Pendant que Serge Grouard lançait officiellement sa campagne ce jeudi 8 janvier, Maintenant Orléans optait dans le même temps pour une contre-offensive avec Najat Vallaud-Belkacem comme invitée. Le collectif plaide pour une ville centrée sur une jeunesse appelée à reconquérir l’espace public.
Ancien maire d’Orléans, parlementaires et même président de Région… ils étaient nombreux à se bousculer pour venir entendre la sage parole de l’ancienne ministre de l’Éducation. Photo Magcentre
Par Mael Petit.
Alors que les projecteurs orléanais étaient braqués sur la grand-messe d’annonce de la candidature de Serge Grouard, Maintenant Orléans avait choisi de la jouer contre-soirée. À l’autre bout de la ville, le collectif emmené par Baptiste Chapuis organisait une réunion « à la bonne franquette » dans un bistrot. Hasard du calendrier ? Pas vraiment. Une façon assumée de ne pas se laisser dicter le tempo par une majorité sortante qui, depuis des mois, orchestre silencieusement mais méthodiquement son entrée sur le ring de la campagne.
Pour marquer le coup malgré tout, il fallait une invitée capable de faire exister cette soirée parallèle. Une figure reconnue, à la fois politique et médiatique, suffisamment motivée pour se coltiner un Paris–Orléans en pleine tempête mais aussi dotée d’un regard avisé sur le thème du jour. Najat Vallaud-Belkacem cochait toutes les cases. L’ancienne ministre de l’Éducation nationale est venue apporter « son soutien » à son copain Baptiste, qu’elle dit « connaître depuis plusieurs années », saluant au passage « la cohérence » des propositions portées par Maintenant Orléans.
« Faire d’Orléans une ville à hauteur d’enfant »
Au cœur de cette soirée-débat : la jeunesse, présentée par Baptiste Chapuis comme « un pilier » de son programme. « Orléans s’endort », lance d’emblée le candidat socialiste, dénonçant une ville « abîmée par un maire plus présent sur les plateaux de CNews » que sur le terrain. Face à ce qu’il décrit comme une forme de résignation collective après 25 ans de Grouard, il appelle à rompre avec « la fatalité » d’une nouvelle réélection.
Et selon Maintenant Orléans, les enfants figurent parmi les grands oubliés des politiques municipales actuelles. Le collectif affiche donc la volonté de « faire d’Orléans une ville à hauteur d’enfant », plus inclusive, plus accessible, et surtout plus attentive aux conditions dans lesquelles se construit la citoyenneté à cet âge. Concrètement, cela passe par une série de mesures ciblées : un kit gratuit de fournitures scolaires pour les élèves de primaire, la végétalisation des cours d’école en six ans, un « plan numérique » pour équiper les établissements et sensibiliser les élèves, mais aussi un renforcement des capacités d’accueil de la petite enfance. À cela s’ajoutent des propositions pour faciliter l’accès à la culture et au sport, comme une aide à la licence sportive pour les 5-14 ans, en réponse aux restrictions du Pass’Sport, ou une adaptation des musées et équipements culturels de la ville aussi bien aux têtes blondes qu’aux têtes grises.
Où sont passés les enfants dans l’espace public ?
Au-delà de l’école, le collectif pose un diagnostic plus large. Orléans serait une ville pensée avant tout pour les adultes et la circulation motorisée, beaucoup moins pour l’épanouissement des plus jeunes. Une ville à l’espace public orphelin de ses enfants. Ronan Kervella, Claudine Lhomme et Magalie Michaux, membres du collectif issus de la société civile, ont planché sur le sujet. Ils plaident ainsi pour une « réappropriation » de l’espace public, aujourd’hui jugé trop souvent insécurisé ou inadapté.
Parmi les pistes évoquées, le réaménagement des aires de jeux, des abords d’écoles, ou encore la fermeture à la circulation de certaines rues le week-end pour permettre aux enfants de les investir. « Retrouver des enfants dans la rue, retrouver de la mixité sociale dans l’espace public, c’est refonder une société du vivre-ensemble », embraye Najat Vallaud-Belkacem, rappelant qu’à l’ère de l’IA et du tout-numérique, « ressortir dehors est devenu un enjeu éducatif majeur ».
L’école, mais pas seulement l’école
Sur l’éducation, l’ancienne ministre rappelle que la lutte contre les inégalités demeure un défi central. Mais elle alerte aussi sur une école à qui l’on demande trop. « On a donné à l’école le monopole de dire le mérite des individus. Y en a marre ! Il faut trouver d’autres lieux de reconnaissance des mérites », insiste-t-elle, plaidant pour la fin de la logique des diplômes et une diversification des espaces de valorisation afin d’alléger la pression sur les élèves, les parents… et les enseignants. Sur ce point, la municipalité a un rôle clé, assure-t-elle. Garantir des conditions d’apprentissage dignes, soutenir les équipes éducatives et répondre concrètement à leurs besoins. Sans se substituer à l’Éducation nationale, mais sans se défausser non plus.
L’union de la gauche, condition incontournable pour Vallaud-Belkacem
Reste la question qui fâche. Interrogée sur la division de la gauche orléanaise entre Maintenant Orléans et OSE, Najat Vallaud-Belkacem n’y va pas par quatre chemins. « Il n’y aura pas d’issue favorable en dehors de l’union », tranche-t-elle. Pour quelqu’un qui soutient ne pas suivre l’actualité orléanaise, sa position sur le sujet laisse croire qu’un regard extérieur suffit parfois à percer des évidences que d’autres refusent obstinément d’affronter. Une déclaration en tout cas faite sous le regard (et surtout les oreilles) de l’ami Baptiste, qui ne conteste pas le diagnostic. Mais maintient sa version, assurant avoir tout tenté pour parvenir à un accord, rejetant même l’échec des discussions sur les écologistes. Rendez-vous est donné au soir du premier tour. Là où, dos au mur, les listes devront sans doute ravaler leurs égos et se résoudre à l’union qu’elles n’auront pas su construire plus tôt.
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