Tours : les condamnations judiciaires qui rattrapent la numéro 2 du RN aux municipales

Il y a quelques jours, MagCentre publiait une enquête retraçant le parcours de Céline Ballesteros, ex-figure tourangelle de LR ayant rejoint en tant que numéro 2 la liste RN pour les prochaines municipales à Tours. Le lendemain, la Nouvelle République révélait que Mme Ballesteros a été récemment condamnée à deux reprises par le Tribunal pour le non-paiement des loyers de ses commerces. Et les justifications de la toute nouvelle candidate d’extrême droite dans la presse semblent bien fragiles.

Palais de justice de Tours – cl Benjamin Smith Wikimedia



Par Joséphine.


Une habituée des procédures

Aussi gênantes soient ces révélations, elles ne sont pas une grande première concernant Mme Ballesteros et son entreprise de vente de produits phytosanitaires et « bien-être » INVL. En effet, l’ancienne adjointe au commerce du maire de Tours avait déjà été condamnée en 2014 pour le non-paiement de factures à un cabinet comptable. Elle avait également été l’objet d’une procédure du même type, assignée devant le Tribunal de Commerce en 2021 par une entreprise de conseil censée aider à recruter et former les vendeuses à domicile des produits Célilor, une des marques de la société INVL. Condamnée en première instance à Tours en 2021, la Cour d’appel d’Orléans avait annulé la décision en 2024, renvoyant dos à dos les deux entreprises en litige. À l’époque, Mme Ballesteros commentait tout cela, philosophe : « La vie entrepreneuriale n’est pas un long fleuve tranquille, elle est semée d’embûches et d’expériences, faite de petites déceptions mais aussi de grands bonheurs ».

Mais en ce qui concerne les récentes procédures rendues publiques par la NR, Céline Ballesteros se fait plus offensive et justifie : ces retards de paiement de loyer, « c’est la conséquence de la politique escrologique de la Ville de Tours. Les commerces souffrent énormément (…) j’ai toujours payé mes loyers jusqu’en 2024. Avec la piste cyclable, nous avons perdu 60 % de chiffre d’affaires alors que tout allait bien ». Elle reprend et complète cet argumentaire sur Ici Touraine : tout cela c’est « à cause des boulevards pour vélo et de la suppression des places de stationnement, nous avons moins de passage, et donc moins de chiffre d’affaires ». Triste en effet mais… la réalité est-elle aussi simple ?

C’est la faute aux vélos

Une sympathique personne ayant ses entrées au Tribunal de commerce m’ayant envoyé il y a quelques jours les décisions de justice évoquées par la Nouvelle République, il est possible de confronter les dates précises et motivations des juges avec les explications de Céline Ballesteros. Et c’est éclairant.

On y apprend qu’en février 2022, INVL devait déjà presque 8.000 euros de loyers impayés et qu’en octobre 2023, il restait encore 4.000 euros d’arriérés. Un mois plus tard, attendant toujours des paiements, le bailleur décide d’entamer une procédure qui aboutira à une première condamnation d’INVL à Tours en mars 2024 puis à la confirmation du jugement par la Cour d’Appel d’Orléans en octobre 2025. À noter que l’on parle ici d’un premier local de Mme Ballesteros situé place Michelet, nulle question de piste cyclable, l’agréable place semi-piétonne avec un parking ayant été réaménagée depuis 2019, réaménagement d’ailleurs décidé du temps où Céline Ballesteros était déléguée au maire Christophe Bouchet.

La deuxième procédure concerne un autre local d’INVL, rue Marceau cette fois, local sous-loué à B&A, l’entreprise de vente de vêtements de la fille de Mme Ballesteros. Là, une piste cyclable a en effet été déployée en mai-juin 2024, supprimant quelques places de parking mais pas la circulation automobile, deux parkings continuant de desservir directement la rue, tous deux situés d’ailleurs à moins de 200 mètres du local. Du reste, la boutique de vêtements ayant ouvert tout début février 2024, comme un article de la Nouvelle République le montre, avant l’aménagement cyclable, l’argument du « cyclocide commercial » utilisé par Mme Ballesteros semble un peu baroque, d’autant plus que B&A possédait également des boutiques à Saint-Tropez et à Lyon pour éventuellement équilibrer le chiffre d’affaires de l’entreprise. Vérification faite, la boutique de Saint-Tropez donnait sur une rue tout à fait ouverte au trafic auto et la boutique de Lyon, inaugurée en 2024… était située dans une rue « piétonne et cyclable interdite aux véhicules » depuis 2020. Drôle de choix pour des allergiques au vélo.

Problèmes de dates

Par ailleurs, la décision du Tribunal de Tours est claire : INVL avait déjà, entre la date de signature du bail pour le local rue Marceau mi-octobre 2023 et le premier courrier d’huissier réclamant le paiement des loyers de mi-février 2024, accumulé 7 500 euros d’impayés. Au bout de 11 mois, lors du deuxième courrier de relance en septembre 2024, les impayés étaient de plus de 16 000 euros. Le loyer hors taxes et hors charges étant de 1 500 euros mensuels, on peut en déduire qu’INVL n’a jamais vraiment payé un seul loyer depuis la signature du bail, poussant d’ailleurs le bailleur à assigner en justice INVL au printemps 2025.

Céline Ballesteros explique sur ce point à Ici Touraine : « Je n’ai pas payé en attendant que le litige passe devant un tribunal. Nous avions un litige avec le bailleur à cause de travaux qui n’avaient pas été effectués. Nous nous étions mis d’accord au moment de la signature du bail, mais après neuf mois, les travaux n’avaient toujours pas été réalisés ». Sauf que dans la procédure, les juges parlent bien de ce litige mais notent qu’« après relances de [Mme Ballesteros], notamment par courrier du 23 avril 2024, il ressort que les travaux ont été réalisés, selon deux devis signés du 12 janvier 2024, ce qui n’est pas contesté par [Mme Ballesteros] ». Il apparaît donc clairement que cette dernière a continué de ne pas payer les loyers bien après l’engagement du bailleur à financer les travaux et même après leur réalisation à l’été 2024. Du reste, la seule procédure de règlement d’un litige entre les deux parties à ce jour est un référé de mars 2025, le bailleur demandant l’expulsion du locataire pour éviter un « risque d’accroissement des impayés ».

Épilogue

Le juge des référés ayant donné raison au bailleur par une décision d’avril 2025 avec obligation de quitter les lieux pour les occupants, B&A initie une procédure de mise en liquidation judiciaire. Celle-ci est prononcée par le Tribunal de commerce de Tours et trois salariés se retrouvent au chômage, la procédure précisant « que de l’aveu même du chef d’entreprise, aucun plan de redressement par continuation d’entreprise n’est envisageable, l’exploitation étant déficitaire ». La boutique ne sera définitivement restituée que fin juin 2025.

Selon les décomptes de proches du dossier et des journalistes de la NR et d’Ici Touraine, INVL devrait encore environ 50 000 euros aux bailleurs. Décidément, pas facile ce début de campagne.


À lire :

À Tours, le RN recycle des figures de l’ancienne majorité

 

Commentaires

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  1. Désolé “Joséphine” mais vous semblez ignorer que l’article premier du Code d ‘Honnêteté ( non applicable aux particuliers et professionnels) dont voici le texte : Toute personne reconnue responsable d’un délit est déclarée coupable et doit en assumer les conséquences est suivi d’une sorte de codicille s’appliquant aux élus
    Les élus ( y compris pour leurs activité professionnels ou dans leur vie privée) , s’ils peuvent être reconnus responsables de délits ne peuvent être jugés coupables de ces délits dès l’instant qu’ils peuvent justifier qu’ils n’étaient pas au courant que c’était interdit.
    Donc cette élue ignorait certainement qu’on doit payer son loyer , tout comme Lepen et son staff qui ignorait qu’on ne paye pas un garde du corps avec l’argent publique ou Dupont Moréti qui outrepassa ses droits ou encore Darmalin qui échangea l’accès à un logement contre des faveurs très personnelles et bien d’autres qui s’ils sont responsables ne sont pas coupables et doivent au contraire être félicités pour leur sens de la responsabilité assumée.

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