Le gouvernement avait proclamé 2025 « année de la santé mentale ». Il a jugé qu’il fallait la prolonger en 2026. Est-ce dans ce cadre que le garde des Sceaux, Gérald Darmanin, a décidé la création d’établissements pénitentiaires médicalisés ? Sous couvert de soin, l’État s’apprête à sceller l’alliance contre-nature des barreaux et de la blouse blanche.
Un tiers des détenus souffrent de troubles psychiatriques sévères. (cliché Magcentre)
Par Jean-Paul Briand.
La psychiatrie derrière les barreaux : un aveu d’échec ?
L’idée de construire des « hôpitaux-prisons » n’est pas une innovation médicale mais l’aveu d’un échec. L’étude EPSYLON (Épidémiologie Psychiatrique Longitudinale en prison) consacrée à la santé mentale des personnes détenues a mis en évidence la surreprésentation des troubles psychiatriques en population carcérale par rapport à la population générale. C’est une population à hauts niveaux de vulnérabilité sur le plan de la santé mentale. Aujourd’hui, on estime qu’un tiers des détenus souffrent de troubles psychiatriques sévères. Plutôt que de renforcer les services de psychiatrie générale, exsangues, le gouvernement choisit de médicaliser l’enfermement. Pourtant le Code de la santé publique a déjà prévu toutes les modalités de prise en charge pour les personnes détenues atteintes de troubles mentaux.
Cette stratégie voulue par le garde des Sceaux interroge sur la finalité du soin : s’agit-il de soigner pour guérir, ou de sédater pour sécuriser ? En déplaçant le soin psychiatrique dans l’enceinte carcérale, on prend le risque de transformer le médecin en auxiliaire de justice et le patient en perpétuel suspect de dangerosité.
Le paradoxe orléanais : deux poids, deux mesures
Le dossier d’hôpital-prison prend une saveur particulièrement amère lorsqu’on observe les acteurs en présence. La ministre de la Santé, Stéphanie Rist, médecin et figure politique du Loiret, se retrouve aujourd’hui marraine de ce projet sécuritaire. Alors qu’elle s’est longtemps opposée à la création d’un centre hospitalier universitaire (CHU) à Orléans et qu’il aura fallu des décennies de lutte acharnée pour que la capitale du Centre-Val de Loire obtienne son CHU, aujourd’hui, ministre de la Santé, elle s’associe semble-t-il au projet de Darmanin pour que le premier hôpital-prison sorte en neuf mois. Comment expliquer qu’il soit si complexe de bâtir des structures de soins ouvertes et si simple de financer des extensions carcérales ?
En 2026, la santé mentale ne semble plus être une question de santé publique, mais un dossier de maintien de l’ordre. Si la ministre de la Santé valide ce basculement, elle entérine une vision où le patient psychiatrique n’est plus un citoyen à soigner et à réinsérer, mais une menace qu’il faut contrôler derrière les murs d’une prison qui ne dit plus son nom.
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