En pleine crise agricole et alors que l’accord UE-Mercosur suscite de vives inquiétudes dans les filières françaises, le département du Loiret annonce l’interdiction des produits en provenance d’Amérique du Sud dans les cantines de ses collèges publics.
Mobilisation des agriculteurs de la région Centre-Val de Loire contre l’accord UE-Mercosur (Image d’archives MLB)
Par Charlotte Guillois et Mael Petit.
Le Département du Loiret va interdire l’achat de produits alimentaires provenant d’Amérique du Sud pour la restauration scolaire dans les collèges publics. Cette décision s’inscrit dans sa volonté de soutenir l’agriculture locale et de préserver la souveraineté alimentaire, en réponse aux inquiétudes suscitées par l’accord commercial entre l’Union européenne et le Mercosur, jugé risqué pour les filières agricoles françaises.
Privilégier (enfin) les circuits courts
La quantité de produits concernés, difficilement quantifiable et identifiable de l’aveu même du département, porterait surtout sur des produits carnés transformés. Alors la consigne est claire : « Quand il y a un doute, il n’y a pas de doute, on ne prend pas », martèle Marc Gaudet, le président du Loiret. Une décision qui intervient au moment où gronde la colère du secteur agricole. « Il ne s’agit pas de surfer sur la vague de la contestation », assure l’élu qui est aussi agriculteur.
Pour renforcer l’approvisionnement local, le département prévoit désormais de se tourner en priorité vers les producteurs du Loiret et des départements voisins, en organisant de manière collective les commandes des établissements scolaires si nécessaire, pour permettre aux producteurs de répondre à la demande. Une démarche qui permettrait enfin à la collectivité de rentrer dans les clous de la loi EGalim (dont les objectifs ne sont pas atteints par le département jusqu’ici). À savoir favoriser l’introduction de produits locaux et de saison dans les cantines, soutenir les circuits courts et garantir une part significative de produits issus de l’agriculture durable (au moins 50%) et biologique (20%).
Répercussion sur le prix des repas
En tout cas, cette nouvelle orientation concerne près de 3 millions de repas par an. Le président du Conseil départemental, qui parle de « prise de conscience » et de « mobilisation citoyenne », considère que les collectivités représentent « une force de frappe » dans la bataille pour la souveraineté alimentaire, les invitant même à suivre le mouvement.
Malgré tout, il reconnaît que cette décision pourrait alourdir « légèrement » la facture des repas. « S’il faut assumer, on pourra… même si ce n’est pas le meilleur moment côté finances », concède l’élu, sans exclure un nouvel effort demandé aux familles après un réajustement, déjà, du ticket de cantine voté fin 2024. Mais le bien manger a un coût et une motion formalisant cette position sera soumise au vote des conseillers départementaux lors de la session du 30 janvier.
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