À Bourges, l’ancienne Maison de la Culture se réinvite dans la campagne municipale

En 2014, les travaux de réhabilitation de l’ancienne Maison de la Culture étaient devenus l’Arlésienne des élections municipales. En 2026, elle s’invite de nouveau dans les débats. Cette fois, ce n’est pas sa remise en état qui pose problème mais son coût revu à la hausse. Alors que le maire sortant Yann Galut vient de se déclarer candidat, plusieurs de ses adversaires se sont déjà emparés du sujet.

L’entrée fermée de la vieille maison de la culture a été utilisée comme support pour les créateurs invités par le Mur de Bourges. @Le Mur


Par Fabrice Simoes.


En 2020, la gauche remporte les élections municipales avec l’union de Yann Galut (PS à l’époque, divers gauche aujourd’hui) et Irène Félix (ex-PS à l’époque, et déjà divers gauche). La question se pose : quoi faire de cette friche patrimoniale que constitue l’ancienne maison de la culture ? Elle est alors fermée depuis 12 ans et se dégrade. La mairie n’a ni les moyens ni l’usage de ce bâtiment.

C’est donc la communauté d’agglomération qui propose une solution. Elle ne possède pas de siège et ses services sont dispersés sur 14 sites différents. Elle propose, en 2022, un projet pour que 120 de ses agents se rassemblent sur ce site, proche de l’autre site du Boulevard Foch, dans un lieu ouvert sur la ville. D’autant que salles d’exposition, de conférence, espace de restauration et jardin public sont intégrés au projet. Réalisées par les services de l’agglo, les estimations s’élèvent à moins de 17 millions d’euros. Là, on ne touche pas aux fondations, il n’y a pas d’excavation. Le patrimoine archéologique est ainsi protégé, mais pas fouillé. De grosses économies.

Estimations revues à la hausse

L’assistance à maîtrise d’ouvrage, puis la maîtrise d’œuvre décèlent de grosses faiblesses sur les structures tandis que la guerre en Ukraine voit les coûts de construction augmenter de plus de 20%. Avant de lancer le marché, les estimations sont revues à la hausse à 30,5 millions d’euros. Dans ce contexte, le conseil communautaire, à plusieurs reprises, a été amené à se prononcer sur le projet, quasiment à l’unanimité. Cela dit, les consensus vivent mal les périodes électorales ! Lorsqu’il est question d’autoriser les travaux, en conseil communautaire, le 5 janvier dernier, la droite trouve la facture trop lourde. Sur 53 votants, 34 sont favorables, 5 s’abstiennent, et 14 votent contre.

Dès le lendemain, Philippe Mercier, le candidat de la liste de droite aux élections, tente de « viraliser » le sujet sur les réseaux sociaux : « Le projet va aspirer les budgets, bloquer les autres investissements et freiner tout ce qui est utile au développement économique, à l’emploi et au quotidien des habitants. » En réponse, une semaine plus tard, Irène Félix, la présidente de l’agglo, et Bruno Fouchet, maire du Subdray et vice-président aux Bâtiments à Bourges Plus, font une vidéo pour rappeler pourquoi l’estimation de ces travaux – qui n’ont pas commencé – est revue à la hausse. Ils précisent par ailleurs la nature de la rénovation et évitent de raviver la polémique en renvoyant la responsabilité vers ceux qui ont délaissé le bâtiment en 2008.

Calculs politiques ?

Le parachuté d’extrême droite, Ugo Iannuzi, tente alors de réactiver le dossier et adresse à la chambre régionale des comptes un courrier qui ressemble à un cours de droit de première année, où il semble affirmer que le budget n’aurait pas été voté avant de lancer les travaux. Courrier auquel l’agglomération n’a pas jugé nécessaire de répondre.

Sur les réseaux sociaux, certains rappellent que « tout le monde a été informé des coûts, tout le monde a voté pour pendant quatre ans, et soudain, à l’approche des élections, certains politiciens cherchent à faire du bruit. L’opposition fabrique un faux scandale : il n’y a aucune explosion de coûts, puisque les travaux n’ont même pas commencé. On ne peut pas parler de dérive financière avant le premier coup de pioche ». Et de souligner qu’au contraire, une expertise technique rigoureuse pour connaître précisément l’état du bâtiment et anticiper les dépenses réelles a été menée.

Alors que Yann Galut vient tout juste d’annoncer sa candidature, comme le sujet est tout chaud, de là à ce qu’il réponde que le bâtiment se dégradait depuis 2008, et que le projet participe à la réparation des erreurs de ceux qui crient aujourd’hui au loup, il n’y a qu’un pas.

Un peu d’histoire ne fait pas de mal

L’ancienne Maison de la Culture de Bourges, inaugurée en 1964 par André Malraux, fut la première du genre en France. Le bâtiment, construit entre 1936 et 1938 par Marcel Pinon, illustre l’architecture Art Déco avec ses façades en briques et ses hautes baies. Il est orné d’une fresque néo-grecque de Popineau et de bas-reliefs de Thébault. Initialement salle des fêtes, il a accueilli théâtre, musique, expositions et festivals, dont le Printemps de Bourges. En 1994, ses façades ont été inscrites à l’Inventaire des Monuments Historiques. Ça, c’est pour le commentaire du prochain court métrage vantant les mérites du vieux bâtiment.

En 2005, la municipalité décide de rénover et d’agrandir l’édifice. Sauf qu’il est construit sur des thermes gallo-romains réputés exceptionnels. La DRAC prescrit des fouilles au budget astronomique qui bouleversent l’économie générale du projet. À tel point que la commune, dirigée par la droite à l’époque, décide de reconstruire la Maison de la Culture sur la Place Séraucourt. Elle abandonne le bâtiment partiellement détruit. Las, le projet de nouvelle Maison de la Culture excentrée provoque des protestations. Associations, collectifs citoyens et défenseurs du patrimoine dénoncent la transformation du site historique en friche, mais aussi l’abattage d’arbres classés et le renoncement à l’option de réhabilitation sur place. Finalement, la Maison de la Culture est fermée en 2008. Elle ne rouvrira qu’en 2021… dans de nouveaux locaux. Entre-temps, l’élection municipale de 2014 est rythmée par les reproches formulés contre la droite locale, qui a abandonné le site historique en partie détruit, ce qui n’empêche pas Pascal Blanc (UDI) de remporter les élections municipales. Ça, c’est pour la genèse de l’abandon.


Plus d’infos autrement :

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