez l’impression finalement que la démocratie participative à Olivet est plus un habillage qu’une réalité ?
 
Tout à fait. L’histoire de la modification du Plan Local d’Urbanisme Métropolitain volet Olivet, c’est une initiative du maire. Sur la rue de la Source, où l’on partait sur une réfection alors que le foncier n’était pas du tout possédé, j’ai pu constater que des membres de l’équipe municipale n’étaient pas au courant de ce que faisait la tête de l’exécutif. Je plains le maire, dans la mesure où il me semble qu’il n’arrive plus du tout à la concertation, avec des décisions prises de façon abrupte. Monique Faller me disait un jour : « si on veut qu’Olivet reste fidèle à son image, on ne peut plus appliquer les méthodes du passé ». Il nous faut retrouver du débat et des discussions avec les Olivétains. Aujourd’hui, je ressens beaucoup d’agacement et d’interrogations dans la population.
 

Olivet a pourtant les moyens financiers…
 
C’est exactement ça. Les moyens existent. Le maire claironne que le taux d’endettement est de 1,54%, et la taxe foncière nous laisse un niveau d’investissement de 2 millions d’euros. Pourtant, le retard est visible, notamment sur la voirie. Il n’y a toujours pas de vraie vision pour Olivet. Je pense au Château du parc du Poutyl, par exemple, qui nous fait honte. Nous avons récupéré des documents, on ne va pas le reconstruire comme Henri IV l’a connu, mais redonner trace de ce que c’était, on peut sans doute le faire, et trouver une destination intelligente à ce lieu (espace culturel, expositions…).
 

Vous reprochez au maire sortant de ne pas résider aujourd’hui sur la commune mais en région parisienne. Cela pose-t-il problème ?
 
Le maire est Olivétain par ses parents mais lui ne réside plus sur place. Comment voulez-vous qu’en étant en région parisienne plus de la moitié de la semaine vous puissiez résoudre des problèmes que vous ne vivez pas vous-même ? À un moment donné, quand on est maire de la deuxième ville du département, il faut être sur place. Je pense que c’est ça que les Olivétains attendent dès maintenant et surtout pour le prochain mandat.
 

Vous avez proposé la constitution d’une liste citoyenne pour les prochaines municipales dans trois mois. Où en êtes-vous ?
 
Nous travaillons sur une liste citoyenne, une dynamique non partisane, une liste d’habitants impliqués, qui pourrait d’ailleurs intégrer des élus de l’actuel conseil municipal, potentiellement déçus de la façon dont les choses ont tourné. Le mandat qui s’achève n’a pas donné de perspectives. Olivet a aujourd’hui le même niveau d’équipements que quand nous comptions 17 000 habitants. Il faudra d’abord rattraper ce retard. Il nous faudra aussi retrouver la ville-jardin, replanter, réarborer surtout, ce qui permettrait de gagner plusieurs degrés de fraîcheur en période de canicule, désengorger la passerelle piétons/vélos du pont Leclerc par la création, pourquoi pas, d’un bac qui traverse le Loiret d’une rive à l’autre (85m). Cela est tout à fait possible techniquement, et pourrait aussi être un bel atout d’attractivité pour Olivet. Vous voyez, les perspectives ne manquent pas, et nous avons l’imagination et la motivation pour y arriver.

Entretien réalisé le 17/12/2025


Plus d’infos autrement :

Municipales 2026 : gauche et écologie, première liste déclarée à Olivet

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  1. Monsieur Martinez, où êtes-vous ? Quelle liste soutenez-vous ? En effet, nous vous lisons tantôt avec Monsieur De Sousa, tantôt avec Gauche et Écologie, et, à travers cet article, à l’origine d’une liste citoyenne…

  2. J ai proposé depuis longtemps une démarche citoyenne. L idée fait son chemin. Mais mon approche à toujours été de rassembler sur des projets. Nous avons ainsi pris nos responsabilités dans les problèmes de voirie la défense de notre cadre de vie action au TA et à la préfecture sur la l’égalité des actes. Mes références sont connues et j ai essayé de convaincre les élus municipaux. Sur la gestion financière et la solidarité au sein de la commune. Nos avancées sur une véritable démocratie ont été éliminées par le maire actuel. Notre présence sur Olivet est constante et la définition non seulement d’une liste mais d une organisation autour est en cours. Les sujets ayant fait l objet d études le Loiret l urbanisme. Notre sentiment est que le passif est lourd et les prévisions actuelles en écoutant les déclarations émanant du maire sont dramatiques. Dans certains quartiers le développement de l urbanisme sans l environnement nous permettant d éviter de devenir une banlieue parisienne des années 70 est en cours. Appelez moi je vous préciserais.

  3. Je suis un adhérent et lecteur journalier, depuis bien longtemps, de MAGCENTRE (depuis Christian Bidault).
    Je viens de lire l’article interview de Yves Martinez. Indépendamment des propos, qui souhaitent une ville OLIVET-CLUB_MED encore plus que la municipalité actuelle, je pense que les universitaires seront surpis de voir qu’il est qualifié de Professeur à l’Université ce qui est n’est pas le cas.
    Je ne sais pas ce qu’il en est de son titre d’Ingénieur au BRGM.

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