Le président de la CCI Centre Val de Loire depuis 2021, membre du comité directeur de CCI France, Jacques Martinet, revient pour Magcentre sur la situation actuelle du réseau soumis à une forte baisse de ressources imposée de l’Etat depuis 2013.
Propos recueillis par Jean-Luc Vezon

Jacques Martinet, président de la CCI Centre Val de Loire reste optimiste sur l’issue des négociations avec l’Etat. Crédit photo J-L Vezon.
Magcentre. Le projet de loi de finances 2026 envisage une nouvelle baisse de 175 M€ de la Taxe pour frais de Chambre de commerce et d’industrie (TCCI), quelle est votre position ?
Jacques Martinet. Ce projet nous inquiète fortement. Les élus d’un certain nombre de chambres ont d’ailleurs voté des résolutions prévoyant leur démission collective si le PLF est voté avec cette disposition. (1) C’est d’autant plus étonnant que CCI France a passé un accord avec l’Etat il y a trois ans pour verser 100 M€ de façon échelonnée (40 M€ en 2024 puis 20 M€ chaque année jusqu’en 2027). Voté en l’état, le PLF reviendrait sur cet engagement actant une participation juste à l’effort national compte tenu de nos fonds propres. Aller au-delà reviendrait à mettre en péril nos missions de service public dont bénéficient d’abord les TPME. Je le rappelle : nos bénéficiaires ne sont pas les entreprises du CAC 40 mais bien les petites et moyennes entreprises.
Magcentre. Le budget n’est pas voté, où en êtes-vous aujourd’hui ?
Jacques Martinet. Le président de CCI France Alain Di Crescenzo et son équipe négocient avec Bercy. Nous bénéficions de nombreux soutiens dont les parlementaires qui ont bien compris l’importance des CCI dans l’accompagnement de proximité des entreprises. À l’heure des transitions (digitale, environnemental, Rh), de l’internationalisation ou de la nécessité de transmettre nos entreprises (1) , l’accompagnement des CCI est indispensable pour accélérer les transformations. Dans notre région, nos six chambres territoriales sont bien gérées et travaillent main dans la main avec l’État, la région, Dev’Up ou les intercommunalités, il serait dommage de casser cette dynamique en amputant nos moyens. Mais, je reste optimiste. On n’a jamais autant eu besoin des CCI.
On entend parler de régionalisation, de fusion avec la CMA, qu’en est-il réellement ?
Jacques Martinet. La fusion n’est pas d’actualité. Par contre, dans le cadre d’une feuille de route, nous travaillons sur des synergies avec la CMA CVL dans différents domaines comme la création ou l’international. Nous avons en commun des ressortissants qui paient deux fois la taxe. Je peux vous dire qu’avec ma collègue Aline Mériau, présidente de la Chambre des Métiers et de l’Artisanat du Centre-Val de Loire, nous allons accélérer sur ce sujet en 2026.
Quel regard portez-vous sur la situation économique actuelle dans notre région ?
Jacques Martinet. 2025 a connu une hausse des défaillances d’entreprises à l’image de Brandt à Vendôme et Saint-Jean-de-la Ruelle. Mais je constate dans mes déplacements et discussions que l’état d’esprit des entrepreneurs reste globalement positif. Notre région possède un beau dynamisme avec des secteurs industriels qui se portent bien comme la défense (Thales, MBDA …), la cosméto-phrama ou le tourisme à l’image de Beauval. Nos chefs d’entreprises se prennent en main, je reste donc confiant. Attention cependant, les entrepreneurs ont besoin de lisibilité pour se projeter et investir. À ce titre, l’absence de budget est préjudiciable. Je souhaite donc qu’un compromis soit trouver rapidement pour avancer et réduire le déficit de nos finances publiques.
Quels sont les projets de la CCI Centre Val de Loire pour 2026 ?
Jacques Martinet. Nos actions d’accompagnement sont nombreuses mais je citerai la seconde édition des Trophées du commerce pour valoriser nos commerçants et associations de commerçants. Il est important de mettre en lumière ces professionnels qui rendent nos centre villes désirables. Au-delà, il est temps d’arrêter la guéguerre entre centre et périphérie. Les concurrents sont d’abord la vente en ligne et les plateformes Internet. Il faut le dire, nos commerçants savent se réinventer en plaçant le service client, l’innovation et la différenciation au centre.
Le 15 octobre prochain, à CO’Met, nous allons également organiser un grand salon de l’industrie Made in Val de Loire Orléans Métropole avec le soutien des CCI territoriales. L’industrie est essentielle sur nos territoires pour créer de la valeur, nous devons plus que jamais mettre en avant ses innovations, ses talents et les belles carrières proposés aux jeunes.
(1) La ressource fiscale des CCI a été réduite de 66 % entre 2013 et 2025, le nombre de collaborateurs est passé de 25 000 à 14 000.
(2) 700 000 entreprises sont à céder d’ici 10 ans.
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