Permis de construire accordé dans la précipitation, camions annoncés par centaines et autorisation environnementale en attente : à Amilly, l’entrepôt Westea ressemble à un Mistigri politique. Qui pour le garder en main à l’approche des élections municipales 2026 ?
À Amilly (Loiret), le décor est planté pour une partie de Mistigri municipal – photo Izabel Tognarelli
Par Izabel Tognarelli.
À Amilly, un peu avant Noël, le conseil municipal a posé sur la table un drôle de paquet : le permis de construire de l’entrepôt Westea. Le cadeau était soigneusement emballé, mais personne ne semble vraiment en vouloir. « On a été surpris par la rapidité de la décision, alors que toutes les conditions ne sont pas réunies », observe le responsable de la communication de l’association de riverains Amilly action vie et environnement (AAVE). Difficile de ne pas y voir un Mistigri politique, refilé juste avant les élections municipales de 2026.
Des infrastructures insuffisantes
Ce permis de construire est assorti de prescriptions obligatoires et reste suspendu à l’autorisation environnementale de la préfète, attendue d’ici au 27 juillet. La préfecture a d’ailleurs demandé au groupe Barjane des compléments d’information au sujet de la circulation. « On parle de centaines de camions par jour, sans aucune infrastructure adaptée. Or nous sommes à 20 km de l’A19 et 30 km de l’A6 », pointe l’AAVE. Un projet logistique massif sans infrastructures adaptées, et c’est le Département qui hérite de la facture et des risques ! D’où les réticences… et le parfum persistant du Mistigri. Pas étonnant que le Département ait voté contre ce projet !
À l’entrée de la zone industrielle, un nouveau rond-point est par ailleurs envisagé, information dont les riverains n’avaient pas connaissance lors de la présentation du projet, l’été dernier. Cet aménagement, prévu à l’origine pour accompagner la construction de futurs logements et non l’entrepôt Westea, est perçu comme une source supplémentaire d’embouteillages. « C’est vraiment fait en dépit du bon sens », dénonce le responsable communication.
Quand Ferrières sert de contre-exemple
À Ferrières-en-Gâtinais, à une vingtaine de kilomètres de là, deux entrepôts logistiques de grande taille sont en cours de construction. L’un avoisine les 70 000 m². Il est destiné à Cultura. L’autre, de 60 000 m², est destiné à GXO pour Unilever. Ces deux projets bénéficient d’un raccordement direct à l’autoroute.
À Amilly, en revanche, les poids lourds satureront la N60 : « Les camions ne prennent plus l’autoroute parce que ça coûte cher. Ils passent par les nationales. La N60 est une route à deux voies, limitée par endroits à 70 km/h, et réputée dangereuse. La plupart du temps, il y a d’ailleurs une ligne blanche pour qu’on ne puisse pas doubler. Elle va être encore plus dangereuse avec ce projet. » Plusieurs maires de communes traversées, comme Louzouer ou Saint-Germain-des-Prés, ont alerté la préfète, car les camions passeront au cœur de ces villages.
Municipales 2026 : qui prendra le Mistigri ?
À l’approche des municipales, chacun regarde le Mistigri sans trop vouloir le ramasser. « Les emplois créés, même s’ils sont largement surestimés, les incitent à rester positifs sur le projet », commente-t-on à l’association. Christophe Bouquet, tête de liste de la majorité sortante, est le seul à prendre le Mistigri à pleines mains. « La liste RN est pour, avec des aménagements, mais on ne sait pas lesquels », nuance-t-on du côté des riverains. Il y aurait bien une troisième liste (celle de Catherine Michel, ancienne directrice du lycée agricole du Chesnoy), mais du côté des riverains, on ne sait exactement si elle maintient sa candidature ou non. « Elle suit notre collectif mais n’a pas de position tranchée, sans être contre. » Autrement dit, elle observe la partie sans abattre ses cartes. « En face, on a un rouleau compresseur : il faut dérouler des arguments suffisants pour les contrer, car ils sont juridiquement très forts », résume-t-on à l’AAVE.
Alors qui, au soir du 22 mars 2026, se retrouvera avec le Mistigri en mains ?
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