La culture revient toujours dans le viseur des censeurs zélés quand la peur sert de programme. Car derrière les procès idéologiques, toujours la même obsession : discipliner l’art pour mieux contrôler la création culturelle.
Le Printemps de Bourges, un festival de bourgeois, vraiment ? Crédit : Jeanne Beaudoin.
Par Fabrice Simoes.
Devant le grand écran de la salle Pina Bausch, au cœur de la maison de la culture de Bourges, Boris Vedel, le patron du Printemps de Bourges, en termine de la présentation complète de la 50e édition du festival. Et puis, avant d’aller assurer le service après-vente auprès des élus locaux présents, une dernière petite phrase, pour enfoncer le clou d’une colère rentrée. « Non, le Printemps de Bourges n’est pas un festival réservé aux classes aisées comme l’affirment certains… ». C’est que dans le Berry comme ailleurs, au moment des campagnes électorales, la culture, les festivals en particulier, permettent de rendre visibles nombre de perceptions fantasmées.
L’aspect financier comme filtre des catégories de spectateurs, le choix des vecteurs de perception, comme le ciblage des âges pour endoctriner, sont les critères que les assoupis du bulbe mettent en avant pour réviser le nouvel ordre moral de demain. Et on ne parle pas de la bien-pensance… Une vision binaire où l’ordre est opposé à l’anarchie, où l’esprit de la fête du 14 juillet et les défilés, c’est avec les fanfares militaires et pas avec des associations de quartiers et des tambours africains. Là, les thés dansants deviennent autrement plus fréquentables que ces ramassis de bobos, de loqueteux, de drogués, forcément de gauche, qui se rassemblent dans des raves même pas déclarées.
Simples et fiers
Ce retour à une société bien comme il faut – les bourgeois c’est comme les cochons, plus ça devient vieux plus ça devient c* – bien propre sur elle, n’est pas d’aujourd’hui mais demeure prégnant et intrusif. Qu’un Matthias Renault, élu de la Somme, dépose un amendement au projet de loi de finances concernant les subventions aux festivals « idéologiques et militants » et cible les Trans Musicales de Rennes en est un exemple… Que le nom du festival provienne d’un album de free-jazz sur le label Trans Museq en 1978, ça lui en touche une sans bouger l’autre comme aurait dit Jacques Chirac. Il est pourtant facile d’expliquer que les Trans Musicales n’ont absolument rien à voir avec des sujets qui toucheraient aux questions LGBT+. Comme il est aisé d’assurer que le Printemps de Bourges n’est pas une révolution de début de saison réservée à une classe sociale spécifique.
Une autre histoire…
La preuve que sortir son esprit de l’histoire revisitée du Puy du Fou, de Sainte « Jeanne revient » et autres Clovis parrain de la fille aînée de l’Église, n’est pas chose facile. Différencier culture et tradition – la crèche de Noël est, par essence, une tradition liturgique – est souvent compliqué. Connaître les acteurs culturels de la société demande aussi des efforts. Aussi, quand la lobotomisation efface toute crédibilité, voilà autant de raisons pour passer sa route, tracer son chemin. Cela va au-delà des codes promos nationaux répétés à l’envi tant en région qu’en local, et de la sempiternelle insécurité puisque « La France a peur » façon Roger Gicquel est un credo. Dans ce contexte, point de salut et la culture ne fait pas partie de ces champs idéologiques privilégiés par ces incontinents du savoir. Dans le glossaire des amis du député RN des Hauts-de-France, il existe ainsi plusieurs cultures puisque, interpellé sur le sujet, le potentiel ministre en la matière, Sébastien Chenu, a répondu : « ça dépend laquelle ». D’ailleurs, la plupart de leurs interventions sur le sujet sont généralement associées à une méconnaissance du/des sujets, liée à une idéologie puante.
Certes, la culture c’est un peu comme la confiture que l’on étale beaucoup plus quand on en a moins, mais de là à passer pour un blaireau, il existe probablement un delta. Ce n’est pas parce que Winston Churchill n’a jamais répondu, au sujet d’une coupe dans le budget des arts pour l’effort de guerre – « Alors pourquoi nous battons-nous ? » – qu’il faut passer à côté. Cependant, penser que Nicolas Sarkozy, nominé pour le « prix Jean Valjean 2026 », serait le nouveau Victor Hugo, il ne faut pas exagérer.
Finalement il serait peut-être judicieux de rappeler que, pour entrer en politique, on n’est pas obligé d’être cultivé, mais il n’est pas indispensable d’être stupide non plus.
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