La confusion organisée des municipales à Romorantin

À Romorantin-Lanthenay, l’élection municipale de 2026 s’annonce comme un cas d’école, ou plutôt comme une exception locale dont la ville a le secret. Ici, les lignes politiques se croisent, se contredisent, se brouillent, jusqu’à produire un tableau si confus qu’il en deviendrait presque cohérent. Presque. Au centre de ce ballet politique, un homme, toujours le même depuis bientôt quarante ans : Jeanny Lorgeoux, 75 ans.

L’infatigable « Lion de Sologne » Jeanny Lorgeoux vise un huitième mandat à la tête de Romorantin-Lanthenay. JLV


Par Fabrice Simoes.


Qui, pour le poste de maire de Romorantin, pourrait remplacer Jeanny Lorgeoux, sinon lui-même ? Certes le maire sortant n’a pas toujours gagné. Malheureux en 1977 puis en 1983, il avait fini par être élu en 1985, à la troisième tentative. Depuis, il n’a plus jamais lâché son fauteuil, démontrant une remarquable capacité à survivre à toutes les alternances nationales, à tous les bouleversements idéologiques et à toutes les recompositions partisanes. Une longévité qui force le respect, ou l’interrogation.

Au cœur de la Sologne, à première vue, l’offre électorale pourrait sembler équilibrée. Deux listes de gauche se font face, celle de Didier Guénin, ancien premier adjoint socialiste de Jeanny Lorgeoux, à la tête d’une coalition PS-PC, et celle de Romo Citoyenne, plus proche de La France insoumise. Elle est conduite par Yvon Chéry. Une liste dite « centre et droite » est portée par Louis de Redon. Et enfin, la liste du maire sortant, qui se revendique désormais macroniste, après avoir longtemps incarné la gauche locale. Ici, les étiquettes ne suffisent jamais à comprendre ce qui se joue réellement. Dans l’espace macroniste, les bouchons sont nombreux. Jeanny Lorgeoux, l’ancien socialiste, cultive depuis plusieurs années une rhétorique d’autorité, d’ordre et de verticalité du pouvoir, volontiers empruntée au vocabulaire de la droite, quand Louis de Redon, pourtant membre du MoDem, reste plus réservé sur le chef de l’État que ne l’est le maire sortant lui-même.

Alors qu’en Sologne, le RN est pourtant solidement implanté, tandis que Salbris a un maire ciottiste et que Roger Chudeau (RN) est député de la circonscription, l’absence remarquée de candidat d’extrême droite est un mystère. À Romo, pour le moment c’est nada. L’explication pourrait venir d’un « à Romorantin, il faut voter Lorgeoux » émis par l’actuel député… L’élu ne confirme pas. Officiellement, certains démentent, officieusement, beaucoup sourient.

À Blois, on soutient Lorgeoux. À Romorantin, on milite contre lui

Du côté de la droite classique, le malaise est palpable. Les militants LR locaux assurent sans détour que « Lorgeoux est bien plus à droite que nous » même si l’avis n’est pas forcément partagé par les colistiers du maire. Certains se pensent encore sincèrement de gauche. Confusion logique liée au parcours idéologique décidément plus en spirale que linéaire du maire sortant.

Alors que les militants LR de Romorantin figurent sur la liste de Louis de Redon, la fédération départementale LR du Loir-et-Cher a annoncé son soutien à Jeanny Lorgeoux, en décembre dernier. Soutien accordé à celui qui fut pendant des décennies l’adversaire le plus constant du gaullisme local, opposé successivement au RPR, à l’UMP puis à LR. Une situation finalement assez représentative de l’état de la droite départementale depuis plusieurs années. Mais aussi rassurante pour certains : il reste encore une fédération LR et des militants à Romorantin.

Un observateur averti de la vie politique loir-et-chérienne, qui préfère rester anonyme, avance une lecture plus stratégique. En l’absence de liste RN, Louis de Redon aurait estimé que Jeanny Lorgeoux continuait d’incarner, pour de nombreux Romorantinais, une forme de gauche historique. Il aurait donc choisi d’occuper l’espace laissé vacant en incarnant clairement la droite, allant jusqu’à baptiser sa liste « centre et droite ». Une initiative immédiatement perçue comme un danger par le maire sortant. Jeanny Lorgeoux aurait alors pesé de tout son poids pour obtenir le soutien officiel de la droite départementale. En 2020 déjà, il avait joué avec les lignes. Et comme, le siège de président du conseil départemental de Philippe Gouet s’est joué avec les voix des conseillers du Romorantinais…

Au bénéfice d’une confusion politique – une tête de liste LR locale assez proche – associée au contexte sanitaire favorable aux sortants, et un positionnement flou soigneusement entretenu, il avait sauvé son fauteuil. En 2026, la recette n’est pas infaillible mais peut encore fonctionner. De fait, à Romorantin, le mélange des genres n’est pas un accident, mais une méthode. Dans cet art très particulier, Jeanny Lorgeoux a toujours eu un coup d’avance. La question n’est donc pas tant de savoir s’il est de gauche, de droite ou du centre, mais s’il parviendra, une fois de plus, à transformer le désordre en victoire.


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Commentaires

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  1. Il fut avec Jean Christophe Mitterrand (surnommé Papamadit) l’un des acteurs de la Françafrique en version socialiste, et a ainsi pu acquérir, dans ces années-là, une bonne expérience des réseaux souterrains, de la diplomatie parallèle et des coups tordus ; ça a pu l’aider pour tenir le fief pendant 40 ans, parce que c’est bien d’un fief qu’il s’agit. Lui aussi ferait un intéressant personnage de roman.

  2. Il y a 10 ans, il disait déjà qu’il arrêtait.
    Question : comment fait-il pour se maintenir ? Pourquoi même le RN le soutient ?

  3. “Il y a quelque chose de pourri dans le royaume de…Sologne” manifestement. Entre viandards milliardaires et réseaux souterrains, ça grouille. L’essentiel est de se maintenir et de sentir quel est le bon parti et choisir : socialiste, macroniste, bolloriste. D’où vient le vent ?

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