Le vote d’une subvention à l’association organisatrice de l’évènement « Jeanne, le spectacle » a soulevé les débats et provoqué la colère du maire d’Orléans Serge Grouard. L’opposition craignant une atteinte à la laïcité s’est vu refuser un report du vote. Les organisateurs se révèlent être ancrés dans les milieux catholiques intégristes et liés à l’extrême droite mais les financements restent opaques.
Par Sébastien Fourrier.
Le jeudi 11 décembre 2025, l’opposition municipale soulevait la question du financement par la mairie de l’évènement « Jeanne le spectacle » à Saint-Jean-de-Braye. La méfiance de l’opposition face à cet évènement a suscité la colère du maire d’Orléans qui a dénoncé « des querelles d’un autre temps » et une « police de la pensée politique ». Les élus du groupe RCGE ont demandé à reporter le vote de la subvention le temps d’obtenir plus d’éléments sur le projet et les autres financeurs du spectacle.
Sous la pression du maire
Mais bien que la subvention municipale représente une très faible partie du budget total du spectacle, Serge Grouard a fait planer le risque d’une annulation de l’évènement, prévu en juin 2026, si celle-ci n’était pas votée immédiatement. Lors d’interventions très théâtrales, Serge Grouard a insisté sur le fait que l’interdiction du financement des évènements en partie religieux remettrait en cause la participation de l’église aux cérémonies des fêtes de Jeanne d’Arc. Sur ce point on ne pourra pas vraiment lui donner tort, les fêtes de Jeanne d’Arc mêlant chaque année civil, religieux et militaire.
La majorité municipale a finalement imposé le vote de cette subvention sans attendre d’information supplémentaire sur le spectacle et ses autres financeurs. La subvention a été adoptée avec 10 voix contre et 41 voix pour.
Une logique d’inquisition ?
Alors le groupe d’opposition est-il dans une « logique d’inquisition » comme le prétend Serge Grouard, ou soulève-t-il des interrogations légitimes ? Nous nous sommes penchés sur le spectacle et ses organisateurs pour y voir plus clair.
Le président de l’association, Julien Dumont, est un abbé proche des Scouts d’Europe, sur sa page Facebook il ne cache pas ses sympathies pour Éric Zemmour ainsi que d’autres pages d’extrême droite, et partage une vidéo contre l’avortement et le mariage des couples de même sexe.

Comme relevé lors du conseil municipal, l’abbé a déclaré qu’il souhaitait évangéliser au travers de ses spectacles. Mais peut-être que les autres organisateurs partagent une vision différente de l’évènement ?
L’organisation du spectacle interrogée par Magcentre a nié – via une réponse par mail de l’abbé Julien Dumont – tout projet de prosélytisme religieux. L’organisateur ajoute que « la subvention de la Ville d’Orléans a été accordée sur la base d’un dossier artistique et culturel précis, pour un spectacle ouvert à tous les publics, sans condition, ni message confessionnel ». Des propos complètement contradictoires avec ceux que ce même abbé avait pu tenir sur le site de la Paroisse de Saint-Jean-de-Braye. Il y mentionnait alors « l’importance de la culture pour évangéliser, et de la puissance des arts et du spectacle vivant pour toucher les cœurs ».
« Je suis intimement convaincu du besoin que la France et le monde ont de se tourner vers Jeanne et de la prier. » Abbé Julien Dumont
Les partenaires du spectacle sur le site de l’évènement ne plaident pas non plus pour un évènement neutre du point de vue religieux et politique. On y retrouve en effet deux entreprises gérées par des fidèles de la communauté intégriste de l’Institut du Christ Roi Souverain Prêtre (ICRSP), très impliqués dans cette communauté et dans la gestion de l’Institution Sainte-Anne, une école catholique hors-contrat. L’ICRSP est suspectée au niveau national de dérives sectaires, mais aussi au niveau local d’accueillir de nombreux profils d’extrême droite.
Le metteur en scène du spectacle, Jean-Baptiste Darantière, est lui aussi lié à la SCI Recouvrance qui gère le foncier de l’Institution Sainte-Anne (l’école de l’ICRSP). Selon le journal Le Monde, son père est également président de Notre-Dame de Chrétienté, l’association qui organise le très intégriste pèlerinage de Chartres. Jean-Baptiste Darantière est également lié au metteur en scène Bruno Seillier via son entreprise, Bruno Seillier Réalisation. Les deux hommes ont travaillé ensemble sur le très réactionnaire show « Raconte-moi la France » qui promettait de « résumer 3 000 ans d’histoire de France en 3h ». Contesté par les historiens, le spectacle a fait un flop avec deux représentations, malgré l’injection de 500.000 € d’argent public par la région Auvergne-Rhône-Alpes dirigée à l’époque par la droite extrême de Laurent Wauquiez.
Des spectacles réactionnaires
Le média Basta! a enquêté sur des spectacles réactionnaires qui véhiculent « un récit simplifié de l’histoire de France et colportent un message identitaire ». Cette galaxie de spectacles réactionnaires est également bien souvent financée par Pierre-Édouard Stérin, milliardaire d’extrême droite qui met sa fortune au service de la sphère catholique intégriste. On ne connaît pas encore le contenu de « Jeanne, le spectacle » mais l’organisation est largement composée des mêmes personnes que celles de certains de ces spectacles dénoncés par Basta!.
Quid des financements ?
La liste des financeurs du spectacle sur Jeanne réclamée par l’opposition municipale à Orléans reste inconnue malgré les éclaircissements promis par l’équipe municipale. William Chancerelle, adjoint à la culture, nous a indiqué ne pas souhaiter s’exprimer, n’ayant pas assez d’éléments. Contacté, Baptiste Chapuis du groupe d’opposition RCGE indique n’avoir reçu aucun élément supplémentaire ou précision suite à l’interpellation de son groupe à ce sujet en conseil municipal.
L’abbé Julien Dumont dans son mail de réponse nous a, quant à lui, indiqué qu’ « aucune personnalité publique clivante, politiquement engagée ou identifiée pour ses prises de position idéologiques, n’a participé, directement ou indirectement, au financement du spectacle ». L‘organisateur ajoute également que : « Les financements privés proviennent exclusivement : de particuliers agissant à titre strictement individuel, d’entreprises locales dans une logique de mécénat culturel, et de contributeurs sollicités dans le cadre d’un emprunt obligataire, encadré juridiquement et assorti de clauses de confidentialité. »
La presse, les élus·e et les Orléanais·es ne pourront donc pas vérifier en toute transparence qui exactement finance cet évènement auquel la mairie apporte sa contribution. L’abbé nous a donné une étrange justification à cette opacité en indiquant que « ces clauses ne visent pas à créer de l’opacité, mais à protéger le projet artistique de toute lecture politique ou militante, quelle qu’elle soit ». Ce flou artistique n’est en tout cas pas des plus rassurants, et les profils des organisateurs confirment les craintes du groupe d’opposition.
Après la tenue du spectacle Historock dans une salle municipale devant des élèves orléanais, le refus de se retirer du label « Plus belles fêtes de France » lié à Pierre-Édouard Stérin, le financement de l’association Familya liée au milieu catholique intégriste, cette subvention est un nouveau signe du rapprochement de la mairie avec les milieux catholiques d’extrême droite.
Plus d’infos autrement :
Orléans : Dr Catho et Mr Facho