Le 41, terre de notables dépolitisés ?

On connaissait les tendances à la constitution de baronnies dans le Loir-et-Cher, territoire où les carrières durent des décennies et où les mandats se cumulent comme des petits pains. Mais à l’approche des municipales, ces tendances s’exacerbent.

Par Joséphine

Une longue tradition

Symbolique de cette tendance, dans la principale ville du département, Blois, le maire délicatement socialiste Marc Gricourt brigue un quatrième mandat, ne décolérant pas d’ailleurs de voir une liste citoyenne et écologiste ne pas se ranger naturellement derrière le « meilleur d’entre nous » du 41. Très offensif sur les réseaux sociaux, Marc Gricourt a d’ailleurs retiré les délégations à ses adjoints écologistes qui se sont abstenus lors du dernier vote de budget et qui soutiennent la candidature rivale de Nicolas Orgelet.

Mais niveau barons locaux, on connaît aussi l’inénarrable ex-maire, ex-patron de com’com et sénateur Jean-Luc Brault ou le cultissime ex-maire, ex-député et ex-patron du Conseil départemental Maurice Leroy, et que dire de l’indéboulonnable maire depuis 50 ans François Gautry ?

Tous ensemble tous ensemble ouais !

Avec les municipales 2026, les notables se transforment de plus en plus en un groupe compact. Droite, gauche, PCF, EELV, LR, Horizons… se retrouvent en une émouvante sarabande. L’argument est bien rodé : dans les petites villes, il n’est pas question d’étiquettes ou de partis, seules les personnes, les compétences et les bonnes volontés comptent. Et puis, face au risque RN, il faut une large alliance des gens raisonnables et responsables. Peu importe que cette stratégie dépolitise les municipales et en rajoute une couche dans la dérive purement gestionnaire et experte d’élus devenus managers territoriaux. L’exact phénomène qui alimente la défiance si chère à l’extrême-droite qui, comme d’habitude, n’a qu’à attendre sans rien faire pour voir son score gonfler. Pas la peine d’avoir un programme ou des candidats convenables, il suffit juste au RN d’être un peu patient.

Les nouveaux Horizons du PCF

Premier exemple il y a quelques jours avec Emmanuel Léonard, secrétaire départemental du PCF41, conseiller régional, président du groupe communiste à l’assemblée Régionale, délégué en charge des “mobilités du quotidien” dans la majorité socialiste de François Bonneau, suppléant de la candidate communiste investie par le NFP à la législative 2024 sur la circonscription de Romorantin. Pour les prochaine municipales, le camarade Emmanuel rejoint la liste municipale de la maire sortante de Selles-sur-Cher, Stella Cocheton. Cette dernière, classée divers-droite est proche justement du sénateur Jean-Luc Brault, ainsi que de son successeur à la tête de la com’com Val-de-Cher-Controis, le Horizons Jacques Paoletti, par ailleurs maire et conseiller départemental.

Jamais sept sans huit

A suivi également l’exemple de Jeanny Lorgeoux, maire de Romorantin depuis…40 ans. Cet ex-député, ex-conseiller général et ex-sénateur – mais aussi ex-éditeur chez Lagardère – a été longtemps une figure du Parti Socialiste avant de le quitter, se rapprochant de LREM en 2017. Bien entendu candidat pour un huitième mandat, M. Lorgeoux aura pour la première fois le soutien de… LR. Dans un article de la Nouvelle République, le plus illustre des Romorantinais aligne les éléments de langage convenus, admirez le virtuose : « dans un contexte où les repères démocratiques sont mis à l’épreuve (…) je conduirai une liste avec tous les représentants de l’arc républicain [car] la politique c’est l’art de rassembler [mais] je reste ce que suis, un social-démocrate humaniste et patriote ! Je suis de centre-gauche c’est très clair ! [mais] je n’ai plus de parti car j’ai été obligé de quitter le mien [de toutes façons ce qui importe ce sont ] des équipes capables d’incarner stabilité, responsabilité et maîtrise de l’action publique (…) le programme de la liste s’appuie sur les compétences ». Ouf.

Unanimisme rural

Selon des informations pour l’instant officieuses, il semble qu’Estelle Tronson, cadre EELV dans le Loir-et-Cher, très discrète élue d’opposition à Controis-en-Sologne et ex-suppléante aux législatives 2022 pour la Nupes auprès d’un Insoumis, soit très active pour rejoindre la liste du maire sortant de Sambin, Guy Vasseur. Ce dernier est une figure de…la FNSEA qui a fait carrière dans les Chambres d’Agriculture et dans les instances nationales de ces structures tout en cumulant des mandats au Conseil départemental et régional. UMP historique tendance filloniste, Vasseur prend ses distances avec le parti après 2017 et se fait élire maire en 2020. Saluons la souplesse de l’opération.


Alors bien sûr, il n’est pas facile de monter des listes dans les petites communes, les candidats prêts à donner de leur temps pour la chose publique, le plus souvent avec une indemnité de l’ordre du symbolique, ne sont pas légion. Mais la question n’est pas uniquement pratique et pragmatique, il en va aussi de la lisibilité de la vie politique et de la lutte contre le dégagisme et la défiance envers une classe politique qui est de plus en plus perçue comme fonctionnant en vase clos.

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