Une soirée de ciné-concert tout à fait originale au Théâtre d’Orléans ce mardi 3 février. Le film 16 levers de soleil retrace l’aventure de Thomas Pesquet dans la station spatiale internationale. Et sur scène, un quartet de jazz mené par Guillaume Perret nous a fait naviguer dans de très belles sphères musicales.

Thomas Pesquet et ses deux compagnons prêts à s’envoler. Photo La Vingt cinquième heure.
Par Bernard Cassat.
Le film est un montage réalisé par Pierre-Emmanuel Le Goff d’images prises avant le décollage, après son retour sur Terre. Pendant le séjour de Thomas Pesquet dans la station spatiale internationale, des caméras ont enregistré pas mal d’heures d’interventions et de vie quotidienne. Pesquet est resté six mois en apesanteur, quand même ! On voit beaucoup de choses sur l’écran, des détails pratiques (les « chambres », la station, le travail sur des panneaux complexes, une bulle d’eau qui flotte en l’air comme une balle, etc.) comme des images d’espace. Qui ressemblent furieusement à certaines fictions. Sauf que là, il n’y a aucune reconstitution, aucun effet spécial ! Incroyables vues sur la Terre. On est suffisamment loin pour embrasser des continents entiers. Et la station est filmée dans tout son long, avec le poste d’observation, une sorte de nez digne de Jules Verne.

Les monstrueux engins sur le pas de tir. Photo la Vingt cinquième heure.
Le Goff était à Baïkonour, endroit d’où a décollé le premier homme de l’espace, Youri Gagarine, dont on voit encore la chambre bien rangée et la baignoire. Le film, suivant la chronologie qu’il raconte, commence là, dans ces plaines sibériennes, avec la capsule navette, des engins monstrueux sur des plateformes roulantes et des horizons sans fin, mais terrestres.

La station spatiale internationale en approche. Photo la Vingt cinquième heure.
Sur scène depuis le début, le quartet commence avec des sons de l’espace, un continuum au clavier et le saxo de Guillaume Perret trafiqué aux pédales, mais éclairé d’une petite lumière rouge à l’intérieur. Lorsque des machines apparaissent à l’image, le quartet s’embarque dans des moments de jazz puissant, des mélodies complexes qui développent leur énergie avec une liberté réjouissante. Daniel Jouravsky aux claviers, entre sons piano et sons électroniques, entre en résonance avec le saxo. Et quand la rythmique se met en route, ça déménage. Martin Wangermée à la batterie, Marc Karapetian à la basse impulsent un groove réjouissant. Avec parfois beaucoup d’humour. Les images un peu pompeuses des trois cosmonautes en scaphandre qui parcourent le tapis les menant à la capsule sont commentées par le quartet avec un paso-doble lent et doux qui dérive vers un très beau moment de jazz un peu world, où Perret et ses acolytes se lâchent. En plus, tout un dispositif scénique de projecteurs colorés rendent cet instant magnifique, à la fois côté documentaire et côté spectacle vivant. C’est la grande réussite de ce ciné-concert : un témoignage visuel d’une expérience rarissime et aussi une création vivante d’un concert déjà superbe en soi, mais en plus intelligent dans son dialogue avec l’image.

Thomas Pesquet dans l’œil de la station. Photo la Vingt-cinquième heure.
Le tout enrobé dans des références aux premiers aventuriers de l’espace, souvent écrivains. Notamment St Exupéry. Thomas Pesquet, qui avait emmené ses écrits dans l’espace, a filmé de la station spatiale toute l’Italie et le Golfe de Gènes, là où St-Ex s’est abîmé en mer. Magnifique hommage de l’aventurier moderne à l’aviateur poète.

Des vues incroyables de la Terre. Photo la Vingt-cinquième heure.
Le retour de la capsule, lui aussi filmé de l’extérieur, montre Thomas porté par l’équipe, qui réintègre la planète Terre. Il va pouvoir rejouer du saxo, comme il l’a fait une fois dans la station. Un air que Guillaume Perret a repris sur le champ, en un dialogue continuel entre les deux figures.
Totalement originale et passionnante, cette aventure spatiale, visuelle et musicale dégage une poésie qui nous emmène loin dans l’espace. Évidemment.
Plus d’infos autrement :
Rencontre avec Louise Hémon, réalisatrice de « L’Engloutie »