La liste du maire sortant ne fait pas mystère de son orientation très droitière. Mais face à la présence d’une colistière clairement engagée dans les milieux réactionnaires, des voix commencent à s’élever. À commencer par celle de la Licra.
Serge Grouard flirte dangereusement avec la droite radicale. Photo d’illustration Magcentre
Par Jean-Jacques Talpin.
Il y a quelques jours, le maire sortant rendait publique (mais Magcentre n’était pas invité à cette présentation au contraire de tous les médias locaux…) sa liste pour le renouvellement de son mandat. Une liste qui sent bon le passé, la bourgeoisie locale et l’attachement à une identité bien française incarnée localement par Jeanne d’Arc. On y trouve en effet la présence de deux candidates ayant incarné Jeanne d’Arc lors des traditionnelles fêtes d’avril-mai. On y croise ainsi Géraldine Guy en 34e position, Jeanne d’Arc 1996 et fille de Dominique Guy, ancien président du Secours Catholique.
« Respect et admiration » pour Marine Le Pen
Mais c’est avant tout la présence de Clairvie Quesne (10e position et Jeanne d’Arc 2023) qui pose question. La jeune femme n’est en effet pas une inconnue dans le landerneau extrême-droitier orléanais comme le détaille précisément la radio Ici Orléans. Fondatrice d’une association d’étudiants clairement ancrée à droite, La Relève Étudiante (dont elle a démissionné récemment), elle a multiplié les déclarations d’amour envers l’extrême droite. Depuis son « respect et admiration » pour Marine Le Pen, elle a enchaîné des stages chez un député RN, auprès de journaux de droite, des selfies avec Jordan Bardella ou encore participé à « l’Academia Christiana », un institut de formation catholique forcément traditionaliste.
Serge Grouard doit s’expliquer !
N’en jetez plus, la coupe est pleine ! À tel point que la gauche et notamment Jean-Philippe Grand qui s’en est indigné tout comme la Licra (Ligue internationale contre le racisme et l’antisémitisme) qui appelle Serge Grouard à « une clarification sans ambiguïté » et au respect d’une « charte d’engagement aux valeurs républicaines ». « Monsieur Serge Grouard, écrit Joëlle Gellert, présidente départementale de la Licra, ne peut ignorer ce que représente l‘extrême droite dans l’histoire politique française : la remise en cause de l’égalité des citoyens, la stigmatisation de minorités, la banalisation de discours qui fracturent la République. Lorsque, après vingt-six ans de mandat, un maire accepte sur sa liste, en position éligible, une candidate affichant des proximités publiques avec des figures emblématiques de I‘extrême droite identitaire, il fait un choix. Ce choix n’est ni technique, ni anodin, ni dénué de sens politique ». Et de poursuivre : « Monsieur Grouard fragilise la cohérence républicaine qu’il prétend incarner (…) La Licra Loiret refuse la banalisation progressive de l’extrême droite par des alliances tacites, des silences calculés ou des accommodements électoraux ».
Les Macronistes égarés…
Certes la présence d’une candidate proche de l’extrême droite (en position éligible voire même possible adjointe) n’est pas une surprise pour qui suit l’évolution du parcours erratique de Serge Grouard, fait de revirements, de positions anti-migrants et de grand flou politique. Une rumeur susurre même que le maire aurait rencontré Jordan Bardella pour « discuter » du second tour des municipales. Plus curieuse cependant est la présence des macronistes sur cette liste. Hier dans l’opposition (car élus sur la liste d’Olivier Carré en 2020) ils siégeront demain sur les mêmes bancs que les représentants de la droite traditionaliste. On y retrouve ainsi bien placés Maïté Sève, collaboratrice de Stéphanie Rist et surtout Emmanuel Constantin, créateur il y a quelques années à Orléans du Mouvement macroniste En Marche. Ces macronistes égarés (fruits d’un marchandage entre LR et le camp présidentiel lors de la dernière législative partielle) cohabiteront ainsi peut-être après le 22 mars avec d’autres macronistes, mais de gauche et dans l’opposition, si l’ancienne députée Caroline Janvier réussit à faire élire quelques colistiers. Curieux théâtre politique sans doute pas de nature à conforter la confiance déjà bien dégradée de la classe politique…
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