Remarquables interprétations. Bourse Yvonne Lefébure du Concours international de piano d’Orléans 1996 et Prix Clara Haskil 1997, la pianiste tourangelle Delphine Bardin a ouvert, dimanche 1er février à la salle de l’Institut, la saison 2026 des Matinées du piano. Avec une limpidité confondante de virtuosité, cette artiste a donné un impressionnant récital avec des œuvres de Chabrier, Déodat de Séverac, Edith Lejet et Maurice Ravel.

Delphine Bardin, précieuse et délicate inspiration. Photo Patrick Nachbaur
Par Jean-Dominique Burtin.
Pudeur et profondeur
Pudeur et profondeur sont les mots qui sauraient faire écho à la première des trois pièces d’Emmanuel Chabrier (1841-1894) que donne Delphine Bardin en ouverture de son récital. Lui succède Mauresque, œuvre à la malicieuse élégance et au brio virevoltant. Ronde d’une tonique et fluide allégresse, riche de contrastes subtilement révélés est ensuite la Danse villageoise. Advient également Improvisation, véritable miroitement ; tendresse et sensibilité semblent ici s’abandonner au fil d’une prenante déclaration de sentiments à la légèreté intense. Surgit enfin Scherzo-valse, pièce au délié sans faille ; voici un élan, le cours d’une rivière effrénée aux mille jeux et feux subtils d’une onde lumineuse.
De Déodat de Séverac (1872-1921), l’artiste donne les trois derniers mouvements de la fresque En Languedoc. À cheval dans la prairie est une pièce aux paysages aériens fuyant tel un souffle tant l’interprète est à fleur de clavier, ou semble le survoler admirablement avec aisance, grâce et perfection. Voici, à présent, Cimetière au printemps, œuvre émouvante, caresse précautionneuse sur de douloureux souvenirs qui précède Le jour de la foire, au mas – une écriture ponctuée de joyeuses sonnailles.
Vif et doux flux de contrastes
De Édith Lejet (1941-2024), Delphine Bardin interprète Trois Eaux-Fortes, une œuvre qui saurait s’inscrire dans la flamme contemporaine que défend entre autres le Concours international de piano d’Orléans. Place ici à la clarté, à la fulgurance, au jeu captivant des timbres, aux phrases haletantes esquissant abysse et céleste furtivement cristallin.
De Maurice Ravel, Delphine Bardin donne enfin Sonatine, pièce où la mélancolie joyeuse le dispute parfois à des assauts d’enthousiasme telle une respiration apaisante. Au clavier, à cet instant, l’artiste évoque au plus près le paysage intime de l’œuvre et ce lointain qui aspire et nourrit chacun d’un indéfinissable rêve.
Profondément applaudie, l’artiste donne en guise d’heureux rappel, Où l’on entend une vieille boîte à musique, composition poétique et lapidaire de Déodat de Séverac. Ici, une fois encore, les mains de l’artiste se dorent, exactement, sous la beauté solaire et les lueurs de la partition apprivoisée.

Delphine Bardin en dédicace à l’issue du récital. Photo Patrick Nachbaur.
Prochains rendez-vous des Matinées du piano
Samedi 14 mars à 15 heures à la médiathèque d’Orléans : Rencontre musicale Dmitri Chostakovitch par François-Xavier Szymczak.
Dimanche 15 mars à 10h45, Salle de l’Institut ; Marinée du piano, récital d’Andrew Zhou.
Dimanche 31 mai, 10h45, Salle de l’Institut : Matinée du piano, récital de Leo Gevisser.
XVIIe Concours International de piano d’Orléans
Premier tour à Chicago, Francfort, Shanghai : mars-mai 2026.
Suite des épreuves à Orléans : du 21 au 31 octobre 2026.
En savoir plus : www.oci-piano.com
Plus d’infos autrement :
Le fabuleux piano d’Alexandre Tharaud