Pour inciter de jeunes sportifs à s’engager davantage dans des responsabilités bénévoles au sein de leur club, le comité régional olympique et sportif (CROS) a fait témoigner le 19 janvier dernier trois jeunes ayant participé au programme « Dirigeants de demain » du CNOSF. Objectif : faciliter le passage de témoin entre générations, garant de la pérennité du sport associatif.
De gauche à droite : Léo Héry, Masomah Ali Zada, Véronique Bury et Arthur Morche. Le CROS a offert un portrait à ces trois jeunes ayant participé au programme national Jeunes dirigeants en guise de remerciement pour leur engagement.
Par Pierre Dussin.
« Nos clubs sont confrontés au défi de trouver de nouveaux dirigeants », déclare Véronique Bury, co-présidente du CROS, entourée de nombreux représentants de ligues et de comités régionaux sportifs. « Car nos responsables actuels ne sont pas jeunes et il faut bien l’avouer, ce sont très majoritairement des hommes ». En Centre-Val de Loire, on estime à 100 000 le nombre de bénévoles actifs dans les clubs sportifs (1). C’est considérable et ils sont les poumons du sport associatif français. Pourtant, il n’est pas toujours facile pour des jeunes qui doivent souvent jongler entre études, travail et vie personnelle d’oser prendre des responsabilités au sein du bureau de leur club, voire au niveau départemental ou régional. Or, il est possible pour un licencié, souvent dès l’âge de 15 ans, de suivre une formation pour devenir arbitre. Sur la région, 90% des ligues ou comités régionaux sportifs en proposent. Cela permet de découvrir tôt les coulisses de l’organisation d’une compétition, et pourquoi pas être le déclencheur d’engagements ultérieurs.
Un bureau des jeunes à la Ligue de tennis

Léo Héry, responsable à la Ligue régionale de tennis de la commission bénévolat et de la commission Paratennis et Tennis adapté.
Cela a été le cas pour Léo Héry, impliqué depuis l’âge de 17 ans au bureau du club de tennis de Sandillon. Devenu arbitre à 13 ans, il a pu officier ensuite lors de championnats de France ou de compétitions internationales comme l’Open d’Orléans. « Lors de la crise du Covid, en tant que responsable sécurité, j’ai mis en place des protocoles qui ont permis une reprise rapide des entraînements », précise celui qui a aussi créé un label bénévolat et un bureau des jeunes à la Ligue régionale de tennis. « Les présidents de clubs m’ont dit que les jeunes leur avaient parlé dans ce cadre des bonnes pratiques de gestion des réseaux sociaux et cela a pu les redynamiser ». Il est très satisfait d’avoir pu suivre sur 8 mois le programme de formation Dirigeants de demain (voir encadré ci-dessous) lancé en 2023 par le Comité national olympique et sportif (CNOSF). « C’est un programme complet de 70 heures. Cela m’a permis notamment d’échanger avec d’autres disciplines pouvant avoir des problématiques communes comme le badminton », souligne-t-il.
Jeune manager et nouveau président de club
Arthur Morche, nouveau président du club de volley-ball de Montlouis.
Arthur Morche s’est lui aussi formé à l’arbitrage dès l’âge de 16 ans dans son club de volley-ball de Montlouis. Après avoir passé 10 ans en Chine pour sa carrière professionnelle, il est revenu en France il y a trois ans et en août dernier, a pris à 32 ans la présidence de ce club de 220 licenciés. « Nous avons créé une commission bénévolat au club et son responsable est très actif. Il met à jour régulièrement le planning et chaque tâche est bien définie : la buvette, la comptabilité… Certains membres nous ont dit : “vous n’allez pas donner des fiches de poste, nous ne sommes pas en entreprise”. Pourtant si l’on veut que cela fonctionne, il faut un cadre, les gens ont besoin de savoir précisément ce qu’ils ont à faire ». Une commission communication a aussi été instaurée. Composée de deux filles et deux garçons entre 19 et 23 ans, elle a en un an multiplié par six le nombre de pages vues sur le site internet du club.
Mieux reconnaître les compétences acquises
Selon une étude récente initiée par le CNOSF (2), près de 70% des bénévoles interrogés expriment un besoin de formation et de montée en compétences dans le cadre de leur engagement. Problème : la même proportion déplore ne pas avoir connaissance des contenus qui leur sont accessibles. Pour pallier ce manque de visibilité, le CNOSF va ouvrir d’ici fin 2026 un portail digital qui centralisera toutes les offres de formation et services offerts aux bénévoles. « En Centre-Val de Loire, nous proposons déjà une quarantaine de modules », indique Marie-Anne Tourault, responsable formation au CROS. « Nous prévoyons de les intégrer en partie au sein du Certif’Asso (3), le nouveau certificat de formation à la gestion associative reconnu par l’État ».
Certaines ligues ont pour leur part déjà mis en place des micro-certifications ou « open badges » comme ceux décernés aux volontaires des Jeux de Paris 2024. Enfin, le CNOSF compte promouvoir davantage l’outil Brillo de la plateforme Diagoriente mise en place par les pouvoirs publics. Il permet aux bénévoles d’identifier les compétences acquises en renseignant les activités concrètes exercées dans leur club. Celles-ci peuvent être validées par des responsables de fédérations sportives ou de ligue habilités, ce qui permet au bénévole de s’en prévaloir ensuite sur un CV ou dans son parcours professionnel.
Lancement d’un conseil régional des jeunes
Le CROS a lancé officiellement le 19 janvier un appel à candidatures ouvert jusqu’au 22 février aux licenciés de 18 à 25 ans pour devenir membres d’un tout nouveau conseil des jeunes sportifs et sportives de la région. « Nous visons un conseil de 12 membres, 2 par département, et respectant si possible la parité et la diversité des disciplines », déclare Véronique Bury. Ce conseil se veut un espace de réflexion et de concertation au sein duquel les jeunes pourront proposer des projets. Trois temps de rencontres sont prévus en 2026 pour que les jeunes apprennent à se connaître et puissent élaborer un kit de préconisations à destination des clubs. Objectif du kit : expliquer aux dirigeants comment motiver les jeunes et leur laisser une place au sein de leur gouvernance.
(1) Chiffre estimé à partir de l’enquête nationale ENEAD sur l’engagement associatif et les dons
(2) Étude menée par le Centre de droit et d’économie du sport (CDES) à la demande du CNOSF
(3) Certif’Asso : formation composée d’une partie théorique de 30 heures (incluant 20 heures de tronc commun obligatoire et 10 heures de modules en libre choix) et d’un stage pratique de 15 heures au sein d’une association.
« Dirigeants de demain », un programme d’engagement bénévole des 16-35 ans
Initié par le CNOSF en 2023, la première promotion de ce programme national était composée de 31 jeunes, bénévoles, arbitres ou sportifs de haut niveau issus de 19 fédérations différentes. Ils ont été accompagnés durant 8 mois via un dispositif pédagogique complet de 70 heures de formation jalonnée par la mise à disposition de différents témoignages et ressources exclusives (conférences en présentiel ou en webinaire, podcasts, vidéos, fiches thématiques…) ainsi que par l’intervention d’une cinquantaine de dirigeants ou experts du Mouvement sportif.
En septembre dernier, démarrait la 3ème promotion du programme. Quatre jeunes sportifs de la région ont pu déjà bénéficié de ce dispositif et leur parcours a été mis en exergue par le CROS dans un livret de 8 pages intitulé : Dirigeants de demain : portraits de bénévoles.