Joaquim Fossi archéologue du futur au Théâtre d’Orléans

À l’affiche de la Scène nationale d’Orléans jusqu’au 16 janvier, Le Plaisir, la peur et le triomphe marque l’entrée en scène de Joaquim Fossi comme créateur à part entière. À la manière d’un flux internet projeté en direct, le spectacle déploie une profusion d’images pour mieux en interroger le sens et, à travers elles, notre rapport au monde. Entre humour absurde et réflexion philosophique, cette première création se révèle être un objet scénique singulier, à la fois drôle, déroutant et profondément contemporain.

Joaquim Fossi essayant de deviner ce que pouvait signifier cette image. Crédit : Simon Gosselin.

 

Par Charlotte Guillois.

 

Formé à l’École du Nord et aujourd’hui artiste associé à la Scène nationale d’Orléans, Joaquim Fossi est d’abord connu comme comédien. Il a travaillé sous la direction de metteurs en scène reconnus tels que Guillaume Vincent, Christophe Rauck ou encore Macha Makeïeff. Parallèlement à ce parcours d’interprète, il développe une recherche personnelle mêlant jeu, écriture et dispositifs scéniques, attentive aux espaces, aux récits et à l’imaginaire. Son installation immersive La Carte du Tendre témoignait déjà de ce goût pour des formes hybrides et sensibles.

Le Plaisir, la peur et le triomphe constitue sa première création théâtrale : il en signe l’écriture, la conception et l’interprétation. Cette prise de parole artistique personnelle se distingue par une liberté de ton assumée et une inventivité formelle qui trouvent ici un terrain de jeu idéal.

Une enquête sur l’humanité à partir d’Internet

Seul en scène, Joaquim Fossi n’est accompagné que d’un ordinateur et d’un mur blanc servant d’écran de projection. En une petite heure (plus proche des quarante minutes), il invite le spectateur à observer ce que les images abandonnées sur Internet disent de nous, humains du XXIᵉ siècle.

L’acteur incarne un archéologue extraterrestre découvrant l’humanité cinq mille ans après l’apparition d’Internet. À partir de ce postulat volontairement absurde, il exhume dix « trésors », dix « miracles » numériques (images, icônes ou fragments de culture populaire) analysés comme autant de fossiles révélateurs de notre civilisation.

Un coucher de soleil, un ours polaire sur une banquise, un émoji ou une capture d’écran deviennent ainsi des objets d’étude. Présentées comme si elles étaient vues pour la première fois, ces images sont interprétées sans aucune connaissance préalable de la vie sur Terre. Ce décalage radical produit un effet comique immédiat, mais ouvre surtout un espace de réflexion sur notre manière de produire, consommer et investir les images.

Joaquim Fossi présentant sa plus grande découverte : les Sims 2 Double Deluxe. Crédit : Simon Gosselin.

Une comédie délicieusement décalée

Dès l’ouverture, le spectacle impose son ton. Joaquim Fossi apostrophe le public sans détour : « Vous trouvez pas, des fois, la vie elle pue la merde ? Et on a juste envie de dire, allez tous vous faire enculer ? » En deux phrases, l’acteur brise toute solennité et installe une complicité immédiate avec la salle. Les rires fusent, les regards se croisent : le public comprend qu’il est convié à un moment aussi irrévérencieux que jubilatoire.

Du porno au jeu vidéo Les Sims 2 Double Deluxe, en passant par les couchers de soleil, les ours polaires menacés ou les Daft Punk, l’archéologue du futur tente de reconstituer les fondements de l’humanité. Que signifie ce mystérieux signe « 🙂 » ? Pourquoi les humains ont-ils tant photographié la nature ? À travers ces interrogations naïves et faussement scientifiques, Fossi dresse un portrait peu flatteur mais terriblement mordant de notre espèce : des corps qui se touchent et respirent bruyamment, qui idolâtrent le soleil, et simulent leur existence dans des jeux vidéo.

Un spectacle réussi, mais qui pourrait aller plus loin

Loufoque, intelligent et résolument contemporain, Le Plaisir, la peur et le triomphe s’impose comme une véritable réussite. On peut toutefois regretter que le spectacle, tant son sujet est vaste, s’arrête si rapidement. L’exploration d’Internet et de ses archives absurdes semble à peine entamée, tant ce territoire regorge d’images, de vidéos et de mèmes révélateurs du meilleur comme du pire de l’humanité.

Cette frustration tient moins d’un défaut que d’un constat prometteur : le potentiel du spectacle est immense. En creusant davantage cette matière foisonnante, Joaquim Fossi pourrait pousser plus loin son enquête archéologique et faire de cette première création un objet scénique encore plus vertigineux. En l’état, Le Plaisir, la peur et le triomphe séduit, fait rire et interroge, mais donne surtout envie d’en voir plus.

« Le Plaisir, la Peur et le Triomphe » de Joaquim Fossi

A la Scène nationale d’Orléans

  • le mercredi 14 janvier, 20h00
  • le jeudi 15 janvier, 20h00
  • le vendredi 16 janvier, 19h00

Informations et billetterie ICI


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