Au Frac Centre-Val de Loire, les étudiant·es de l’ESAD réinventent Yona Friedman

Pour sa quatrième activation, le « Musée sans bâtiment » de Yona Friedman investit à nouveau le Frac Centre-Val de Loire. Imaginée et réalisée par les étudiant·es de l’ESAD, cette édition transforme l’espace d’exposition en laboratoire collectif, joyeux et expérimental, à découvrir jusqu’au 1er mars 2026.

Les cerceaux à l’honneur pour cette 4e activation du « Musée sans bâtiment » de Yona Friedman. Crédit : CG.



Par Charlotte Guillois.


Vendredi 6 février, le Frac inaugurait la quatrième et dernière activation du « Musée sans bâtiment » de Yona Friedman, dans le cadre de l’exposition « Des villes pour vivre ». Le projet, porté par les étudiant·es en classe préparatoire de l’ESAD d’Orléans, est né d’un workshop intensif de quatre jours.

L’idée ? Reprendre le concept imaginé par l’architecte et théoricien Yona Friedman : un musée mobile, modulable, sans murs fixes. « On est partis de son principe du cercle », explique Léa Pastor, étudiante en classe préparatoire, présente lors du vernissage. « Chez lui, le cercle matérialise le bâtiment sans le figer. C’est une manière de dessiner un mur sans vraiment en faire un. »

Assemblés, déplacés, recomposés, ces cerceaux deviennent une architecture ouverte, toujours susceptible de se transformer. « C’est un musée dans un musée dans un musée », résume l’étudiante. Une mise en abyme qui interroge la définition même de l’institution muséale : faut-il un bâtiment pour faire musée ?

Penser et habiter collectivement

Selon Olivier Soulerin, enseignant à l’ESAD, le projet a permis de mettre en œuvre une autre manière de penser le travail : « Il s’agissait d’expérimenter une pensée collective. Plusieurs parties du protocole de Yona Friedman ont été activées. Par exemple, le cerceau devient un module : on en observe les qualités, la couleur, l’ampleur, la stabilité ou l’instabilité. »

Les étudiant·es ont ainsi interrogé la manière d’habiter l’espace du Frac. Comment transformer un lieu institutionnel en espace hospitalier ? Comment inviter le public à participer ? Sur une grille, une question est adressée aux visiteurs : Quel est ton musée sans bâtiment ? « Cette question nous permet d’impliquer directement les invités », souligne l’enseignant. L’installation ne se contente pas d’être regardée : elle appelle des réponses, des appropriations, des prolongements.

Alexandre Baldrei, également enseignant à l’ESAD, insiste sur la notion de processus. « On part d’un système, d’une contrainte de départ – ici le cerceau – mais l’enjeu est de produire des choses qui autorisent la dérive. » Autrement dit, créer un cadre suffisamment structurant pour permettre l’invention. Ce jeu entre règle et liberté, entre ordre et déplacement, fait écho à la pensée de Friedman, qui concevait l’architecture comme un outil au service des habitants.

Les étudiant·es et leurs enseignants réunis pour l’inauguration. Crédit : CG.

Une expérience formatrice

Pour Léa, cette exposition marque une étape importante. « C’est la première fois que je participe à une exposition dans un lieu aussi important que le Frac d’Orléans. En tant qu’étudiante en prépa, ça m’a permis de découvrir ce qui me plaît vraiment. J’ai réalisé que j’aimais beaucoup la scénographie, la mise en place dans les musées. »

Elle insiste sur la dimension collective du travail : « Il y a eu beaucoup d’entraide, une organisation presque professionnelle. » En quatre jours seulement, les étudiant·es ont dû concevoir, assembler et situer dans l’espace leur proposition. « J’ai beaucoup aimé travailler sur la structure. C’était une très bonne expérience. »

Alexandre Baldrei rappelle que cette dynamique n’est pas réservée aux étudiant·es en école d’art. « Ce processus peut s’activer à tout âge. Nous l’avons déjà expérimenté avec des enfants de maternelle et de primaire. » La troisième activation du Musée sans bâtiment avait en effet impliqué plus de 100 élèves des écoles Bastié Boucher et Jean Mermoz, dans le quartier des Blossières à Orléans. « Il y a chez Yona Friedman une dimension joyeuse, modeste, que l’on peut s’approprier de manière proactive », ajoute-t-il.

À l’issue du vernissage, l’impression dominante est celle d’une expérience riche et mémorable, autant pour les étudiant·es que pour les enseignants et le public. Le musée sans bâtiment se révèle ici comme un outil concret pour penser autrement l’exposition, l’architecture et le collectif.

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