Homme de goût et de savoirs, Eric Duval a délaissé ses fourneaux pour mitonner un polar original et loirétain plein de saveurs. Entre le Montargois et l’Orléanais, l’épopée un tantinet surréaliste de Si même Orléans tombe mérite d’être lue jusqu’à sa chute.
« J’ai toujours aimé les jeux de rôles, créer des personnages, des histoires ». Photo JLB
Par Jean-Luc Bouland.
« Gustave comptait parmi ces bénévoles qui changèrent leur métier en sacerdoce, œuvrant pour son prochain plus que de raison ». Le ton est donné dès les premières pages de ce polar de près de 300 pages signé Eric Duval. Et si Orléans tombe met en scène des personnages truculents, excessifs et décalés, Gustave fait tout pour mettre un peu d’ordre, à sa manière. Sauf que Gustave n’est ni médecin ni curé, même pas sapeur-pompier et encore moins employé des pompes funèbres, mais flic, dans un futur proche, et dans un pays dévasté où Orléans semble encore tenir la route. Cabochard comme pas un, il veut encore croire en l’intégrité des institutions. Une vraie tare dans un monde où le chacun pour soi et la corruption enfantent à qui mieux mieux des flopées de progénitures aux dents longues et aux appétits féroces.
Une pincée de Tarantino
Et en matière d’appétit, l’auteur de l’ouvrage en connaît un rayon, et pas aux surgelés. Cuisinier de métier, chanteur à ses heures, poète, joueur de mots reconnu au point d’avoir écrit quelques textes pour des interprètes comme Anita Farmine, il a pris tout son temps pour concocter un plat unique en son genre, parfois déroutant par un usage immodéré des guillemets qui confine à la stylistique baroque, « si l’on peut dire ». Mais cette écriture étalée sur plus d’un an offre à l’arrivée des personnages aux références cinématographiques atypiques. Un zeste de Lautner et une pincée de Tarantino apportent un goût unique à ce cocktail déjanté à haut potentiel d’adrénaline et d’hémoglobine.
« Et si Orléans tombe ? L’histoire se déroule dans un futur proche. Mais vous reconnaîtrez les lieux ». Photo JLB
Et en plus, il y a une histoire, une vraie. Car Gustave, une nuit, a mal calibré Orléans et sa capacité « à vous plomber vos habitudes ». Fatale erreur, qui l’entraînera à pied ou à vélo dans une lutte presque inégale avec un procureur véreux, des policiers à la manque et des truands de haut vol, Kalachnikov en bandoulière et scrupules en berne. Heureusement qu’il pourra compter sur quelques soutiens improbables, telle la voluptueuse et sulfureuse Samira, aussi à l’aise avec une sulfateuse qu’avec les courbes de son corps. « Plus d’un d’entre eux avait subi les coups de ce garçon manqué durant son cursus scolaire jusqu’à ce que la Miss se rende compte que ses atours faisaient plus de ravages que ses poings ou ses pieds » (p128). Tous les ingrédients attendus sont là, plus quelques autres de son cru qui incitent à dévorer l’ouvrage, et à rencontrer l’auteur.
En dédicace à Châteauneuf
Ce discret poète, déjà auteur de cinq recueils de nouvelles sous son alias Fol Amor avoue avoir toujours aimé raconter des histoires, s’étant déjà beaucoup amusé avec les jeux de rôle qui l’incitent à créer des personnages. Ceux qui le connaissent, qui l’ont déjà rencontré derrière une table pour présenter ses livres dans des salons dédiés, quand il n’est pas aux fourneaux, en savent quelque chose. Alors, pour tout cela, et pour éviter qu’Orléans ne tombe vraiment, ne manquez pas ses prochains rendez-vous. Il sera en dédicace au Super U de Châteauneuf-sur-Loire le samedi 24 janvier (et le lendemain salle Florian), après une présence au salon du livre de Lailly-en-Val le dimanche 18 janvier, avec ses collègues de Vitalité rurale.
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