Un concert d’exception s’est tenu salle de l’Institut à Orléans ce vendredi 9 janvier, avec le pianiste Alexandre Tharaud qui a offert un voyage allant du classique à la chanson contemporaine, devant une salle comble et subjuguée par le talent de l’artiste.

Alexandre Tharaud en concert à Orléans salle de l’Institut le 9 janvier 2026. Photo AC Chapuis
Par Anne-Cécile Chapuis.
Alexandre Tharaud est à l’image de sa réputation. Tout en simplicité, il s’intéresse à la musique, toute la musique. Passionné par cet instrument qui l’a « happé car il peut imiter tous les instruments, c’est un orchestre à lui tout seul, et quand je joue j’ai l’impression d’avoir 80 musiciens sous les doigts » explique-t-il en début de concert.
Et la démonstration est faite, sans effets de manches ni surcharges, mais avec une musicalité qui confine à la sensualité et, sans chercher plus loin, véhicule beaucoup d’émotion.
Les classiques revisités
La sonate K331 de Mozart, célébrissime surtout dans son dernier mouvement « alla turca » prend ici des allures nouvelles tant le jeu d’Alexandre Tharaud est personnalisé, avec des ornements à bon escient, des respirations ineffables qui ponctuent le discours, un engagement dans l’écoute de l’instrument et sa résonance dans l’espace.
C’est ensuite la grande suite en la de Rameau, écrite pour le clavecin, qui prend toute la dimension du piano et révèle sa modernité. Les passages virtuoses succèdent aux moments plus recueillis, les deux mains dialoguent ou se rejoignent, dans un phrasé empli de nuances.
La salle retient son souffle, dans un silence total. Et même l’horloge de l’hôtel Groslot tinte juste entre deux morceaux, et dans le ton, qui plus est !
Quand le piano chante les grands succès du XXe siècle
La deuxième partie vient bousculer tous les poncifs et clivages de la musique qui, bien souvent oppose une barrière infranchissable entre classique (qu’on appelle « la grande musique ») et chanson (dénommée « populaire »).

Alexandre Tharaud présente son programme. Photo AC Chapuis
Alexandre Tharaud, qui présente son programme avec beaucoup d’empathie avec le public, défend une musique plurielle, où les compositeurs eux-mêmes ont tissé les liens entre les deux genres, comme Poulenc qui aimait le music-hall et rend hommage à Edith Piaf, ou Jean Wiéner, pianiste du XXe siècle qui harmonise pour le piano les plus grands succès de Trenet ou Brel, ou encore Weissenberg qui compose (incognito, à l’époque) un tonitruant et enragé « Monsieur, vous oubliez votre cheval ».
Ces pièces sont enchainées, dans un véritable océan de musique où, comme des esquifs ou îlots, l’on repère les thèmes célèbres, ces belles mélodies qui ont fait – et font toujours – vibrer les oreilles et le cœur.
Et notre pianiste n’en reste pas là. Il se livre à l’exercice de l’improvisation, toujours sur les thèmes de ces grandes chansons françaises où l’on côtoie Dalida (J’attendrai ton retour), Aznavour (La bohème), Barbara (Göttingen), Piaf (Panam)… C’est frénétique, c’est envoûtant, c’est magique.
La salle lui réserve un tonnerre d’applaudissements et c’est sans se faire prier qu’il la gratifie de trois bis : la sicilienne de Bach, la Foule d’Edith Piaf, et « Un jour tu verras » de Mouloudji.
Chacun repart comme apaisé, comblé, en joie, conscient d’avoir profité d’un moment d’exception.
Pour en savoir plus :
Prochain concert des Instants suspendus :
Vendredi 27 mars, 19h30, avec la soprano Julie Fuchs dans des pièces de la Belle Époque
www.billetterie.orleans-metropole.fr
Plus d’infos autrement :
Conservatoire d’Orléans : une saison rythmée par plus de 200 projets artistiques !