Saint-Laurent-du-Maroni, ville d’art et d’histoire, vaut la visite. C’est aussi la porte ouverte par le fleuve Maroni vers l’immense forêt amazonienne et sa flore et sa faune époustouflantes. De là, direction l’Amazonie, à bord d’une pirogue bushinenguée.

Guyane, Saint-Laurent-du-Maroni – ©Antoine Rozès
Saint-Laurent-du-Maroni : aux portes de l’Amazonie
En remontant vers Saint-Laurent-du-Maroni à 260 kilomètres de Cayenne, au bord du fleuve du même nom qui sert de frontière naturelle avec le Suriname, la route traverse de nombreux villages. Et c’est, à chaque fois, un autre monde. L’histoire locale a en effet mêlé aux peuples amérindiens, terriblement décimés par le choc épidémiologique, les esclaves noirs marrons, colons, bagnards, asiatiques, antillais, latino-américains. Tout ce petit monde se côtoie, se mélange parfois, mais reste très largement fidèle à ses valeurs et traditions propres. Ainsi, avant d’arriver à Saint-Laurent-du-Maroni, où débute vraiment l’aventure amazonienne, un arrêt dans un marché Hmong s’impose.

Marché Hmong – ©BDV
On peut y savourer des soupes et acheter de très beaux légumes et du riz. Car depuis l’arrivée de ces réfugiés politiques laotiens qui ont fui vers la Thaïlande au moment de la prise de pouvoir des communistes en 1975, puis ont été installés en Guyane par le gouvernement français à partir de 1977, ce sont principalement eux qui fournissent les marchés locaux en légumes frais. Le gouvernement les a d’abord installés en toute discrétion à Cacao, à l’est du pays, puis à Javouhey à l’ouest. Ils ont su depuis conserver intactes leurs traditions et la population locale a cessé de les regarder de travers. Ainsi, fin octobre à Cacao, la fête du Nouvel An qui marque la fin de la moisson du riz en octobre est très courue, comme en décembre à Javouhey, avec démonstration de danses, grand bal et Hmongs en costumes traditionnels.
L’ancien « Petit Paris » d’Albert Londres
Mais revenons à Saint-Laurent-du-Maroni, l’ancien « Petit Paris » d’Albert Londres, ville d’art et d’histoire, avec ses bâtiments hérités de la colonie et de l’administration pénitentiaire, dont l’immense Camp de la Transportation, ouvert en 1857. C’est là, qu’au début du bagne, tous les forçats étaient débarqués à leur arrivée de métropole, avant d’être répartis dans les différents centres pénitentiaires de Guyane. Il y a là une guillotine, le quartier des libérés, celui des condamnés, des blockhaus dans lesquels on entassait plus de 80 bagnards pour une capacité de 40 personnes, les cellules des condamnés à mort… Bref, un condensé de tout l’arsenal répressif français dans sa version la plus sordide, à ne manquer sous aucun prétexte.
À Saint-Laurent-du-Maroni, on peut également se rendre aux alentours, dans les villages amérindiens de Terre-Rouge, Paddock ou Balaté, où l’on trouve quelques bons restaurants originaux. Ou faire un tour, plutôt de jour car le quartier n’est pas, paraît-il, toujours sûr, sur les rives du fleuve Maroni à La Charbonnière. C’est là que des réfugiés Noirs marrons et Surinamais, les Bushinengués, ont trouvé refuge entre 1986 et 1992 pendant la guerre civile du Suriname. Des kiosques commerciaux habillés de motifs d’art tembé ont ouvert au bord du fleuve en 2025. Il y est proposé du petit artisanat, de la restauration et de la petite alimentation.

Sculpture Tembé – ©BdV
La forêt amazonienne
Impossible de visiter la Guyane sans s’immerger dans sa forêt. Avec ses six réserves naturelles, la Guyane est un poumon vert où cohabitent plus de 5 000 espèces animales et végétales, toucans, singes hurleurs, tapir, tamanoir, ibis, jaguar ou paresseux, mais aussi un nombre incalculable d’essences d’arbres ou de variétés de fleurs. Une faune et une flore d’une richesse inouïe.
La visite des villages le long du fleuve Maroni (520 kilomètres) se fait en pirogue jusqu’à Maripasoula, la limite territoriale entre les populations de Noirs marrons et les territoires amérindiens. C’est une excellente occasion de dormir en hamac sous les carbets, l’habitat traditionnel amérindien ou de pénétrer dans la forêt primaire. Bien : prévoir au minimum quatre à cinq jours pour cette partie du voyage. De Maripasoula, on peut également se rendre en taxi-pirogue, à Papaïchton, capitale historique du pays des Bonis (également appelés Alukus), fondée en 1969. En 1971, son Gran Man Tolinga a été reçu à l’Élysée, ce qui lui a valu le nom de Papaïchton-Pompidouville. C’est un bourg tranquille avec ses manguiers, ses cases de bois, son embarcadère où tanguent les pirogues. Il y a là aussi, ainsi que dans les villages de Loka et Boniville tout proches, des maisons traditionnelles bushinengées à pignon triangulaire ornées de Tembés. Construites en bois par le mari pour sa femme, les cases sont de modestes dimensions, autour de 20 m2 ; elles sont couvertes d’un toit en feuilles de waï. Posées sur le sol ou sur pilotis, elles sont entièrement closes, contrairement au carbet amérindien ouvert, et protègent des esprits de la nuit. En plus de cet espace dédié au sommeil où sont suspendus les hamacs, un carbet-cuisine est souvent commun.
Actuellement, à Loka et Boniville ce patrimoine est en pleine restauration en collaboration avec le Parc Amazonien de Guyane. Bon à savoir : les guides bushinengués partagent généreusement leurs connaissances sur les plantes médicinales et les secrets de la forêt primaire. Même si, comme les Amérindiens, ils vivent généralement dans des villages plus ou moins éloignés des villes où les seuls contacts avec les institutions républicaines sont l’instituteur, l’infirmier de permanence au dispensaire, le gendarme. Pour se rendre dans certaines zones d’accès réglementé (la ZAR) habitées par des communautés amérindiennes sur une large partie du sud, il faut faire une demande écrite à la Préfecture et pouvoir justifier d’une raison professionnelle ou d’une invitation personnelle, complétée par un certificat médical de non-contagion. De quoi protéger ces communautés qui ont failli s’éteindre (on ne comptait plus que 800 habitants amérindiens en 1947).

Saint-Laurent-du-Maroni – ©Antoine Rozès
Cependant, dans certaines communautés amérindiennes comme à Camopi sur l’Oyapock, les étrangers sont les bienvenus, car le village a choisi de s’exclure de la ZAR. C’est à quatre heures de pirogue depuis le saut Maripa, après Saint-Georges-de-l’Oyapock. Les visiteurs peuvent dormir au camp Mokata (06 94 24 89 54), visiter le bourg aux maisons de bois toutes semblables, avec son école, son collège, sa gendarmerie et ses deux restaurants.
Autre possibilité : s’enfoncer dans la forêt par la route RN2, construite par les militaires sur 180 kilomètres. Elle va jusqu’à Saint-Georges-de-l’Oyapock près du Brésil. Les incontournables de la région : la crique Gabriel et le lac Pali, l’emblématique marché Hmong du dimanche de Cacao et les marais de Kaw et leurs écolodges flottants.
Carnet de bord
Y aller :
On se rend de préférence en voiture à Saint-Laurent-du-Maroni, la seconde plus grande ville de la Guyane située à environ 260 kilomètres de Cayenne. On peut aussi y aller en bus, départ de la gare routière de Cayenne, angle avenue de la Liberté et rue Malouet. www.cacl-guyane.fr
Office de tourisme de Saint-Laurent-du-Maroni : Tél. 05 94 34 23 98. Leur demander la carte de la ville pour la visiter. Et renseignements sur l’hébergement, la restauration. Expos temporaires et boutiques.
Marché avenue Felix Eboué : mercredi et samedi matin de 6h à 14h.
Pour les déplacements en forêt, la plupart des agences métropolitaines et locales proposent de la simple excursion de quelques heures aux expéditions sur plusieurs jours.
Ekawlodge, Marais de Kaw. Tél. 0694 25 68 24
www.parc-amazonien-guyane.fr
www.guides-guyane.com
www.guyane-amazonie.fr

Saint-Laurent-du-Maroni – ©Antoine Rozès
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