Alors que l’ombre du totalitarisme se projette sur nos sociétés, une exposition au Centre de la Résistance, de la Déportation et de la Mémoire (CRDM) de Blois met en lumière l’extraordinaire parcours d’écrivain-résistant de Jorge Semprún.
L’exposition rend hommage au résistant Jorge Semprún, humaniste aux multiples facettes.
Par Jean-Luc Vezon.
« Avec l’exposition « Jorge Semprún écrire et combattre – La peste réveille encore ses rats », nous rendons un hommage mérité à l’écrivain franco-espagnol dont le nom reste attaché à notre ville puisqu’une salle de spectacle porte son nom. À l’occasion des 90 ans de la victoire du Front Populaire en Espagne, cet événement nous rappelle l’importance de dénoncer l’horreur de la guerre, du nazisme et du fascisme » a déclaré avec émotion Christelle Leclerc, adjointe au maire à l’intégration républicaine, l’égalité, les droits des femmes et la mémoire lors du vernissage le 27 janvier dernier.
Tout aussi ému, le maire de Blois Marc Gricourt, soulignant « la force des écrits » de Semprún, a confié combien il a aimé lire ses œuvres. Des ouvrages souvent autobiographiques, témoignages de sa terrible expérience dans les locaux de la Gestapo à Paris, puis dans le camp de Buchenwald et sa difficile réadaptation (1), après une tentative de suicide.
Un lien avec Blois
Passionné par l’Espagne et son histoire, l’édile évoquera aussi son passage comme ministre de la Culture du gouvernement socialiste de Felipe González entre 1988 et 1991, contribuant à « l’émancipation démocratique de l’Espagne ». Se souvenant de l’inauguration de l’espace Jorge Semprún en 2011, au cœur des quartiers Nord de la ville, en présence de Bernard Pivot, il évoquera « un beau message à la jeunesse et une fierté pour tous les Blésois ». On se rappellera aussi que « l’écrivain rouge clandestin d’Espagne » a présidé la seconde édition des Rendez-vous de l’histoire en 1999.
Réalisée par l’association montalbanaise Confluences à partir d’éléments biographiques et d’extraits de ses œuvres littéraires, l’exposition permet de découvrir le parcours romanesque de l’homme politique d’abord communiste et de l’écrivain et scénariste de talent. Inspirée par Albert Camus, elle permet d’espérer en un monde de paix et de justice car « résister, c’est aussi rêver », dira Christelle Leclerc.
Christelle Leclerc, adjointe au maire de Blois chargée de l’intégration républicaine et de la mémoire, présente l’un des panneaux de l’exposition. Crédit photo Jean-Luc Vezon.
Jorge Semprún est né en 1923 dans une famille républicaine aisée qui s’établit en France en 1939. Jeune résistant communiste, il intègre le réseau FTP Jean-Marie Action au sein de l’organisation Buckmaster (SOE). Arrêté à Auxerre en septembre 1943, il vivra pendant 22 mois l’enfer de Buchenwald, camp situé près de Weimar, ville jumelle de Blois.
« Ne pas avoir la mémoire courte »
Libéré, il est membre actif du Parti communiste espagnol, permanent dès 1952, affecté au travail clandestin en Espagne coordonnant la résistance au régime de Franco sous différents pseudonymes, notamment celui de Federico Sánchez qui donnera son nom à l’un de ses romans. Exclu du parti en 1964, Semprún collaborera par la suite avec des cinéastes comme Costa-Gavras, pour lequel il écrira les scénarios de deux de ses films les plus célèbres : Z et L’Aveu.
« Ce spectacle participe au travail de mémoire. Jorge Semprún était une conscience qui doit nous alerter sur la dérive de nos sociétés. Il ne faut jamais avoir la mémoire courte », dira de son côté Caroline Cholet, directrice du CRDM. Ouvert en septembre 2019, le centre témoigne avec force, par de nombreux documents et objets, de l’action de la résistance en Loir-et-Cher et transmet aux jeunes générations l’indispensable mémoire de ces combattants de la liberté. Situé près du château, il accueille près de 5 000 visiteurs chaque année.
(1) Le Grand Voyage, L’Évanouissement, Quel beau dimanche, Le mort qu’il faut, L’Écriture ou la Vie et Vingt ans et un jour.
Deux autres temps forts
Visible jusqu’au 1er mars, l’exposition est accompagnée de deux autres événements. Le 29 janvier, une lecture théâtralisée et musicale par la compagnie BAM a raconté Le Grand Voyage de Semprún. Adaptée de son roman autobiographique, elle a témoigné de l’horreur, de la solidarité et de son engagement pour la liberté.
Mardi 10 février, en partenariat avec les Rendez-vous de l’histoire, le documentaire de Patrick Rotman – « La plume au poing » (52 min, Cinétévé) – sera projeté à l’auditorium Samuel-Paty de la bibliothèque Abbé-Grégoire, en présence de Stéphane Michonneau, professeur d’histoire contemporaine à l’université de Paris-Est Créteil, spécialiste des mémoires espagnoles, auteur de « Franco, le temps et la légende » (2025, Flammarion).
Plus d’infos autrement :
La France en point d’interrogation aux Rendez-vous de l’histoire