À l’occasion de la 3ᵉ Rencontre régionale du numérique, qui s’est tenue ce mercredi 21 janvier à l’Hôtel de Région d’Orléans, la Région Centre-Val de Loire a réaffirmé son ambition : faire du numérique un levier de progrès humain, social et démocratique. À travers des échanges nourris entre acteurs de l’innovation, une conviction s’impose : la technologie n’a de sens que si elle est pensée avec et pour les usages, écologiquement responsable et accessible à toutes et tous.

L’hémicycle était bien rempli pour l’ouverture de cette journée dédiée aux acteurs du numérique. Crédit : région Centre-Val de Loire.
Par Charlotte Guillois.
Depuis 2019, les Human Tech Days ont contribué à façonner en Centre-Val de Loire un « territoire de confiance numérique », aussi bien pour les acteurs économiques que pour les habitants. En ouverture de cette 3ᵉ rencontre régionale du numérique, Guillaume Crépin, conseiller délégué au numérique de la Région, a rappelé que cette dynamique se poursuit désormais sous la bannière Humain & Tech.
L’événement s’inscrit sous un double signe : innovation et solidarité. « Le numérique n’est pas seulement un outil, c’est un levier de progrès social et humain », a-t-il souligné, esquissant un avenir « optimiste et responsable » pour un territoire qui se prépare à une année 2026 particulièrement dense en projets technologiques. Au cœur des préoccupations : la maîtrise des données, l’essor de l’intelligence artificielle et leur impact sur nos vies quotidiennes.
Quand l’innovation se construit avec l’humain
Lors de la table ronde animée par Noémie Wartelle, Soraya Jaber et Jean-Baptiste Manenti ont rappelé que l’innovation ne peut être dissociée de l’humain. « Innovation et humain, l’un ne va pas sans l’autre », affirme Soraya Jaber, pour qui l’IA ou les nouvelles technologies ne sont jamais des ruptures soudaines, mais des processus longs, faits d’essais, d’erreurs et de réappropriations progressives.
Si l’IA générative semble aujourd’hui omniprésente, elle repose sur des briques logicielles développées depuis des décennies. Ce qui change, selon elle, c’est la manière d’interagir avec ces technologies, désormais arrivées à maturité. Mais encore faut-il qu’elles rencontrent de vrais besoins : « Il ne s’agit pas de créer de la tech pour la tech. »
Cette philosophie guide le travail de Soraya Jaber au sein d’Opuscope, entreprise qui, dès ses débuts, a cherché à articuler nouvelles technologies et culture. L’objectif initial : rendre le patrimoine culturel accessible à celles et ceux qui ne peuvent s’y rendre, pour des raisons de mobilité ou de moyens financiers.
Numérisation des espaces muséaux, réalité augmentée pour enrichir l’expérience sur site, réalité virtuelle pensée avec des scénographes et des professionnels de la culture : « Tout part des usages pertinents pour l’utilisateur », explique-t-elle. Une démarche de co-construction, loin de toute logique d’imposition technologique.

Dans l’ordre : Jean-Baptiste Manenti, Soraya Jaber et Noémie Wartelle. Table ronde autour du thème : « Technologie, innovation et solidarité : demain se joue dans les territoires ». Crédit : CG.
Le numérique comme enjeu politique
Qui décide aujourd’hui de ce que fait la technologie à nos vies ? Pour Jean-Baptiste Manenti, la réponse est claire : « Le numérique est un objet politique. » Dépendance aux grandes plateformes, fermetures de comptes arbitraires et modèles économiques guidés par le profit sont autant de signes d’une perte de contrôle collective.
Les débats autour de l’IA en témoignent. Certaines collectivités refusent tout contact direct entre un citoyen et une intelligence artificielle, d’autres déploient des chatbots dans leurs services. « Dans les deux cas, quelque chose d’essentiel se joue : on politise la question », affirme-t-il. Reprendre la main commence par accepter le débat.
La table ronde a également mis en lumière des enjeux majeurs : cybersécurité, protection des données, souveraineté numérique. Face à l’augmentation des attaques cyber, la maîtrise technologique devient une condition de l’autonomie collective.
Soraya Jaber insiste aussi sur la féminisation des métiers du numérique. Si les femmes représentent aujourd’hui 28 % des professionnels du secteur, elles sont moins de 20 % dans l’IA. Or, le manque de diversité produit des technologies biaisées, peu représentatives de l’humanité. « Des équipes avec plus de diversité sont aussi plus performantes », rappelle-t-elle, chiffres à l’appui.
Une jeunesse lucide et un optimisme prudent
En conclusion, les intervenants ont partagé une note d’espoir. Jean-Baptiste Manenti se dit marqué par ses échanges avec des adolescents et des jeunes, loin de l’image de « générations perdues » souvent véhiculée. « Ils ont un esprit critique très fort et une vraie conscience des dangers des réseaux sociaux », observe-t-il.
Soraya Jaber, elle, appelle à rester humble, curieux et en dialogue permanent : « La technologie ne remplacera jamais l’humain. On en aura toujours besoin. » Entre vigilance et optimisme, Humain & Tech trace ainsi une voie : celle d’un numérique choisi, débattu et responsable.
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