Cinq lettres dans la neige du Groenland

Avec sa démonstration de force au Venezuela, Donald Trump se la joue maître du monde sous les traits d’un clown tragique, un impérialisme décomplexé, la brutalité en méthode et le grotesque pour manifeste.

Le Groenland sera-t-il la prochaine cible de Donald Trump, qui ne cesse de menacer le territoire d’annexion ? Photo : Oliver Schauf – Wikimedia Commons (domaine public)


Par Fabrice Simoes.


Au début de la semaine, devant la préfecture du Loiret, à Orléans, ils n’étaient pas très nombreux à crier leur indignation et dénoncer « l’attaque militaire des États-Unis d’Amérique contre le Venezuela ». Moins d’une centaine de personnes, a rapporté la Rep du Centre. Quelques prises de parole, dont celle du député de la 2e circonscription du Loiret, Emmanuel Duplessy (groupe Écologiste et social), et pi pas pu Madame Chaput. Cette participation peu élevée et les slogans scandés, démontrent que la posture, entre dictature d’un côté et médiocratie de l’autre – ou l’inverse – n’est pas aussi facile que cela à tenir. Difficile en ces temps où l’intelligence des individus est plus artificielle que liée à l’instruction. À la fin des années soixante du XXe siècle, c’était plus clair. À l’époque où les US Go home n’étaient pas encore effacés des murs et des routes de l’Hexagone, les Orléanais devant la préfecture auraient défilé contre « l’impérialisme américain », point final.

Le nouveau Docteur Folamour

Voilà 90 ans, Charlie Chaplin filmait Adenoïd Hynkel jouant dans un bureau avec un ballon-mappemonde, litote poétique d’un embrasement guerrier à venir. Le ballon explosait. La planète pouvait s’emballer. Les événements prouvent que l’histoire est un éternel recommencement. Au début de la semaine, une interview pas plus fake – mais pas moins – de Donald Trump, dans The Tonight Show de Jimmy Fallon est à l’aune de ce nouveau monde. On peut en rire mais inscrire côte à côte sur son CV, président des USA et animateur de The Practice, aurait dû interloquer, même aux States. Pour occuper ces emplois, ne maîtriser qu’une seule phrase construite et conjuguée « you are fired » (vous êtes virés) était un autre signe. Les États-Uniens font fi de ces arguments. Ils ne les trouvent absolument pas limites pour lui octroyer le rôle de nouveau Docteur Folamour.

Comment expliquer autrement le kidnapping d’un président en exercice, sans le couvert d’un mandat international, sans déclaration préalable ? Cela relève plus de la DZ Mafia que d’une vision politique globale même si, ici, on remplace le coffre de la bagnole par un hélicoptère militaire. Vouloir assurer la protection d’un pays, d’un type de société, d’une culture en échange de métaux rares ressemble tout de même plus à du racket qu’à du droit. On peut toujours légitimer cette reprise en main du pétrole, et de tout le pognon qui sera généré, par un saupoudrage de doctrine Monroe, et dénoncer un Maduro fieffé salopard, ça ne changera pas les faits. Ce n’est pas une médaille de la paix de la FIFA, fabriquée en vitesse et en cochonium, en reconnaissance de guerres stoppées avant d’avoir même commencées, qui changera quelque chose. Vraiment si l’architecte de la nouvelle Maison Blanche, et accessoirement de l’univers MAGA, pouvait s’accorder un peu de repos, le septième jour par exemple, et aller jouer au golf, ça ferait du bien à la terre entière.

Méthode directe et brutale

Sauf que, en vrai, sans filtre, la mèche jamais rebelle, aussi vulgaire qu’une poissonnière du XVIe siècle, l’emphase d’une huître, le maître autodéclaré de la planète, de l’espace, et de ses environs, s’est inventé un nouveau jeu. Une espèce de Koh-Lanta où il est nul besoin de remporter l’épreuve des poteaux pour gagner.

Sans aucun doute, « America First » c’est tout autant l’Amérique du détroit de Béring à celui de Drake que la Palestine du fleuve à la mer. Et pourtant, d’un silence, on valide l’un et l’autre pas ! Cette fois pas besoin de Contras, d’agents de la CIA, ou des tronçonneuses de Javier Milei, pour remettre de l’ordre sur la partie Sud du continent. Donald fait dans le direct, le brutal comme une bouteille de Three Kings des Tontons Flingueurs, sauf que là on ne se demande pas si y a d’la pomme. Et dire que l’on se moquait de « La République c’est moi ! » de Mélenchon…

Point positif, avec Trump on oublie tous les problèmes de prostate liés à l’âge. D’ailleurs c’est bien lui qui a la plus grosse et écrira, peut-être, son nom dans la neige du Groenland dans une quinzaine de jours.


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Laïc ou pas laïque ?

Commentaires

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  1. Force est de constater que les organes d’informations pour la plupart d’entre eux “oublient ” de prendre en compte que si c’est le pompage du pétrole au Venezuela qui motive ce coup de force ce qui est exact c’est aussi pour essayer de maintenir l’hégémonie du système de “pétrodollars” ( toutes les transactions de pétrole devant se faire en dollars ce qui remplit les coffres forts US) alors que des pays (BRICS+ entre autre) remettent en cause cela et qu’en conséquence la puissance d’argent des USA est déjà en train de diminuer.

    Proposition concernant le Groenland : que le gouvernement groenlandais mette en vente des parcelles de 5/10 m2 à un prix très modique uniquement achetables (une seule pour éviter la spéculation) par des particuliers avec l’engagement de ne pas creuser plus profondément que 20cm ( pour quand même faire un potager ou un jardin de fleurs). Ceci pour que les oligarchies financières qui cherchent, par l’intermédiaire d’un de leurs employés (ici Trump) comprennent le slogan : Not in my back garden ( pas dans mon jardin) scandé par quelques dizaines de millions ( voir plus) de “propriétaires”.

  2. Monsieur Tarche, une fois encore j’adhère totalement à vos prescriptions éclairées et éclairantes. Une légère suggestion, si vus me le permettez : l’expression consacrée est “Not In My Back Yard” dont l’acronyme “NIMBY” est plus impactant car facilement mémorisable.
    Que cette année 2026 nous permette de vous lire et de vous relire avec délectation, cher Monsieur Tarche. Bonne année à vous.

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