À Tours, « l’union de la gauche » lance la bataille présidentielle de 2027

Ce samedi 24 janvier à l’Espace Jacques Villeret de Tours, les grandes figures nationales de la gauche et des écologistes sont venues soutenir la candidature d’Emmanuel Denis pour un second mandat. Organisée par Charles Fournier, député écologiste d’Indre-et-Loire, cette réunion de famille – en présence de François Ruffin, Marine Tondelier, Clémentine Autain et même le leader du PS Olivier Faure – était surtout l’occasion d’annoncer qu’une primaire aura lieu en vue de la présidentielle de 2027.

Les ténors de la gauche étaient à Tours ce samedi 24 février. Photo AB


Par Asmaa Bouamama.


Les murs ont vibré au rythme de la gauche en cette soirée spéciale. Les journalistes des grands médias nationaux se sont bousculés pour assister à cette annonce et recueillir la moindre parole des principales voix de gauche du pays, juste avant d’assister au premier grand rendez-vous de campagne d’Emmanuel Denis, en course pour les municipales à Tours. C’était résolument « une gauche unie qui veut battre la droite à la présidentielle », comme l’a dit Olivier Faure. Malgré ces appels répétés à l’unité tout au long de la soirée, les ténors de la gauche n’ont pu faire oublier les divergences persistantes, alors que plusieurs formations – La France insoumise (LFI), le Parti communiste français (PCF) et Place publique – demeurent à distance de la démarche engagée. Chacun a alors pris la parole et verbalisé à sa manière l’enthousiasme de ce rassemblement, tandis que Clémentine Autain annonçait la date de la primaire prévue le 11 octobre prochain. « Nous n’avons pas le droit de ne pas offrir une perspective aux classes populaires face au monde qui vacille, ajoute-t-elle, nos adversaires sont d’une extrême dangerosité ». Elle adresse également l’espoir d’entendre dans les médias une vraie transformation sociale et écologiste de la France, et que cette union retrouve un vent d’optimisme et de volonté face à ce qu’elle appelle « la mélancolie de gauche ».

Pour François Ruffin, fidèle au franc-parler qu’on lui connaît, « il faut qu’on soit le camp qui refuse de baisser son froc face à Bardella ». Il ne manquera pas de raconter une anecdote qui lui est arrivée un peu plus tôt dans la journée, un homme l’interpellant pour murmurer une demande au député, mais surtout à la gauche toute entière : « entendez-vous entre vous ». Un appel sur lequel Olivier Faure a rebondi en relayant la même question à chacun de ses alliés : « Est-ce que vous seriez prêt à vous effacer derrière un candidat si je vous le demandais ? »

La menace de la politique étrangère

Jamais peut-être la géopolitique ne s’était autant invitée dans des élections internes à un pays ou même à un parti. L’annonce de cette primaire et les discours des élus ont été truffés de mentions à la politique étrangère de plus en plus menaçante. « On ne peut pas faire face à Trump et Poutine sans brandir les valeurs de la démocratie », insiste Olivier Faure. Pour Marine Tondelier, « si la France bascule dans l’extrême droite, c’est l’Europe et le monde qui bascule ». Un ton grave, souvent alarmiste, brodant un lexique de la menace déjà infiltrée dans nombre de démocraties. « On est entouré de fascistes, en Italie, en Espagne… alors ne choisissons pas les ténèbres. Je vis avec un compte à rebours sur la tête, on a 444 jours pour gagner l’élection présidentielle, nous devons être ceux qui rallument la lumière sous le tunnel », porte François Ruffin.
 

Le danger de l’extrême droite, une ligne qui a occupé une grande partie des discours. Pour les élus, cette union est surtout l’illustration d’une urgence à se rassembler pour faire barrage au Rassemblement national, même s’ils ne nient pas leurs désaccords et leurs différences d’accents. Ils admettent même une impossibilité d’obtenir un consensus sur tous les sujets. Un constat qui les pousse à insister sur la nécessité de trouver ce qui rassemble plutôt que ce qui crée des scissions. Certaines modalités de la primaire à venir restent à définir comme le système de vote, mais les élus ont confirmé que les candidats devront réunir 500 parrainages de maires pour se présenter, et la perspective d’un seul tour, dont le scrutin se fera en physique et en plateforme numérique.

Emmanuel Denis, soutenu par le Front populaire 2027

Alors que les élections municipales, qui se dérouleront les 15 et 22 mars, ne sont plus qu’à quelques semaines, Emmanuel Denis a tenu son meeting après l’annonce de cette primaire à gauche, dans une salle de 250 places qui affichait complet. C’est avec un appui chaleureux et amical que les élus sont montés sur l’estrade pour dresser un éloge et des encouragements au maire sortant. Marine Tondelier dit même l’avoir suivi toute la journée du samedi, et être témoin de retours exclusivement dithyrambiques des Tourangeaux et Tourangelles. « J’ai entendu le maire se présenter aux habitants et je n’ai vu que des habitants affirmer que tout allait bien, j’ai vu des enfants dire qu’ils étaient très contents de leur cour de récréation végétalisée, dire que la cantine était bonne et que l’air dans la ville est meilleur ». Tout le gratin de la gauche y est allé de son commentaire en direction d’Emmanuel Denis, sans jamais craindre l’excès, à l’heure où le maire sortant achève son mandat.

Un extrait du programme pour son deuxième mandat

Alors qu’un nouveau sondage le désigne comme vainqueur probable de cette élection face à son principal adversaire de droite et du centre Christophe Bouchet (suivi du candidat RN Aleksandar Nikolic en troisième position), Emmanuel Denis balaye quelques grandes mesures pas encore clairement définies, avant de dévoiler un programme plus détaillé d’ici février. Après s’être livré à une humiliation – de bonne guerre – de son rival, qui souhaite « mettre un frein » au projet du nouveau tramway devenu emblématique à Tours, « et faire perdre tout l’argent et les années investis », il se moque aussi de l’ambition culturelle de son adversaire qui consisterait à organiser des concours de guinguette, et d’en juger des plus beaux napperons. « Est-ce que le monde culturel est satisfait ? » interroge-t-il, en ajoutant ironiquement que le plus beau projet de son adversaire est de reconstruire une prison. Avant de répondre en citant Victor Hugo : « Construisez des écoles, vous fermerez des prisons ».
 

Le maire sortant de Tours, Emmanuel Denis, a définitivement lancé sa campagne. Photo AB

 
Puis il en vient à son projet en développant son idée de faire de Tours « une ville à hauteur d’enfantsargumentaire déjà usité par un autre candidat dans la régionune ville inclusive pour tous, avec une dizaine de projets de végétalisation, avec plus de plans piéton et de réseaux cyclables, et bien sûr le tramway » (la deuxième ligne de tram reliera les communes de Chambray-lès-Tours et La Riche, en passant par Joué-lès-Tours, mise en service prévue en 2028).

Sur les trois grands sujets « qui comptent » – la santé, le logement et l’emploi – Emmanuel Denis n’en développera qu’un. « À Tours, il y a des quartiers sans médecins généralistes, déplore le maire sortant. Nous avons prévu l’ouverture de nouveaux centres de santé au Sanitas, à Tours nord et Tours sud ». Il évoque aussi la création d’une mutuelle communale qui viserait à amoindrir les coûts des soins. Et toujours, le maire écologiste fait preuve d’originalité en misant sur la prévention et en redessinant certaines zones de la ville pour les rendre accessibles aux activités sportives. Pour les autres grands thèmes, il faudra attendre février pour en savoir plus sur les desseins du maire écologiste.


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Commentaires

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  1. “Entourés de fascistes en Italie, en Espagne” si Mr Ruffin estime que le gouvernement espagnol actuel est comparable à l’italien à quoi faut-il s’attendre en cas d’élection d’un membre de cet aréopage ?.

  2. le cyclopathe risque d’être réélu malgré son impopularité parce que la droite se fait siphonner 15 points par le RN tout simplement même problème qu’ au plan national avec une assemblée complètement à droite et qui vote un budget marqué à gauche. arrêter de fanfaronner !

  3. Cher monsieur Tarche , c’est évidemment au parti franquiste Vox , déjà en co direction dans certaines régions d’Espagne qu’il est fait allusion et non pas à la coalition de gauche actuellement au pouvoir , mais dans des conditions politiques très précaires …

  4. Bien sûr cher Santesban toutefois le gouvernement espagnol socialcapitaliste ( dit “de gauche”) vient de décider la régularisation de 500.000 êtres humains ayant migré en Espagne et vivant dans la plus grande précarité car ils n’ont pas de papiers leur permettant de se nourrir, se loger et travailler sans craindre d’être expulsés, C’est assez éloigné d’un comportement raciste coutumier des fascistes qui par exemple en Italie veulent bien importer des étrangers mais que ceux qu’ils choisissent.

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