À quelques mots près

À Bourges, Vierzon et ailleurs, nos politiques ont du talent pour jouer avec les mots des autres. Noms d’assos, de journaux ou même titres de chansons : la récupération, volontaire ou non, marche à plein tube pour mieux brouiller les repères.



Par Fabrice Simoes.


À Bourges, dans le Cher, à l’occasion des municipales, le candidat-parachuté-désigné par le RN, Ugo Iannuzzi, a choisi, parmi ses mantras : « Faut que ça Bourges ». Sauf que, à une apostrophe près, c’est le nom de l’association locale « Faut Qu’Ça Bourges » (#FQCB). Organisatrice d’événements musicaux ouverts à tous, elle n’a aucune visée politique. Assimilée à un parti dont elle n’est, pour le moins, pas plus en phase que ça. Une situation qui irrite les bénévoles de l’asso, embringués, de fait, dans la campagne électorale.

Légal mais pas très moral

Lors d’une tentative de concertation, le parachutiste lepéniste, Berruyer de souche depuis les législatives de 2022, a expliqué ne pas connaître cette association locale pourtant créée en 2007. Tout le monde n’est pas Docteur Who. Le décalage temporel lié probablement à son ancrage tardif en terre de Berry reste ainsi prégnant. Et d’ajouter que : « Le nom n’étant pas protégé à l’institut national de la propriété intellectuelle, je suis en droit de l’utiliser. » Légal certes, moralement plus que discutable. Les observateurs même pas avertis conviendront que mettre sur un plan identique des gens qui se secouent la boule sur « la fille du coupeur de joints », et des nostalgiques de « Maréchal nous voilà » ou des « gars de la marine », peut éventuellement créer un certain conflit d’idées, voire un malaise, dans l’électorat berrichon.

À Vierzon, la liste d’Union des Droites et de tous les Patriotes de Yannick Le Roux, assurément d’extrême droite non avouée – celle du compromis nationaliste tel que le définissait Maurras – a pris comme nom « Un souffle nouveau ». Le pasteur-chanteur chrétien très assumé, Dan Luiten, pourrait lui disputer la paternité du titre. Une de ses chansons a un intitulé identique. Sauf que là, a priori, entre un appel au Père et un à Sainte Perpétue, patronne de la deuxième ville du Cher, ça ne pose pas de problème. L’un et l’autre vont aussi bien ensemble que Michelle, ma belle.

Désolé, c’est déjà pris

Dans l’Hexagone, c’est l’ex-premier de la classe et du gouvernement, Gabriel Attal, qui reprendrait à son compte le libellé Nouvelle République pour renommer le parti présidentiel Renaissance (ex LREM). Il est certes vrai que les deux mots peuvent être associés mais le nom était déjà pris depuis 80 ans par le journal régional du Centre-Val de Loire. Lier l’un à l’autre, à la rédac de la Nounou, ils n’ont pas aimé plus que ça et l’ont fait savoir. Ce n’est peut-être même pas fait exprès mais l’amalgame est patent.

Au cœur des années 1970, les Temptations avaient le groove et on ne comprenait pas toutes les paroles et pourtant. « Des gens déménagent, d’autres emménagent. Pourquoi ? À cause de la couleur de leur peau… Vous aurez beau courir de par et là, vous ne parviendrez pas à vous cacher. C’est Œil pour œil, dent pour dent… » De fait, pas de demi-mesure, pas un seul doute non plus, même pas une boule de confusion ! Depuis les exactions de ICE, les clichés du siècle dernier sont revenus sur le devant de la scène. Sur le continent nord-américain, il en va autrement qu’en Europe. Au pays du dollar roi, le plagiat ça joue gros. Au prix que ça coûte, pas de copier-coller. C’est plus clair ainsi. Dans ce modèle-là, l’inversion des valeurs n’est pourtant pas une litote.

Alors les mots ont retrouvé toute leur valeur, sans ambiguïté. La semaine dernière, le Boss, Bruce Springsteen, a ajouté, dans la même veine, sa pierre avec « Streets of Minneapolis ». Aucun risque que Donald Trump ne se l’approprie, trop de vocabulaire. Lui qui n’a jamais compris les voix tribales de John Trudell et des premiers Natives a fait un déni. Déjà qu’il n’aimait pas « Streets of Philadelphia » et le film qui va avec.

Prendre un mot pour un autre, ce n’est pas bien. Par contre, cela peut s’expliquer. Prendre un mot d’un autre, c’est pas bien non plus et s’explique… ou pas. D’autant que, qu’on le veuille ou non, cela peut faire profiter de l’aura de cet autre pour ses propres fins. On peut aussi prendre un autre pour un jambon et s’en couper une tranche, voire une trompette pour souffler dedans.


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  1. Et pour continuer : que pense le speaker ( appelé autrefois bonimenteur, celui qui présente un spectacle) du club de foot Paris Saint Germain Grégoire Godefroy inventeur du “ICI C’EST PARIS” lors d’un match , slogan devenu le chant de ralliement des supporters de l’équipe et aussi le titre d’une chanson ( en accord avec le PSG) du rappeur Booba, que pense-t-il du slogan inventé par le candidat Grouard aux prochaines municipales à Orléans ; “ICI C’EST ORLEANS”?

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